Les Vertus du Capitalisme

Les marchés et le sommet de Copenhague: un coup pour rien?

L’indice solaire a perdu 15% en octobre et les utilities, réputées pour leur caractère défensif, peinent à trouver une orientation claire.

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Si Copenhague constitue une étape majeure dans l’histoire des relations internationales c’est d’abord à titre symbolique : démontrer notre capacité à dépasser le sacro saint dogme de la souveraineté nationale pour entrer dans une logique de solidarité face à la première menace globale de l’histoire de l’humanité…

A ce titre, le ralliement des Etats- Unis et de la Russie incarné au plus haut niveau, l’assouplissement des positions de l’Inde, l’engagement de la Chine à réduire de 45% l’intensité énergétique de sa croissance et la volonté du Brésil de réduire en 2020 ses émissions d’au moins 36% par rapport au scénario « business as usual «, montrent que la fixation d’objectifs a cessé d’être un point bloquant et qu’il est possible désormais de se concentrer sur la mise en oeuvre. Car c’est sur le terrain que tout se jouera !

Si les objectifs des Etats-Unis (- 6% en 2020 vs 1990) peuvent paraître très en deçà des recommandations des experts du GIEC (- 25 à 40% en 2O20), ils ont mis en oeuvre l’un des plans de relance verte les plus ambitieux (150 Md $) de même que la Chine dont l’objectif n’est autre que de devenir le leader mondial des énergies renouvelables…

Il y a fort à parier que, dans ce domaine en tous cas, les actes dépasseront les promesses…

En effet, quelque soit l’issue du Sommet de Copenhague, le processus est déjà en marche et de façon irréversible!

 De fait, le secteur de l’environnement repose sur 4 piliers: le cadre réglementaire allié à la volonté politique, l’innovation et le financement.

Concernant le cadre réglementaire, la plupart des pays ont aujourd’hui mis en place des tarifs ou crédits d’impôts (US) suffisamment attractifs pour permettre aux investisseurs de disposer d’une excellente visibilité à moyen terme. Le Japon, en particulier, vient d’adopter pour l’énergie solaire des tarifs de rachat qui devraient lui permettre d’atteindre la parité par rapport aux énergies fossiles dès 2011.

L’innovation constitue le deuxième facteur majeur pour la baisse du coût des énergies alternatives et l’accroissement de leur efficience. Sur les 5 dernières années, le coût de l’énergie solaire a baissé de 50%, sur la seule année 2009 de 30% et on attend encore entre 10 et 30% de baisse en 2010 sur le prix des panneaux solaires, grâce essentiellement au dumping pratiqué par les chinois, soutenus par les grandes banques nationales. L’éolien a déjà atteint, lui, la parité par rapport au charbon et au gaz!

Pour ce qui concerne la volonté politique, la crise financière a été un formidable catalyseur de la prise de conscience, par les états, du potentiel économique, de création d’emplois (5 millions de «cols verts» attendus aux USA) et de leadership technologique des secteurs liés à l’environnement. Les 450 milliards de dollars d’investissements consentis dans le cadre des plans de relance verte au niveau mondial sont acquis et leur impact se fera sentir progressivement.

Les annonces qui se sont succédées à la veille du Sommet de Copenhague ont créé un climat d’émulation vertueuse qui pousse des pays plus timides sur le sujet, tels que l’Indonésie, à adopter des plans ambitieux en faveur de l’environnement. L’environnement devient un moyen de se positionner sur l’échiquier politique international et de générer de nouveaux moteurs de développement.

Dernier point critique: le financement, sachant que la plupart des projets dans les énergies alternatives utilisent le levier de la dette pour 80% du financement. C’est cette dépendance qui a causé la chute des valeurs vertes en 2008 et qui explique aujourd’hui que, malgré un contexte qui n’a jamais été aussi porteur pour l’environnement, cela ne se traduise pas dans les performances boursières à court terme… Le redémarrage des commandes en amont de la filière, en lien avec desserrement du crédit constaté sur les derniers mois pour les exploitants, l’a bien démontré.

Mais le secteur a besoin d’un signal plus clair de la part des banques pour recommencer à investir massivement à la hauteur des perspectives qu’offre le secteur aujourd’hui. Lorsque ce signal se produira, le rebond de secteurs tels que l’éolien dont la visibilité économique ne s’est pas démentie, devrait être violent car la sous-performance accumulée par ces valeurs conduit aujourd’hui à une décote importante.

