Comment le droit a fabriqué l’impunité — et pourquoi le scandale n’est pas l’île, mais la procédure
Epstein n’était pas un scandale : il était une procédure.
Il existe deux manières de raconter l’affaire Epstein.
La première est celle des médias :
un prédateur, des mineures, des villas, une île, des jets, des photos floues, des rumeurs, un suicide, une foule de noms.
La seconde est celle que le système redoute :
celle qui ne s’intéresse pas au vice, mais à la mécanique.
Car Epstein n’est pas un “monstre isolé”.
Il n’est pas une anomalie.
Il n’est même pas un scandale.
Epstein est un protocole.
Et si l’on veut comprendre pourquoi cette affaire est la plus explosive du XXIe siècle, il faut cesser de regarder l’île.
Il faut regarder les bureaux.
Les tours.
Les cabinets.
Les institutions.
Les procédures.
Il faut regarder les hommes et les femmes qui, sans jamais toucher une victime, ont rendu possible l’impunité.
Ceux qui n’ont pas commis le crime, mais qui l’ont stabilisé.
Ceux qui n’ont pas abusé, mais qui ont organisé la continuité.
Ceux qui n’ont pas violé, mais qui ont géré la survie du violeur.
Et ces gens-là ont un nom :
les avocats de l’Empire.

I — Le grand mensonge : “Epstein, c’est l’île”
L’île, Little St. James, a servi de décor.
Comme un plateau de cinéma.
Elle a offert au public ce qu’il réclame :
une scène simple, une image, un symbole.
Une île, c’est parfait :
on peut y projeter tout ce qu’on veut.
On peut fantasmer.
On peut délirer.
On peut faire du roman noir.
Et surtout, on peut éviter l’essentiel.
Parce que l’île n’est pas le centre.
Le centre, c’est New York.
C’est Washington.
C’est Harvard.
C’est Goldman Sachs.
C’est Paul Weiss.
C’est la Deutsche Bank.
C’est la Wexner Foundation.
C’est la Fondation Gates.
C’est le monde des contrats, des NDA, des “settlements”, des arrangements.
L’île n’est que l’appendice exotique d’un système strictement continental :
celui des élites occidentales, de leurs réseaux, de leurs cabinets, de leurs fondations, de leurs avocats.
Le crime sexuel est l’horreur.
Mais la structure qui le protège est la vraie catastrophe.
II — Epstein après 2008 : la question que personne ne veut poser
La plupart des gens pensent que l’affaire Epstein commence en 2019.
C’est faux.
L’affaire Epstein commence réellement en 2008.
Parce que 2008 est le moment où un homme condamné pour crimes sexuels sur mineures aurait dû être détruit socialement.
Or il ne l’a pas été.
Après 2008, Epstein :
- continue de voyager,
- continue de dîner,
- continue de financer,
- continue d’être reçu,
- continue d’être introduit,
- continue d’être consulté.
Et surtout :
il continue d’être utile.
Cela signifie une chose très simple, que le lecteur doit comprendre d’un seul coup :
Epstein n’a pas “survécu”.
Epstein a été maintenu.
Il y a eu une décision implicite, institutionnelle, non dite, mais parfaitement lisible :
Epstein devait rester opérationnel.
III — La seconde vie d’Epstein n’est pas un mystère : c’est une gestion
Ce qu’on appelle “la seconde vie” d’Epstein est une chose extrêmement précise.
C’est une vie sous contrôle.
Une vie de réseau.
Une vie de filtrage.
Une vie de dossiers.
Et cela ne peut pas fonctionner sans trois piliers :
- la finance (les paiements, les honoraires, les transferts)
- la communication (la réputation, la re-légitimation)
- le droit (les accords, les protections, les arrangements)
C’est ici que le dossier bascule.
Car les dernières révélations (emails, logs, pièces) déplacent l’affaire.
On n’est plus dans l’ombre des “clients”.
On est dans l’architecture des facilitateurs.
Et deux noms émergent comme des symboles.
- Kathy Ruemmler
- Brad Karp
Ce ne sont pas des noms secondaires.
Ce sont des noms structurants.
IV — Kathy Ruemmler : la porte tournante du régime
Kathy Ruemmler n’est pas un personnage de second rang.
Elle est la parfaite incarnation de la continuité impériale américaine :
Maison Blanche → Wall Street.
Elle fut conseillère juridique de la Maison Blanche sous Obama.
Puis elle devint avocate principale et conseillère stratégique de Goldman Sachs.
Le lecteur doit comprendre ce que cela signifie :
Ce n’est pas un “changement de carrière”.
C’est une translation interne.
Dans le même système.
