Marchés Financiers et Boursiers Actions

Charles Gave : Faut il tuer les Banques ?

Charles Gave est l’un des plus brillants économistes et analystes au monde….Il est français mais exilé aux US depuis maintenant  plusieurs années car il souffre de défauts  jugées rédhibitoires  en matière économique dans notre beau pays : il n’est pas marxiste, il n’est pas keynésien, il n’est pas antiaméricain et il n’est pas libertarien tendance école autrichienne…En bref c’est  un monétariste tendance Milton Friedman et un business économiste de tout premier plan…En France il contribue de manière très régulière au Journal des Finances et demeure un  grand pourfendeur devant l’éternel du système Euro  et  un adversaire acharné de l’ « IGNORAMUS TRICHET »….. Voici le 12ème volet d’une série de billets qui lui sont consacrés….

« Les grands problèmes économiques sont toujours créés par des erreurs, au nombre de 5 : une guerre ; une hausse des impôts (qui amène une aggravation du déficit budgétaire) ; une poussée protectionniste ; une augmentation des règlementations ; une erreur de politique monétaire. »

EN SAVOIR DAVANTAGE :

Faut-il tuer les banques ?

PAR CHARLES GAVE* | JDF HEBDO | 20.06.2009

La sagesse populaire dit que le succès a de nombreux pères, mais que l’échec est par nature orphelin. Si on en vient à la crise financière des deux dernières années, on peut d’ores et déjà annoncer que de nombreux tests ADN de paternité ont été conduits et que les résultats commencent à sortir. Nous allons enfin savoir. Ainsi, par exemple, le gouvernement américain vient de rendre public un rapport de 88 pages sur les causes de la crise et la réforme financière qui doit s’ensuivre, rapport qui coïncidait avec une interview du président Obama sur le même sujet accordée aux grands réseaux de télévision aux Etats-Unis.
Les résultats atteints par cette commission de recherche sont stupéfiants. A la surprise générale, les responsables seraient l’avidité incontrôlée des banques d’investissement, la débauche incompréhensible qui aurait frappé les banques commerciales et bien entendu les spéculations incontrôlées des nuisibles hedge funds. On reste confondu d’admiration devant la perspicacité de nos Sherlock Holmes.
A l’évidence, la crise n’a rien à voir avec l’inconséquence de nombre de consommateurs empruntant bien au-delà de leur capacité à rembourser, ni avec la stupidité des banques prêtant à des gens qui ne pouvaient pas rembourser, ni avec l’intervention permanente des politiciens dans les affaires de Freddie Mac et Fannie Mae, les deux institutions chargées de distribuer le crédit immobilier aux Etats-Unis, toutes deux en faillite aujourd’hui, et qui étaient sous le contrôle direct du Congrès des Etats-Unis.
Rien à voir non plus avec l’abandon par l’Administration Clinton de la loi qui séparait les banques d’affaires et les banques commerciales et qui avait permis en 1999 la fusion des bureaux de poste et des casinos.
Pas un mot non plus sur la folie des nouvelles normes comptables qui a conduit directement à la catastrophe financière que nous venons de traverser. (A ce sujet, voir notre chronique dans Le JdF du premier trimestre 2008, « La déflation par la norme ».)
Pas un mot sur les erreurs monétaires de la banque centrale US qui en 2004 et 2005 maintint les taux courts beaucoup trop bas beaucoup trop longtemps, ce qui déclencha la spéculation immobilière.
Comme rien de tout cela n’est à l’origine de la crise et que la crise trouve son origine uniquement dans les désordres incompréhensibles de systèmes bancaires pourtant lourdement réglementés, la solution est donc simple : il faut accroître l’effort de régulation, y compris bien entendu sur ceux qui n’ont rien à voir avec le Schmilblick, tels les hedge funds.
On ignore de ce fait une réalité toute simple : TOUTES les institutions qui ont créé des problèmes étaient réglementées à outrance tandis que celles qui ne l’étaient pas n’ont créé aucun problème. Voilà qui nous rappelle le maréchal Pétain, qui pensait que la déroute de 1940 s’expliquait par l’abandon par l’armée des pigeons voyageurs.
Cette conclusion semble largement partagée par les autorités de Bruxelles, qui trouvent dans la crise l’occasion inespérée de mettre enfin au pas l’horrible City à Londres, en l’étouffant soigneusement par une avalanche de réglementations qui assureront le départ des activités les plus rentables vers Hongkong et Singapour. Bref, investir dans les banques et les activités financières en Europe ou aux Etats-Unis semble être quelque peu suicidaire.
Les autorités américaines ou européennes sont en effet en train de garantir que la rentabilité sur capital investi dans ces activités y restera faible et qu’aucune croissance ne pourra y avoir lieu. Voilà qui va aider ces institutions à reconstituer leur capital. Qui sera en effet assez fou pour souscrire à des augmentations de capital de ces morts-vivants ?
De ce fait, les valeurs financières que doivent détenir les lecteurs du JdF doivent avoir leur siège et la plus grosse partie de leurs activités en Asie, au Brésil, au Canada, en Australie, en Chine, mais certainement ni en Europe ni aux Etat-Unis. Comme le disait Einstein, le fou est celui qui fait sans arrêt la même chose en espérant un résultat différent à chaque fois. Ou, comme l’assure le proverbe grec, « ceux que les dieux veulent perdre, ils les rendent fous »…
* charlesgave@hotmail.com

EN COMPLEMENT L’ARTICLE  DU 2/2/08 AUQUEL CHARLES GAVE FAIT ALLUSION :

La déflation et la norme

JDF HEBDO | 02.02.2008

En 1934, Irving Fisher, le grand économiste américain, publia un article en tout point remarquable intitulé « The debt deflation theory of great depression », que l’on peut traduire librement par « Théorie de la dépression trouvant son origine dans la baisse des prix des actifs dans une situation d’endettement ».