Alors qu’est ce qui se joue vraiment à Copenhague ? Rien de moins que la mise en place d’un système susceptible de générer de vraies ruptures et d’aborder non seulement les causes mais les conséquences irréversibles du réchauffement.

Ce qui est en jeu, ce n’est pas seulement l’implantation de milliers d’éoliennes et de panneaux solaires mais d’éviter que l’épuisement des sols et la question de l’eau (pénurie/inondations) ne condamnent à une mort certaine et à des déplacements subis des millions d’individus ! Si les pays du Sud seront les premiers touchés, nous le serons tous collectivement… En effet, on a trop tendance à oublier que les forêts et les zones humides telles que les mangroves agissent comme de formidables pièges à carbone de même que les sols grâce aux bactéries. Leur prise en compte dans le cadre des mécanismes de lutte contre le réchauffement et notamment les marchés de crédit carbone est essentielle.

Remettre l’homme et la préservation de la biodiversité au coeur des enjeux climatiques est donc indispensable pour amener de vraies ruptures qui permettront d’atteindre, à l’horizon 2050, le « facteur 4 « soit une baisse de 75% des émissions au niveau mondial.

Une vision solidaire du développement durable qui n’est pas forcément éloignée de la logique économique…

En effet, que sont les 103 milliards d’euros par an nécessaires au financement des plans dits « d’adaptation « au changement climatique dans les pays en développement face aux débouchés colossaux que représenterait, par exemple, une Afrique disposant de ressources énergétiques propres capables d’asseoir un développement industriel durable?

La théorie de la bottom line…Des pays tels que le Mali et le Niger avec son plan solaire s’engagent aujourd’hui dans cette voie… Et le cercle peut même devenir vertueux pour tous : promouvoir l’élevage biologique au Nord c’est indirectement cesser d’encourager l’agriculture intensive d’exportation au Sud pour l’alimentation du bétail qui cause l’érosion des sols ! Face à une croissance condamnée à la mollesse au Nord, ce dont il s’agit à Copenhague, ne serait- ce pas finalement de créer les bases nécessaires à la poursuite d’une croissance durable au niveau mondial?

Notre destin est lié à celui des populations du Sud! S’il n’y a pas de solidarité voulue, il y a aura une solidarité de nécessité, lorsque les économies occidentales auront cessé de croire que leur croissance est illimitée et que tout peut recommencer comme avant ! Et quand bien même nous passerions outre, les quelques 150 millions de réfugiés écologiques attendus en 2050 seront là pour nous rappeler l’évidence…

Dire oui à l’esprit de Copenhague c’est préférer agir sur son destin que de le subir. Plus que jamais la prise en compte du long terme s’impose dans les choix court terme! Une nouvelle forme d’intelligence économique collective que la finance doit d’urgence intégrer sous peine de voir son divorce avec l’économie réelle s’accentuer.

ISABELLE PRIAULET  Financière de Champlain nov 09

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE :Jeannette Williner : Le discours écologique se ridiculise par manque de réalisme politique (cliquez sur le lien)

3 réponses »

  1. Il est évident qu’il faut reflechir dans le long terme, mais ce n’est pas une chose toujours évidente à faire, quand le présent est déjà catastrophique.

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  2. En plus des décideurs politiques et des instances internationales, les lobbies américains et européens ont pris pour cible le milieu associatif, en particulier lié à la défense de l’environnement.

    Stauber et Rampton (op.cit.) décrivent les stratégies utilisées par ces derniers pour rallier à leur cause les militants les plus sensibles à l’appât du gain tout en
    tentant de neutraliser les incorruptibles. Les techniques employées vont du financement direct ou indirect des associations écologistes, au recrutement de militants, en passant par l’achat de prestations aux cabinets de conseil d’anciens écologistes, voire même l’espionnage de l’activité de certaines associations au moyen de «taupes ».

    Les lobbies créent d’ailleurs eux-mêmes des associations ou blogs à leur solde auxquels ils donnent des appellations trompeuses comme la Coalition pour la Défense du Climat Mondial qui regroupe en fait des industries polluantes
    luttant contre l’intervention de l’état en matière environnementale ou le Conseil américain pour la science et la santé qui est financé par l’industrie chimique. Les lobbies profitent ainsi de l’aura dont jouissent les ONG auprès du grand public et des décideurs politiques et de
    l’expertise de scientifiques dévoués à leur cause pour promouvoir leurs intérêts :

    6ème congrès de l’Aderse « Outils et pratiques de la RSE »
    ESC Pau – 22 et 23 janvier 2009