Le pouvoir ne change pas :
il change de costume.
Un jour, il s’appelle “service public”.
Le lendemain, il s’appelle “conseil stratégique”.
Mais c’est le même monde, les mêmes codes, la même caste.
Or, Ruemmler apparaît désormais comme liée à Epstein bien au-delà de ce qu’elle a prétendu.
On découvre :
- des dizaines de rencontres,
- des échanges amicaux,
- des cadeaux luxueux,
- et surtout : une information qui tue.
Elle aurait figuré comme exécutrice testamentaire d’Epstein jusqu’au 18 janvier 2019.
Exécutrice testamentaire.
Ce mot doit être martelé, parce qu’il pulvérise le récit de la relation “professionnelle”.
Un exécutant testamentaire, ce n’est pas un avocat externe.
C’est un pivot de confiance.
Cela signifie :
- proximité personnelle
- connaissance structurelle
- insertion dans la mécanique
- et surtout : participation à une architecture successorale
Autrement dit : Epstein, jusqu’au bout, considérait Ruemmler comme une pièce de son dispositif.
V — Le point crucial : Ruemmler, Rothschild, DOJ… et le “prix” d’Epstein
Une phrase qui mérite d’être extraite, isolée, encadrée, affichée :
Ruemmler aurait négocié un accord avantageux pour la famille Rothschild avec le DOJ d’Obama — et Epstein aurait touché 25 millions.
Ici, on entre dans une zone où le scandale cesse d’être moral et devient géopolitique.
Parce qu’on touche un mécanisme central :
- des banques suisses,
- des accords avec le DOJ,
- des montants,
- des contrats “stratégiques”,
- des honoraires absurdes.
Et là, le lecteur comprend la structure :
Epstein n’était pas seulement un prédateur.
Il était une interface.
Une interface entre :
- des intérêts privés (banques, fortunes)
- des institutions publiques (DOJ, Maison Blanche)
- des cabinets (avocats)
- des circuits offshore
La question n’est plus : “Epstein connaissait-il des gens ?”
La question devient :
Pourquoi Epstein est-il payé comme une institution ?
Pourquoi ses honoraires ressemblent-ils à des rançons ?
Pourquoi ses contrats ressemblent-ils à des couvertures ?
VI — Brad Karp : Paul Weiss, ou la civilisation du guillemet
Brad Karp est encore plus révélateur.
Parce qu’il dirige Paul Weiss.
Paul Weiss n’est pas un cabinet.
C’est un organe.
C’est l’un des lieux où l’Empire se pense juridiquement.
Paul Weiss, c’est :
- les grandes entreprises
- les grandes crises
- les grands deals
- les grandes protections
Et voilà que les emails montrent :
- Karp fréquentant Epstein
- Karp le coachant
- Karp l’aidant à gérer son scandale
- Karp parlant des accusatrices comme des “victimes” entre guillemets
Le guillemet est ici un symbole majeur.
Parce que le guillemet est la technique préférée des élites :
Elles ne nient pas frontalement.
Elles relativisent.
Elles recodent.
Elles transforment la souffrance en variable.
Ce guillemet dit au monde :
“Ce ne sont pas des victimes.
Ce sont des opportunistes.”
Et là, on touche le cœur de la mécanique :
Le système Epstein n’est pas seulement un réseau de crimes.
C’est un réseau de neutralisation.
VII — Leon Black : le pont entre Epstein et le droit d’Empire
Le dossier devient plus dense encore quand on ajoute Leon Black.
Leon Black verse à Epstein environ 170 millions.
Officiellement pour :
- fiscalité
- planification successorale
- family office
Or, Paul Weiss facture des montants très inférieurs pour des services comparables.
Cela signifie :
Epstein ne facture pas du droit.
Il facture autre chose.
Il facture :
- du silence
- du service non écrit
- de l’accès
- de la protection
- de l’effacement
Epstein est payé comme un homme qui détient un levier.
Et ce levier n’est pas financier.
ENCADRÉ — Leon Black : le “banquier” d’Epstein, ou l’argent qui rend tout possible
Leon Black n’est pas un personnage secondaire du théâtre Epstein.
Il est l’un des pivots financiers les plus documentés du système.
Cofondateur d’Apollo Global Management (private equity), milliardaire, figure centrale de Wall Street, Black a versé à Jeffrey Epstein près de 170 millions de dollars (montant révélé publiquement) pour des “services” officiellement décrits comme de la planification fiscale et successorale.
Le problème n’est pas seulement le chiffre.
Le problème, c’est l’absurdité économique du récit.
