Europe

Jean Pierre Petit : Europe décadente et Quantitating Easing à l’Européenne

Directeur de la recherche économique et de la stratégie d’ Exane-BNP Paribas jusque fin 2008, Il a été auparavant (1995-1999) adjoint au directeur des études économiques de la BNP, adjoint de direction à la Banque de France et consultant pour le Fonds monétaire international (1986-1994). Il est diplômé de Sciences Po Paris, détient une maîtrise en droit et est titulaire d’un DEA d’économie internationale. Jean Pierre Petit est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, La finance, autrement (en collaboration, Dalloz, 2005).Aujourd’hui devenu stratégiste de marché indépendant il continue de collaborer  de manière régulière à divers revues et journaux économiques et financiers. Voici le 2ème billet d’une série qui lui sera consacrée…

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

L’Europe décadente avril 2009

 « La crise n’aura finalement pas véritablement fait avancer l’Europe dans la coordination des politiques économiques et dans la définition d’une stratégie structurelle cohérente de nature à augmenter la productivité et la croissance potentielle.
Il n’est donc pas étonnant de voir les pays européens essayer de relancer les secteurs anciens ou de favoriser à nouveau une croissance débridée du crédit. Les nouvelles mesures de subventionnement public du crédit immobilier sont notamment parmi les plus absurdes. Tant qu’il n’y aura pas de volonté claire de développer la croissance potentielle (seule susceptible d’augmenter les revenus réels), il y aura toujours une tendance naturelle à la « camoufler » par des bulles de dette et d’actifs.. La décennie 2000 fut une décennie perdue pour l’Europe. Tout porte à croire que la décennie 2010 sera encore plus douloureuse pour le continent qui, en inventant de faux responsables et en refusant de reconnaître ses faiblesses propres, apparaît bien mal armé pour affronter les défis du  vieillissement et de la mondialisation. »

L’assouplissement quantitatif  à la mode BCE mai 2009

L’ÉCONOMIE D’EUROPE CONTINENTALE EST LARGEMENT PLUS INTERMÉDIÉE QUE LE MONDE ANGLO-SAXON. LE CRÉDIT BANCAIRE REPRÉSENTE 145% DU PIB DANS LA ZONE EURO CONTRE 63% AUX ÉTATS-UNIS

La BCE a enfin décidé de pratiquer une politique d’assouplissement quantitatif à partir de juin prochain. L’actif bénéficiaire des rachats sera constitué par les «Covered Bonds» (obligations sécurisées par un pool d’actifs, en général des crédits hypothécaires ou au secteur public). Ce compartiment a particulièrement souffert du manque de liquidité en raison de la crise. La BCE devrait a priori intervenir autant sur le marché primaire que secondaire. Elle précisera les conditions de son interventionnisme le 4 juin prochain.
Les obligations sécurisées représentent un Marché de 1500 milliards d’euros. La BCE a annoncé 60 milliards de potentiel de rachats. Cela ne totalise que 4% de ce marché. C’est beaucoup moins que la Banque d’Angleterre ou que la Fed. Mais l’entrée de la BCE est de nature à faire baisser les spreads sur ces produits et relancer les émissions sur le marché primaire qui est actuellement gelé.
Cette décision de la BCE correspond à une certaine logique. Elle s’applique directement aux conditions de financement du système bancaire. Or, l’économie d’Europe continentale est largement plus intermédiée que le monde anglo-saxon. N’oublions pas que le crédit bancaire représente 145% du PIB dans la zone euro contre 63% aux Etats-Unis. Il se trouve également que le marché le plus développé des «covered bonds» se trouve en Allemagne (les Pfandbriefe), pays où le système bancaire est le plus mal en point. A cela les difficultés techniques qu’auraient généré un interventionnisme sur d’autres actifs. Sur quels critères fallait-il ainsi guider une politique de rachats d’obligations publiques? Comment répartir les emprunts d’Etat en fonction de leur nationalité? En fonction du ratio dette publique/PIB ou en fonction des encours totaux. Enfin, les obligations sécurisées ont leurs vertus propres. Si les covered bonds ressemblent en apparence aux ABS (Asset Backed Securities) américains, ils en diffèrent en de nombreux points. Il s’agit en fait d’une obligation traditionnelle qui est gagée par un pool d’actifs, ce qui fait baisser le coût de financement de la banque. Le tranching n’existe pas pour les covered bonds, ce qui facilite l’analyse des pertes potentielles des créances contrairement a certains types d’ABS (CDO). Le fait que les actifs sous-jacents restent dans le bilan des banques émettrices et que les créanciers des covered bonds aient un droit sur l’actif net de la banque incite les banques à suivre, en amont et au cours de leur vie, les prêts en collatéral à l’inverse des ABS où l’anti-sélection adverse joue à plein. L’émission de tels produits par les banques est neutre sur le capital réglementaire, contrairement aux ABS. C’est probablement tout cela qui a «plu» à la BCE. Il n’est en tous cas pas étonnant de voir les spreads baisser notablement sur ces produits depuis l’annonce de la BCE.

BILLET PRECEDENT QUI LUI EST CONSACRE  :

https://lupus1.wordpress.com/2009/05/21/jean-pierre-petit-retour-sur-les-stress-tests-des-banques-us/ 

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