Douce France

EPSTEIN EN FRANCE : Avenue Foch, Quai d’Orsay, ONU — la République prise dans la toile

On a longtemps voulu nous faire croire que Jeffrey Epstein était une affaire américaine.
Un fait divers de luxe. Un scandale pour tabloïds. Un monstre new-yorkais enfermé dans son propre décor.

On nous a vendu pendant dix ans l’illusion confortable : Epstein, c’est l’Amérique. Les excès d’Hollywood. Les milliardaires. Les îles. Les jets.

Mensonge ET

Erreur.

Epstein n’était pas seulement un prédateur.
Il était une infrastructure.
Un système.
Une méthode.
Et comme toute méthode, il avait besoin d’une chose : des pays-hubs.

Or, s’il existe un pays qui a toujours su offrir à l’impunité ses plus beaux écrins, ce pays s’appelle : la France.

Pas la France des tribunaux.
Pas la France des lois.
La France des salons.
La France des titres.
La France des “réseaux”.
La France où l’on ne couvre pas le crime avec une cagoule, mais avec un badge culturel, un dîner, une adresse, un institut, une carte de visite.

Et au centre de cette scène française, il y a une adresse qui sonne comme un blasphème de marbre et de velours :

22, avenue Foch.

La France n’est pas un spectateur : elle est un décor secondaire. Un couloir. Un relais. Un terrain.
Avenue Foch. Quai d’Orsay. Nations Unies.
Et derrière les rideaux, la même mécanique : entre-soi, services, argent, dossiers, silence, recasages.

Ce billet ne vise pas à faire “doublon” d’un papier juridique. Il vise à faire ce que la presse française refuse : nommer le système, et décrire le protocole de protection.


1) Avenue Foch : un sanctuaire, pas un appartement

On parle d’un appartement.
On devrait parler d’un sanctuaire.

Avenue Foch n’est pas une simple adresse.
C’est un symbole.
C’est l’une des artères les plus chères d’Europe.
C’est l’endroit où Paris se croit éternel : façades haussmanniennes, silence bourgeois, portiers, prestige, et cette impression que tout ce qui s’y passe est “au-dessus du monde”.

Et c’est précisément pour cela qu’Epstein l’a choisie.

Parce que la France — et Paris en particulier — possède une spécialité unique :

Là où l’Amérique a l’argent,
la France a le prestige.

Et le prestige, dans un réseau comme celui d’Epstein, est une monnaie plus puissante que le dollar.


2) Le mécanisme français : pas l’omerta… la politesse

En France, on ne couvre pas.
On “ne sait pas”.
On “ne voit pas”.
On “n’a pas entendu”.
On “ne se souvient pas”.

C’est la grande magie nationale : l’ignorance sophistiquée.

Le système Epstein n’a pas prospéré chez nous grâce à la violence.
Il a prospéré grâce à un carburant infiniment plus efficace :

la politesse sociale.

Cette politesse qui interdit de poser des questions.
Cette politesse qui fait que, quand un milliardaire invite, on se tait.
Cette politesse qui transforme une présence douteuse en “malentendu”.

Et quand on ose poser une question, on vous répond :

Oui.
C’est énorme.
Et c’est justement pour ça que ça marche.


3) Brunel : le rabatteur, ou la France comme vivier

On nous a vendu Jean-Luc Brunel comme une annexe sordide.
Une pièce secondaire.
Une figure “périphérique”.

Non.

Brunel, c’était la passerelle française.
Le relais.
Le technicien.
Le “recruteur”.
Le type qui connaît les agences, les filles, les castings, les circuits, les hôtels, les fêtes, les “soirées privées”.

Le réseau Epstein n’est pas seulement un réseau de perversion.
C’est un réseau logistique.

Et Brunel, en France, représentait exactement cela :

Le mannequinat est l’un des masques les plus anciens de la prédation.
Il a l’apparence de l’ascension sociale, mais dans la réalité c’est une sélection.

Et dans cette sélection, le système Epstein n’avait pas besoin d’une armée :
il avait besoin de quelques opérateurs.

Brunel était l’un d’eux.


4) Le “suicide” : quand la mort devient procédure administrative

Brunel meurt en prison.
Et immédiatement, une partie du système soupire :

Mais la mort de Brunel ne clôt rien.
Elle révèle un autre trait français :

**Le crime devient un dossier.

Et le dossier devient un oubli.**

On appelle cela un “non-lieu technique”.
Une extinction de l’action publique.
Une formule.