Aucun investisseur rationnel ne paye un individu déjà condamné pour crimes sexuels, sans diplôme, sans structure d’audit, sans cabinet, des dizaines de millions pour des “conseils” que n’importe quel top cabinet fiscal aurait facturé 1/20e du prix.
Ce paiement massif ressemble moins à une facture qu’à une prime de silence, un loyer de protection, ou un coût d’accès à un monde où l’argent ne sert pas à produire, mais à verrouiller.
Et c’est là que Black devient essentiel :
il incarne le point où Epstein cesse d’être un “déviant riche” pour devenir un prestataire stratégique.
Le nœud, c’est ceci :
Leon Black a publiquement admis avoir continué à financer Epstein après 2008, donc après la condamnation.
Il a ensuite été contraint de quitter la présidence du MoMA (Museum of Modern Art) sous la pression médiatique, après qu’une enquête interne ait tenté de “nettoyer” la relation.
Mais la question n’est pas :
“Leon Black savait-il ?”
La question est :
que payait-il exactement ?
Dans le système Epstein, l’argent n’achète pas seulement des services.
Il achète une assurance métaphysique :
la promesse que les portes restent ouvertes,
que les archives restent fermées,
et que les puissants restent intouchables.
Leon Black n’est pas l’exception.
Il est la démonstration par l’absurde que l’affaire Epstein n’est pas un scandale sexuel.
C’est une infrastructure de pouvoir.
VIII — La thèse : Epstein est un “service”, pas un individu
C’est ici que la ligne Lupus doit être nette :
Epstein n’est pas un financier.
Epstein est un service.
Une conciergerie mondiale, oui.
Mais une conciergerie au sens impérial :
- mise en relation
- logistique
- compromission
- gestion des risques
- filtrage des crises
- production de silence
Et pour qu’un tel service fonctionne, il lui faut :
- des clients
- des bailleurs
- des protecteurs
- des juristes
- des banquiers
- des opérateurs
L’île est le folklore.
Le service est la structure.
IX — Pourquoi ça tombe maintenant : les sacrifices de l’Empire
Le départ de Ruemmler, la démission de Karp…
il faut les lire froidement.
Ce ne sont pas des repentances.
Ce ne sont pas des conversions.
Ce sont des sacrifices.
Dans les régimes en fin de cycle, on ne répare pas.
On purge.
On jette des figures dans le feu pour préserver la structure.
On protège le noyau en sacrifiant des périphéries prestigieuses.
Et c’est exactement ce qui se produit :
Goldman se débarrasse de Ruemmler.
Paul Weiss se débarrasse de Karp.
Non parce qu’ils sont coupables au sens pénal, mais parce qu’ils deviennent :
- ingérables médiatiquement
- toxiques institutionnellement
- et dangereux politiquement
X — Conclusion : la vraie scène du crime, c’est le droit
Le lecteur doit sortir de cet article avec une phrase simple :
Epstein n’est pas le scandale.
Epstein est la preuve.
La preuve que l’Occident ne fonctionne plus comme une civilisation morale, mais comme une civilisation procédurale.
Le crime n’est plus puni.
Il est négocié.
La vérité n’est plus cherchée.
Elle est filtrée.
La justice n’est plus un idéal.
Elle est un service juridique.
Et le service juridique, dans un Empire, sert l’Empire.
ENCADRÉ — Le détail qui détruit tout
Quand un avocat écrit “victimes” entre guillemets, il ne commet pas une maladresse.
Il exécute une opération.
Le guillemet est la petite machine de l’impunité.

Joy Division — Atrocity Exhibition.
Et pendant que les cabinets blanchissent le monde à la virgule près, Joy Division joue Atrocity Exhibition — la bande-son officielle d’un empire qui s’effondre sans jamais avouer ses crimes.
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EPSTEIN : LES AVOCATS DE L’EMPIRE
On croyait que l’affaire Epstein était une histoire d’île, de jets, de vice et de réseaux sexuels.
Mais les dernières révélations déplacent le centre de gravité : le vrai cœur du scandale, ce sont les avocats.
Deux figures symbolisent ce basculement :
Ruemmler n’était pas “une relation professionnelle”.
Elle figurait dans la mécanique successorale d’Epstein.
Karp n’était pas “un invité”.
Il coachait Epstein et parlait des accusatrices comme des “victimes” entre guillemets.
Epstein n’est pas seulement un criminel :
il est la preuve d’une civilisation où le crime est absorbé, négocié, recodé, puis effacé.
L’île n’est qu’un décor.
La scène du crime, c’est le cabinet.
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Beaucoup beaucoup de monde :un trou noir très habité …la lessive va être compliqué un peu de dissolvant?
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