    Stratégies politiques des firmes et RSE : le cas du réchauffement climatique

    Anne Sachet-Milliat Professeur à l’ISC Paris, chercheur associé au Service Central de Prévention de la corruption (SCPC)

    Cliquer pour accéder à Strat%C3%A9gies%20politiques%20des%20firmes%20et%20RSE%20%20le%20cas%20du%20r%C3%A9chauffement%20climatique.pdf

    • Les variations naturelles de la teneur atmosphérique en gaz à effet de serre, des flux volcaniques
    et de l’activité solaire sont à l’origine de nombreux types de variations climatiques à différentes
    échelles de temps et avec des amplitudes variables,
    • A l’échelle du dernier millénaire les forçages du Soleil et des volcans sont probablement à
    l’origine de petites variations (< 1°C) de la température moyenne (par ex. l’oscillation « Petit Age
    Glaciaire – Optimum Médiéval »)
    • Une partie importante du refroidissement observé pendant les glaciations (≈5-6°C), en particulier
    sous les tropiques et dans l’Hémisphère Sud (≈ 2-3°C), peut s’expliquer par la baisse des teneurs
    en gaz à effet de serre, notamment le CO2 (baisse de 100 ppm),
    • Depuis le 19e siècle les activités humaines ont considérablement augmenté la concentration
    atmosphérique en gaz à effet de serre (CO2, CH4, N2O, O3 …) conduisant à un forçage radiatif de
    l’ordre de 3 W/m2, réduit à environ 1,5 W/m2 en tenant compte des forçages négatifs associés,
    • La combinaison des différentes causes naturelles et anthropiques permet d’expliquer le
    réchauffement mondial observé depuis un siècle:
    • L’augmentation de l’éclairement solaire et la diminution de la fréquence des
    injections de poussières et aérosols d’origine volcanique ont probablement contribué
    à la première phase du réchauffement jusqu’en 1940,
    • La deuxième phase du réchauffement observée depuis 1980 dépasse la variabilité
    naturelle du Soleil et des volcans, mais peut s’expliquer facilement par le forçage des
    gaz à effet de serre.

    Cliquer pour accéder à Bard_edouard.pdf

    Modélisation du climat et rôle du C02 :

    http://www.canalacademie.com/Modelisation-du-climat-et-role-du.html?var_recherche=climat

    Depuis quelques siècles, les activités humaines modifient de façon sensible la composition de l’atmosphère. L’utilisation des combustibles fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel) est largement responsable de l’augmentation de la concentration en gaz carbonique depuis le début de l’ère industrielle (augmentation de 35% depuis 1850) tandis que les concentrations en méthane ont plus que doublé et que celles de l’oxyde d’azote ont augmenté de 15%.

    Cliquer pour accéder à Jouzel%20pal%20decouverte.pdf

    Courbe de température et de concentration de gaz à effet de serre établie à partir de carottages glaciaires en Antarctique (LGGE, Laboratoire de glaciologie géophysique de l'environnement)

    Les teneurs préindustrielles de CO2 étaient ~30% inférieures à celles d'aujourd'hui, et relativement stables autour d'une valeur moyenne de 280 ppmv d'après la glace antarctique. Cette augmentation au cours des derniers 200 ans résulte majoritairement de la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz),de la fabrication du ciment et de la déforestation.

    http://www-lgge.ujf-grenoble.fr/axes/equipes/gaz/co2.shtml

    Météo France : le climat se réchauffe

    http://climat.meteofrance.com/jsp/site/Portal.jsp?page_id=11167&document_id=5048&portlet_id=47211

    Le soleil n’est pas le grand responsable du réchauffement climatique sur terre, mais c’est la concentration des gaz à effet de serre qui tend à réchauffer la surface. Les activités humaines menées depuis l’époque préindustrielle se sont soldées par un réchauffement de la planète de +1,6 Watt/mètre². En comparaison, on estime que la variation de l’éclairement énergétique du soleil a eu un effet de réchauffement de + 0,12 Watt/mètre².

    http://www.canalacademie.com/Le-role-du-soleil-dans-le.html?var_recherche=climat

    Elévation du niveau des océans :

    http://www.canalacademie.com/L-evolution-du-niveau-des-oceans.html?var_recherche=acidification%20oceans

    Conséquences climatiques sur la biodiversité :

    http://www.canalacademie.com/Cloture-de-la-quatrieme-annee.html?var_recherche=climat

    Limites du CO2, croissance des végétaux et effets secondaires du réchauffement climatique

    Les résultats obtenus montrent que l'évolution de la forêt dépend du type de sol et des essences du peuplement. Les épicéas prélèvent plus de CO2 tant sur sol calcaire que sur sol acide et ils ont une croissance plus rapide. C'est pourquoi l'on admet qu'ils sont plus concurrentiels que les hêtres. Cela signifie que la biodiversité des forêts pourrait se modifier à long terme.