Mais derrière la formule, il y a la réalité :

La mort de Brunel n’est pas un point final.
C’est une bouchée avalée par le système pour éviter de remonter la chaîne.


5) Jack Lang : le paravent culturel parfait

Et puis il y a ce nom.
Celui qui ne devrait jamais apparaître dans ce dossier.
Celui qui fait trembler le petit théâtre parisien.

Jack Lang.

Certains empilent des chiffres, des occurrences, des mentions.
Mais le vrai scandale n’est pas la statistique.

Le vrai scandale, c’est ceci :

Parce que Lang incarne exactement le mécanisme français :

  • la culture comme immunité
  • l’art comme absolution
  • le prestige comme blanchiment

En France, un ministre de la Culture n’est pas un ministre.
C’est une licence morale.
Un passeport.

Et ce passeport, Epstein l’a utilisé comme on utilise un visa diplomatique :
pour traverser les frontières du soupçon.


6) La diplomatie : le Quai d’Orsay comme zone grise

Il y a une autre dimension que la France refuse toujours de regarder :

Epstein n’était pas seulement un prédateur.
Il était une machine d’influence.

Et la diplomatie, dans un tel système, n’est pas une “victime collatérale”.
C’est une cible naturelle.

Pourquoi ?

Parce que la diplomatie, ce sont :

  • des secrets
  • des carrières
  • des réseaux
  • des faiblesses humaines
  • des leviers de pression

Le réseau Epstein fonctionnait comme un “pot de miel”.
Et le pot de miel, dans les guerres modernes, sert à une chose :

Et le kompromat sert à une chose :

Tenir un homme.
Tenir une institution.
Tenir une décision.
Tenir un pays.


7) La France : paradis mondial du “prestige-protection”

Au fond, la France n’est pas “complice” au sens policier.
Elle est complice au sens civilisationnel.

Parce que notre pays a inventé une forme d’impunité plus raffinée que la corruption :

le prestige-protection.

En France, on ne protège pas un homme parce qu’il est riche.
On le protège parce qu’il est “important”.
Parce qu’il “compte”.
Parce qu’il est “un grand nom”.
Parce qu’il a “fait des choses”.

Et c’est exactement le carburant du réseau Epstein.


8) Le point politique : la fin de l’illusion

La publication massive des “Epstein Files” est un événement historique.
Pas parce qu’elle révèle des noms.
Des noms, il y en a toujours.

Mais parce qu’elle révèle le mécanisme.

Et ce mécanisme est toujours le même :

  1. un lieu
  2. un recruteur
  3. une couverture
  4. une protection institutionnelle
  5. un silence médiatique
  6. une justice lente
  7. une élite qui nie jusqu’à la dernière minute

La France, aujourd’hui, ne peut plus jouer la carte du “c’est américain”.
Elle est dedans.
Elle y était.
Et elle y a servi exactement à ce qu’elle sert toujours :


9) Conclusion : il faut en finir

Il faut en finir avec cette France-là.
La France qui se croit supérieure parce qu’elle sait dîner.
La France qui croit que la culture lave tout.
La France qui confond “civilisation” et “complicité élégante”.

L’affaire Epstein en France n’est pas une annexe.
C’est une radiographie.

Et ce qu’elle montre est simple, brutal, et parfaitement français :

Avenue Foch n’est pas seulement un lieu.
C’est un symbole.

Et désormais, ce symbole est contaminé.


EN COMPLEMENT Fabrice Aidan : le Quai d’Orsay dans la toile d’Epstein

Pendant qu’en France on se racontait l’histoire confortable d’un Epstein “américain”, d’un Brunel “français” et d’un Lang “mondain”, une autre scène se jouait loin des flashs : celle de la diplomatie, de la circulation de documents, des réseaux de l’ONU, et de l’immunité silencieuse.

Et là, soudain, un nom surgit — Fabrice Aidan.

Pas un milliardaire.
Pas une star.
Pas un “ami de soirée”.

Non.
Un diplomate.
Un homme du Quai d’Orsay.
Un rouage du système.

Et c’est précisément pour cela que cette affaire est plus grave que toutes les photos de cocktails.

Car un diplomate, ce n’est pas un figurant.
C’est un canal.


Le point central : l’information

Ce que racontent les révélations (Mediapart, Radio France, AFP, etc.) est glaçant par sa banalité administrative :

  • Aidan échange avec Epstein à partir de 2010.
  • Il lui transmet des documents et rapports issus de l’ONU via son adresse professionnelle.
  • Il mobilise un réseau international pour répondre à des sollicitations.