On peut légitimement se poser la question suivante aujourd’hui : l’existence de normes comptables insensées n’est-elle pas en train de nous amener dans une baisse des actifs qui deviendrait autoentretenue ?

Et allons-nous connaître une déflation des actifs qui trouverait sa source et sa justification dans des normes comptables particulièrement stupides, et non pas dans un endettement qui est tout sauf alarmant, à condition que le prix des actifs ne s’écroule pas, bien entendu ?

La crise actuelle serait donc le résultat non pas d’un capitalisme devenu fou, mais de normes imbéciles, touchant en particulier les compagnies d’assurances et les fonds de pension. Voila qui mérite d’être exploré.

Depuis le début de janvier, les marchés des actions ont en effet un comportement parfaitement anormal : les baisses semblent entraîner les baisses, dans une espèce de spirale, interrompue de temps en temps par de brefs et violents rallys. Ce comportement, je l’ai rencontré à plusieurs reprises dans ma carrière : dans les six derniers mois de 1974, en Asie ou en Russie en 1997-1998, dans la seconde moitié de 2002 sur tous les marchés… Partout et chaque fois, c’est parce qu’il y avait un ou plusieurs « vendeurs forcés ».

Qu’est-ce qu’un vendeur forcé ? C’est quelqu’un qui doit vendre quel que soit le prix de l’action ou des actions sous-jacentes, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec l’économie ou la marche des sociétés, et tout à voir avec son bilan à lui.

« La situation est désespérée, mais non sérieuse »

On en distingue trois sortes :

1. Ceux qui se sont endettés pour acheter des actions. Si les titres se mettent à baisser, ils seront l’objet d’appels sur marge.

2. Ceux qui gèrent pour le compte de tiers et n’ont pas de réserve de cash.

3. Les institutions financières soumises à des règles prudentielles d’origine étatique. Nous voulons parler ici des compagnies d’assurances, mais aussi des fonds de pension.

Les régulateurs nous ont bâti un très joli système où les hausses entraînent les hausses, tandis que les baisses s’autoentretiennent. Les régulations accentuent le cycle ! Une compagnie d’assurances affaiblie vend ses actions, ce qui affaiblit la société concurrente, qui doit se mettre à vendre à son tour, et ainsi de suite.

En 1974, en Grande-Bretagne, dans des circonstances un peu similaires, tout cela s’était terminé avec la Banque d’Angleterre donnant l’ordre aux compagnies d’assurances de ne plus respecter leurs ratios prudentiels et d’acheter en Bourse en leur prêtant de l’argent. Le marché avait doublé dans le mois qui avait suivi.

Je n’ai pas la moindre idée de la durée du phénomène que je viens de décrire, mais il me semble bien enclenché.

La bonne nouvelle, encore une fois, c’est que les sociétés industrielles et commerciales sont en cash-flow positif, n’ont pas besoin des banques et pourront racheter leurs propres titres à bon compte.

Donc « la situation est désespérée mais non sérieuse » (Churchill). L’acheteur final du titre sera la société qui l’a émis. Mais on ne peut s’empêcher de se demander qui choisit les ahuris qui sont responsables de ces réglementations. Ils font beaucoup plus de mal, et pendant beaucoup plus de temps, que le pauvre trader de la Société Générale ou le capitalisme financier n’en feront jamais.

* charlesgave@gmail.com

BILLET PRECEDENT :

https://lupus1.wordpress.com/2009/06/06/charles-gave-la-chevre-de-m-seguin/

Charles Gave – né en 1941, il est économiste spécialiste des marchés financiers. Il a reçu un PhD en économie de l’Université de Chicago où il fut l’élève de Milton Friedman. Après avoir commencé sa carrière comme analyste financier dans une banque d’affaires française, il crée en 1974 une entreprise de recherche économique indépendante, Cecogest. En 1986, il diversifie son activité vers la gestion de portefeuille et devient le cofondateur de Cursitor-Eaton Asset Management, qui est ensuite vendu en 1995 à Alliance Capital. C’est en 1995 que Charles Gave crée Gavekal Research, Gavekal Capital et Gavekal Securities, trois entreprises dont le siège est aujourd’hui à Hong Kong.

 EN COMPLEMENT INDISPENSABLE ET EN LECTURE RECOMMANDEE (Y COMPRIS SI L’ON EST PAS D’ACCORD AVEC CHARLES GAVE COMME BIBI) CET ARTICLE DE L’EXCELLENT FUTBOT :

 http://futbot.blogspot.com/2009/05/fisher-roubini-bernanke.html

(ET N’OUBLIEZ  PAS DE PARTICIPER A SES SONDAGES MERCI POUR LUI )

4 réponses »

  1. Comme l’on dit : quand on veut tuer son chien, on dit qu’il a la rage… ou comment dévier la suspicion des citoyens pour ne pas recevoir de gouttes!

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