    L'augmentation de l'apport de CO2 n'a eu un effet positif qu'au début sur la croissance des arbres. On suppose qu'une saturation des arbres en CO2 intervient par la suite. Une étude publiée dans le magazine Nature a également montré que le stockage de carbone dans les arbres est limité à long terme par les substances nutritives et l'eau.
    Le Commissaire à l'environnement Busquin a communiqué en novembre 2001 les premières estimations officielles sur la capacité d'absorption de la végétation dans l'UE. Selon elles, les forêts et les autres types de végétation peuvent prélever entre 20 et 30% des émissions causées par la combustion d'énergies fossiles, et cette valeur pourrait encore être augmentée par des reboisements.

    Cependant, on admet que tous les puits de CO2 du monde seront saturés d'ici à 2050.

    Par ailleurs, les puits actuels pourraient aussi devenir des sources de CO2 si l'atmosphère devait se réchauffer. Les estimations actuellement disponibles n'ont aucune incidence sur la capacité d'absorption qui peut être exigée dans le cadre du protocole de Kyoto. Communiqué de presse de la Commission européenne / DG recherche : http://europa.eu.int/comm/research/press/2001

    http://www.cipra.org/fr/alpmedia/nouveautes/132

    Tendances estimées

    Impact potentiel accru de certains ravageurs et parasites :
    Globalement, une plus grande fréquence des événements climatiques extrêmes (sécheresse, pluviosité excessive, tempêtes…) induit un stress supplémentaire sur les arbres forestiers, les rendant potentiellement plus sensibles aux attaques des ravageurs et des parasites. Un développement favorisé pour certains pathogènes et certains insectes
    En observant des coupes de chênes infectés par l’encre (maladie causée par un microorganisme attaquant les racines de différentes espèces forestières dont le chêne et le châtaignier), des chercheurs de l’Inra ont étudié l’évolution de cette maladie sur les 30 dernières années. Ils ont montré que le froid hivernal limite le développement de la maladie.

    http://www.inra.fr/la_science_et_vous/dossiers_scientifiques/changement_climatique/evaluer_predire_les_impacts/ravageurs_et_maladies_dans_un_contexte_de_rechauffement_climatique

    La vitesse élevée des changements climatiques ainsi
    que l'artificialisation du milieu interdira une réponse par
    adaptation génétique ou par migration des espèces, comme
    celles d'échelle millénaire, liées aux alternances glaciairesinterglaciaires.

    Les risques de dysfonctionnements et de dépérissements forestiers pourraient donc être accrus

    Cliquer pour accéder à foretCO2.pdf

    Comment le lobby automobile opère pour saper la législation
    européenne sur l’efficacité énergétique des véhicules

    Cliquer pour accéder à les-moteurs-du-dereglement-cli.pdf

    Des négociations cruciales de l'ONU sur le climat se dérouleront bientôt à Copenhague. Tandis qu'un peu partout dans le monde des individus, des organisations ou des mouvements sociaux appellent à une action d'envergure pour modérer les changements climatiques et garantir l'adoption de solutions justes et équitables pour tenter de remédier au problème, les milieux d'affaires font du lobbying pour bloquer toute action efficace en termes de réduction réelle des émissions de CO2 tout en cherchant le moyen de transformer un éventuel accord en opportunité commerciale.

    Conjuguées aux hésitations des Etats, ces menées hypothèquent dangereusement toute perspective d'accord à la hauteur des enjeux à Copenhague.

    Lobbying anti-climat made in USA

    Paul Moreira retrace dans ce documentaire comment les industries du pétrole, du charbon et de l'automobile sont parvenues à infiltrer l'appareil d'Etat aux Etats-Unis durant le mandat de George Bush. Objectif : manipuler l'opinion publique en travestissant les conclusions des scientifiques quant au réchauffement climatique et retarder ainsi la mise en place de mesures pour limiter leur production de gaz à effet de serre. Un fonctionnaire fera éclater le scandale au grand jour, jusqu'à déclencher une commission d'enquête du Congrès en 2007, dont le réalisateur a pu filmer les auditions. Edifiant.

    « Les Enfumés ». Le 9 décembre 2009 à 22h10, sur France 4.

    http://www.france.4.fr

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