Changes et Devises

Commentaire : L’Europe et la vertu budgetaire perdue…

Contre toute attente, l’Allemagne va à son tour utiliser l’arme budgétaire à travers une réduction massive des impôts en faveur des ménages et des entreprises. Plus personne ne semble donc s’inquiéter des déficits publics censés se résorber mécaniquement avec le retour de la croissance.

Mais est-ce vraiment aussi simple ?

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Relance à tout prix

Dès les prémices de la crise, des voix se sont élevées pour que les gouvernements délient les cordons de la Bourse et soutiennent ainsi l’économie. En Europe, si certains pays, comme la France ou l’Angleterre, ont rapidement pris des mesures budgétaires, d’autres, Allemagne en tête, ont d’abord préféré préserver la santé des finances publiques.

Avec la volte-face allemande, c’est désormais toute l’Europe, ou presque, qui laisse filer les déficits publics. Résultat, si des années d’efforts budgétaires avaient permis de limiter le déficit public des pays de l’Union européenne à 0,8% du PIB en 2007, celui-ci sera de 6% cette année et pourrait même atteindre 7% en 2010 ! Pourtant, ce dérapage ne semble pas inquiéter les gouvernements qui estiment que l’effort budgétaire était indispensable et que le retour à une croissance forte permettra précisément, dans un second temps, d’assainir les comptes publics.

Un pari risqué

La foi aveugle dans l’effet positif des dépenses publiques sur le PIB est d’autant plus incompréhensible que cette relation ne se vérifie en réalité que très rarement. Dans de nombreux cas en effet, l’impact final d’une politique budgétaire expansionniste sur le PIB s’avère même très limité en raison de différents facteurs qui atténuent l’action publique.

 Un élément évident dans ce cadre est le rôle des importations. Ainsi, stimuler la demande intérieure profite certes à la production domestique, mais aussi aux entreprises étrangères. La prime à la casse en France, par exemple, a bien sûr dopé les ventes de voitures françaises, pas toutes produites dans l’Hexagone du reste, mais aussi étrangères. Et au final, la production nationale de voitures n’en a guère profité.

La réaction des agents économiques face à la hausse de l’endettement peut aussi altérer fortement l’impact final d’une relance budgétaire. Nul n’ignore en effet que le creusement des déficits aujourd’hui nécessitera des efforts budgétaires demain. L’anticipation d’une pression fiscale accrue ou d’une réduction des prestations sociales pourra ainsi déboucher sur une hausse de l’épargne des ménages en prévision d’une baisse attendue du revenu disponible.

Sur le marché obligataire enfin, la hausse des besoins de financement des autorités publiques pourra déboucher sur une envolée des taux d’intérêt.

Au final, les mesures budgétaires censées dynamiser la demande domestique sont donc souvent contrebalancées par une baisse de la consommation et des investissements…

Retour de l’austérité

Le pari de la relance budgétaire est d’autant plus dangereux qu’en tablant exclusivement sur une reprise rapide et forte, les gouvernements européens risquent d’être bien démunis si la croissance reste faible. Hélas, ce scénario est aussi le plus probable. Car une fois la récession terminée, la reprise risque d’être très graduelle et les importants déficits publics ne se résorberont pas automatiquement.

Les pays européens seront alors dans la même situation que dans les années 1990 avant l’adoption de l’euro et devront assainir leurs finances publiques dans un environnement conjoncturel mitigé. A l’époque, ceci s’était traduit par une hausse de la pression fiscale et une baisse des dépenses et des investissements publics.

Or, vu la forte détérioration des finances publiques, l’assainissement exigera de nouveau de toucher aux dépenses comme aux recettes et l’impact sera loin d’être négligeable avec la persistance d’un chômage élevé, une faible consommation, une baisse des investissements et de maigres gains de productivité.

Affaiblissement durable

Force est donc de constater que le creusement des déficits publics exigera des ajustements douloureux, le retour d’une croissance forte dans la zone euro étant hautement improbable. Mais cet assainissement pénalisera aussi le dynamisme de l’activité économique et prolongera donc la période de faible croissance, ce qui aura à son tour un impact négatif sur les actifs financiers du Vieux Continent.

Du côté des actions, une grande sélectivité sera de mise dans la mesure où les marchés boursiers européens présentent déjà une valorisation globalement peu intéressante, alors que la faible croissance pénalisera la rentabilité des entreprises.

Sur le marché obligataire, comme les taux devraient augmenter, mieux vaut éviter les longues échéances. De plus, la faiblesse conjoncturelle du Vieux Continent devrait peser à terme sur la valeur de la monnaie unique, laquelle est qui plus est déjà surévaluée par rapport à de nombreuses devises. Les dollars australien ou néo-zélandais, par exemple, apparaissent donc plus intéressants…

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : LA GRECE UN AVANT GOUT PRONONCE DES TURPITUDES A VENIR :

La Grèce prévoit un déficit budgétaire de 9,4% du PIB en 2010….

Le ministre grec des Finance,s Georges Papaconstantinou, a annoncé jeudi qu’il prévoyait un déficit budgétaire de 9,4% du PIB en 2010 contre 12,7% en 2009 en présentant en conseil ministériel l’avant-projet de budget pour l’année prochaine….

Cette « correction de 7,8 milliards d’euros » sera obtenue en réduisant les dépenses et augmentant les recettes, notamment via une lutte renforcée contre la fraude fiscale, et par une « rationalisation » de la gestion publique combinée à une « redistribution des charges », a affirmé le ministre, dont l’allocution était retransmise en direct par la télévision publique Net.

Selon l’avant-projet, le PIB devra stagner en 2010 avec un recul de -0,3%, marquant une très légère reprise par rapport au recul de 1,5% prévu pour 2009, a ajouté le ministre.

Il a souligné l’impératif pour le pays de limiter sa dette, qui doit selon l’avant-projet de budget atteindre 113,4% du PIB pour 2009 et 120,8% en 2010.

« Il s’agit d’un budget de transition (…), établi dans le cadre du total déraillement budgétaire » connu par le pays, a-t-il ajouté.

Malgré « cette conjoncture difficile », l’avant-projet reflète la détermination du nouveau gouvernement socialiste, porté au pouvoir le 4 octobre, « de ne pas reculer sur ses engagements pour plus de justice sociale et de redistribution », a pour sa part souligné le Premier ministre, Georges Papandréou.

Le budget 2010 vise à « protéger les plus vulnérables, tonifier le marché, réduire le gaspillage criminel des fonds publics et rétablir la confiance avec les partenaires européens et les marchés internationaux », a-t-il conclu.

Dans ce cadre, l’avant-projet prévoit notamment une hausse de 1,5% des salaires et retraites du secteur public, supérieure à l’inflation prévue « qui doit rester en deçà de ce seuil », selon le ministre des Finances. Il a rappelé dans un point de presse que ce poste représentait 45% des dépenses de l’Etat hors service de la dette.

Le texte fait état toutefois d’une baisse des dépenses publiques avant intérêts, de 1,6 milliard d’euros.

L’essentiel des mesures prévues par le texte « sont sur le long terme », comme le requiert la Commission européenne, a estimé M. Papaconstantinou. Si Bruxelles devait demander un effort supplémentaire « nous lui dirions que le pays est en récession et qu’une trop forte baisse des dépenses étranglerait tout espoir de reprise en 2010 », a-t-il affirmé.

ET TOUJOURS D’ACTUALITE  : Comment et Pourquoi les Etats Européens manipulent les taux longs : l’exemple de la Grèce (cliquez sur le lien)

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