Art de la guerre monétaire et économique

Jean Pierre Petit : Le problème de la baisse du dollar

Directeur de la recherche économique et de la stratégie d’ Exane-BNP Paribas jusque fin 2008, Il a été auparavant (1995-1999) adjoint au directeur des études économiques de la BNP, adjoint de direction à la Banque de France et consultant pour le Fonds monétaire international (1986-1994). Il est diplômé de Sciences Po Paris, détient une maîtrise en droit et est titulaire d’un DEA d’économie internationale. Jean Pierre Petit est l’auteur de plusieurs ouvrages dont, La finance, autrement (en collaboration, Dalloz, 2005).Aujourd’hui devenu stratégiste de marché indépendant il continue de collaborer  de manière régulière à divers revues et journaux économiques et financiers. Voici le 18ème billet d’une série qui lui est consacrée…

Elle peut entraîner des phénomènes de guerre des changes et donc de protectionnisme commercial ou financier. Au niveau global.

On se souvient de la célèbre phrase de J Connaly, Secrétaire d’Etat au Trésor du Président Nixon au début des années 1970; «le dollar c’est notre monnaie et votre problème».

En quoi la baisse actuelle du dollar est-elle un problème pour l’économie mondiale?

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

En fait la réponse ne va pas de soi.

La baisse du dollar aide en soi au «rebalancement» de l’économie mondiale en rendant l’économie américaine plus compétitive et moins dépendante de la demande intérieure. D’un autre côté, cela est de nature à rendre les économies excédentaires (Chine, Japon, Allemagne, OPEP) moins compétitives.

Au niveau global, cela peut entraîner des phénomènes de guerre des changes et donc de protectionnisme commercial ou financier.

On voit depuis quelque temps quelques réactions de pays émergents face à la sur appréciation de leur devise; ainsi en va-t-il des taxes sur les entrées de capitaux et sur les émissions étrangères de firmes brésiliennes au Brésil ou les restrictions sur les placements étrangers à Taiwan. D’autres pays songent à des mesures similaires Inde, Indonésie, Thaïlande, ….

Mais en l’état actuel des choses, on n’assiste pas encore vraiment à une généralisation des restrictions commerciales ou financières.

Mais celle-ci pourrait voir le jour si la glissade du dollar s’amplifiait.

Autre effet pervers de la baisse du dollar: cela peut conduire une nouvelle fois à une sur-valorisation des matières premières, tout particulièrement du pétrole, ce qui constituerait une mauvaise nouvelle pour 80% de l’économie mondiale. On sait ainsi que lorsque le dollar est faible, il y a des pressions haussières sur les prix du pétrole (cotés en dollar) chez les pays exportateurs nets. Cette convention est bien admise et la corrélation entre le dollar faible et le pétrole cher est de plus de 50% depuis 2005. Il est très difficile d’estimer la part du dollar faible dans le doublement du prix du baril depuis le début de l’année, mais il est indéniable que cela a joué un rôle. Cela étant, il n’apparaît pas que le niveau actuel du prix du baril soit un obstacle sérieux à la reprise économique en cours.

En fait, il faut revenir à la distinction entre crise et baisse du dollar.

Qu’est ce qui distingue une crise du dollar d’une baisse du dollar?

Une crise du dollar comprend trois éléments:

a) une forte volatilité des changes;

b) des sorties nettes massives des capitaux des Etats-Unis;

c) un impact négatif (via la prime de risque) sur le marché actions et obligataire américain.

 On a eu des crises de change durant les années 70 (1973, au moment de la généralisation des changes flottants, 1978), en 1987 (année de la correction obligataire et du krach actions), 1994 (krach obligataire et correction actions), souvent favorisées par de plus ou moins fortes tensions inflationnistes.

Mais il est indéniable qu’on n’a pas encore, aujourd’hui, de manifestation de crise du dollar.

Quel est donc alors le coût pour l’économie mondiale de la baisse du dollar?

 Tout est en fait une question de rythme et de répartition de l’ajustement entre les devises.