On est très loin du “j’ai croisé Epstein à un dîner”.
On est dans la logique du service.

Et dans l’univers Epstein, “service” signifie toujours la même chose :


2013 : l’État sait

Là où l’histoire devient explosive, c’est sur un point précis :

En 2013, Aidan fait l’objet d’une alerte lourde :

  • enquête ONU
  • signalement FBI
  • soupçons de consultation de contenus pédopornographiques.

Gérard Araud confirme avoir été informé.
Le diplomate est renvoyé en France pour être “traité légalement et psychologiquement”.

Donc on peut écrire la phrase qui tue :

Ou pire :


Le vrai scandale : la continuité

Ce qui rend le cas Aidan monstrueux, ce n’est pas seulement ce qu’il aurait fait ou consulté.

C’est ce qui vient ensuite.

Parce que malgré tout cela :

  • pas de procès public connu,
  • pas de sanction visible,
  • pas d’exclusion claire,
  • puis… reconversion,
  • puis… secteur privé,
  • puis… Engie.

Autrement dit :


La connexion Rød-Larsen : l’ONU comme zone grise

Autre élément crucial : Aidan n’est pas isolé.

Il travaille auprès de Terje Rød-Larsen, diplomate norvégien, lui-même lié à Epstein, et désormais visé en Norvège par des enquêtes de corruption.

Dans cette affaire, l’ONU apparaît comme ce qu’elle est souvent :

On y échange :

  • des cadeaux,
  • des services,
  • des rapports,
  • des virements,
  • des livres vendus à des prix absurdes,
  • et des accès.

C’est une économie parallèle du prestige.


Le détail qui humilie : le blog

Un mail de 2016, cité dans les révélations, est presque une scène de théâtre :

Epstein envoie à Aidan et Rød-Larsen un lien vers un article de blog intitulé :

C’est-à-dire qu’Epstein se moque.

Il n’est pas inquiet.
Il n’est pas sur la défensive.
Il n’est pas paranoïaque.

Il est tranquille.

Parce qu’il sait.


Barrot “effaré” : le théâtre

Quand le ministre Jean-Noël Barrot se dit “effaré” et “indigné” en 2026, c’est le moment où le récit officiel bascule dans la farce.

Parce que si l’État savait depuis 2013, alors l’indignation de 2026 est :

  • soit une ignorance coupable,
  • soit une hypocrisie,
  • soit une opération de communication.

Et dans les trois cas, c’est grave.


Conclusion Lupus

Le cas Aidan est une preuve froide, européenne, française, que le réseau Epstein n’était pas seulement un réseau sexuel.

C’était aussi un réseau d’accès :

  • accès aux gens,
  • accès aux lieux,
  • accès aux dossiers,
  • accès aux institutions,
  • accès à l’impunité.

Et la France, dans cette histoire, n’est pas “victime collatérale”.

Elle est terrain.

Et le Quai d’Orsay n’est pas “surpris”.

Il est dans le décor.


Gang of Four — To Hell With Poverty!
➡️ (pauvreté, cynisme, violence sociale froide : exactement la bande-son du “Quai d’Orsay / Avenue Foch / système de protection”.)

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2 réponses »

  1. EPSTEIN EN FRANCE — Avenue Foch, Quai d’Orsay, ONU : la République prise dans la toile.

    Pendant des années, on nous a servi la version “export” :
    Epstein, c’est l’Amérique.
    Un monstre isolé. Un milliardaire. Une île. Une affaire de tabloïds.

    Sauf que la France n’a jamais été en dehors.
    Elle a été un couloir, un décor, un relais.

    Avenue Foch : un sanctuaire.
    Quai d’Orsay : un silence.
    ONU : une zone grise.

    Le cas du diplomate Fabrice Aidan est un révélateur absolu :
    l’État savait depuis 2013.
    Et n’a rien fait.
    Ou plutôt : il a fait ce qu’il fait toujours dans ce genre d’affaires :
    il a géré. Il a recasé. Il a étouffé.

    Ce billet n’est pas un article juridique.
    C’est une radiographie du système.
    Le système de l’entre-soi, des services rendus, des dossiers qui circulent, et de l’impunité qui se protège elle-même. 

    Morceau d’accompagnement : Gang of Four — “To Hell With Poverty”

    Parce que pendant que l’élite se protège, on demande au peuple d’être sage, pauvre, docile… et reconnaissant.

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