La question du rythme est aujourd’hui relativement secondaire. Quoi qu’on en dise, le rythme actuel de baisse du dollar est graduel: -15% en termes effectifs depuis le point haut de mars 2009 et -35% depuis le point haut du début 2002.

En revanche, la répartition de la baisse est une nouvelle fois défaillante; la valeur effective réelle du renmimbi n’a ainsi pas bougé depuis 2000 en raison du «peg» de la monnaie chinoise au dollar et ce, malgré des excédents courants croissants (400 milliards de dollars en 2008, soit 10% du PIB chinois) et une hausse de 9% par an du revenu par habitant. Ceci explique l’accumulation historique des réserves de change par la Chine, qui représentent aujourd’hui près du tiers mondial du stock mondial (10% en 2000).

Certes, pour la Chine, cela pousse à des excès de liquidité, donc aux bulles d’actifs et à la volatilité macroéconomique. Mais cela semble encore secondaire par rapport à l’avantage en termes de compétitivité que retire la Chine d’un renmimbi sous-évalué. (NDLR : C’EST-CE QUE L ON APPELLE UNE POLITIQUE ECONOMIQUE DE TYPE MERCANTILISTE)  

Inversement, l’euro et le yen ont subi l’essentiel de l’ajustement baissier du dollar, alors que ces pays sont en déflation (Japon) ou menacés de l’être (zone euro). Les Etats-Unis transfèrent ainsi le risque déflationniste sur les pays à devise flexible et à faible autorité politique. L’euro a ainsi contribué à hauteur de presque 25% à la baisse effective du dollar. Si l’on  prend encore plus de recul en remontant au démarrage de ce cycle baissier du dollar, c’est-à-dire depuis le début de 2002, la contribution de l’euro a été de près de 40%. Rappelons que depuis cette date, la croissance européenne a pourtant été moins forte que celle des Etats-Unis. Même au coeur de la crise de 2007-2009, la baisse cumulée du PIB réel de la zone euro a été plus forte (-5%) qu’aux Etats- Unis (-3,8%) Si le marché des changes ne corrige pas de luimême, la poursuite de la baisse du dollar s’interrompra d’elle-même lorsque les marchés réaliseront le creusement de l’écart de resserrement monétaire de part et d’autre de l’Atlantique; mais à quel prix pour l’économie européenne? (NDLR ART DE LA GUERRE MONETAIRE DONT LES ASIATIQUES SONT PASSES MAITRE, REVANCHE 2 EME GUERRE MONDIALE ET CRISE DE CHANGE THAILANDAISE !!!!)  

Jean Pierre Petit Economiste et Stratégiste de marché nov09

BILLET PRECEDENT : Jean Pierre Petit : Vers un retour des fusions-acquisitions (II) (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES : L’Euro fort, un vrai boulet pour les Entreprises Européennes (cliquez sur le lien)

 Commentaire : Du bon usage de la Monnaie : l’exemple du DOLLAR (cliquez sue le lien)

Commentaire : Pétrole et dollar: une corrélation ni évidente ni même prouvée (cliquez sur le lien)

7 réponses »

  1. Ce ne serait pas plus mal un peu de deflation en europe. Les uSA ont bien vus leurs prix immo baisser de -20% à -40%, ce qui donne l’occasion aux américains responsables et faire de bonnes affaires et de se loger dignement et ainsi d’augmentater la competitivité (car le salaire necessaire pour vivre est diminué). Rien de tel en France, avec des actifs qui ne corrigent pas vraiment. De quoi rendre les agents economiques un peu fous (un peu comme les effets d’inflation). Bref, une bonne montée des taux de refi, au moins à 2%, assorti une bonne crise, ne ferait pas trop de mal à la France a bien y reflechir.

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  2. Une bonne grosse intervention du FMI egalement, aurait des effets salutaires: on arreterait den France de sauter dans sa chaise comme un cabri: la solidarité, la solidarité, la solidarité… résuktat: des HLM et des aides sociales en veux tu en voila… sans contrepartie pour ceux qui payent.

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