Art de la guerre monétaire et économique

Nicolas Baverez : Le yuan sous-évalué / un problème mondial

Conseiller informel de Nicolas Sarkozy, libéral convaincu, influencé par la pensée de Raymond Aron, Nicolas Baverez est un essayiste français reconnu, qui se démarque par une approche d’économiste et d’historien. Avec «La France qui tombe», l’énarque avait donné un coup de fouet à l’Hexagone. Il revient régulièrement dans le paysage intellectuel avec des ouvrages chocs, à l’image son dernier livre, «Après le déluge». Depuis 2002, Nicolas Baverez est membre du comité d’éthique entrepreneuriale du MEDEF (Mouvement des entreprises de France) et du comité directeur de l’Institut Montaigne, le think tank créé par Claude Bébéar.

La deuxième puissance mondiale ne peut durablement refuser d’instaurer un état de droit et la convertibilité de sa devise…..

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« C’est notre monnaie, c’est votre problème » : les Chinois peuvent désormais dire du yuan ce que John Connally, secrétaire d’Etat au Trésor, affirmait du dollar. Tant Barack Obama que les représentants de l’Union européenne se sont vu opposer, en novembre, une fin de non-recevoir catégorique par les dirigeants chinois lorsqu’ils se sont risqués à critiquer la non-convertibilité et la sous-évaluation massive du yuan renminbi en raison des tensions insoutenables qu’elles génèrent.

A travers le statut exorbitant de sa monnaie, la Chine entend défendre son droit au rattrapage sur les pays développés. Mais aussi une conception absolutiste de sa souveraineté économique et la pérennité d’un régime politique autoritaire, qui s’estime menacé par toute ouverture vers le monde extérieur qui échapperait à son contrôle.

Les dysfonctionnements du marché des changes créés par la non-convertibilité du yuan ont contribué au déclenchement de la crise et accroissent les risques entourant la sortie de récession. La sous-évaluation du yuan a permis à la Chine de devenir l’usine du monde et le premier exportateur mondial – plus de 100 milliards par mois -, pour accumuler 2 273 milliards de dollars de réserves de change.

 Sa participation au soutien de l’économie mondiale via le G20 n’a été obtenue qu’au prix d’un blanc-seing pour sa stratégie de change. D’un côté, Pékin a consacré plus de 80 % de son plan de relance de 14 % du PIB à l’investissement, au risque d’accroître les surcapacités industrielles.

 De l’autre, la réévaluation prudente de 21,5 % du yuan amorcée depuis 2005 a été interrompue à l’été 2008 au profit de la défense d’une parité fixe avec le dollar à 6,825. Ce qui se traduit par une dévaluation compétitive face à toutes les autres devises – plus de 20 % vis-à-vis de l’euro depuis janvier 2009.

De fait, les exportations chinoises ne cessent de conquérir de nouvelles parts de marché et l’hypercroissance a retrouvé son rythme de croisière à 8,9 %.

Mais, dans le même temps, le monde développé se trouve englué dans une croissance molle, qui ne dépassera pas 1,5 % pendant une décennie, et dans un chômage permanent qui touchera plus de 57 millions de personnes en 2010. La croissance chinoise ne peut plus être tirée par le consommateur occidental.

Le statut et la parité du yuan représentent une menace majeure pour la mondialisation, dont la Chine fut le premier bénéficiaire. La situation chinoise, mêlant la conquête du leadership mondial à un nationalisme économique refusant toute responsabilité internationale, peut être comparée à la stratégie des Etats-Unis dans les années 20  ; elle s’acheva par la grande déflation et par la désintégration des échanges et des paiements mondiaux sous le choc du protectionnisme et des dévaluations compétitives.

Le pari de la Chine consiste aujourd’hui à assumer un risque financier majeur en soutenant le dollar via les 2 000 milliards d’actifs et les quelque 900 milliards de bons du Trésor américains qu’elle détient, en échange de trois contreparties.

D’abord, la poursuite de la montée en puissance de ses exportations.

 Ensuite, l’investissement, notamment via le fonds souverain CIC, qui dispose de 3 000 milliards de dollars, dans l’accès aux matières premières et aux sources d’énergie ainsi que dans l’acquisition d’actifs et de technologies stratégiques au sein du monde développé.

Enfin, la structuration progressive d’une zone de développement asiatique avec pour objectif de contester le leadership des Etats-Unis sur le Pacifique. A terme, cette politique débouchera inéluctablement sur la déstabilisation de la mondialisation.

Permettre au yuan d’être convertible et le laisser s’apprécier constitue la clé de la conversion du modèle économique chinois. Après s’être éveillée – et de quelle manière ! -, la Chine, deuxième grand au côté des Etats-Unis, doit s’ouvrir pour pérenniser son miracle économique et sauvegarder la mondialisation. Son entrée dans l’économie de marché constitue un choc sans précédent dans l’histoire du capitalisme.

Mais la fulgurante réussite de son décollage s’accompagne aussi de tensions internes et externes.

Internes d’abord : bulles spéculatives, inégalités sociales et territoriales, dégradation de l’environnement.

Externes ensuite : déséquilibres structurels dans la production, l’emploi, les échanges et les investissements mondiaux. Des phénomènes d’une ampleur telle qu’elle ne peut continuer à les ignorer, à moins de risquer des chocs en retour sévères. Dans une économie ouverte, la deuxième puissance mondiale, devenue le premier exportateur, ne peut durablement refuser d’instaurer un Etat de droit et la convertibilité de sa devise. La normalisation du yuan devrait donc accompagner la mise en place d’un début de protection sociale et l’émergence d’une zone de libre-échange dans l’Asie du Sud-Est. Elle constituera le test de la volonté de la Chine de s’ouvrir progressivement et de jouer le rôle qui lui revient dans la gouvernance de la mondialisation. A travers le yuan se décide le changement de statut de la Chine, qui doit rompre avec sa position de passager clandestin pour se penser et agir comme l’un des pilotes du capitalisme universel 

EN COMPLEMENTS  INDISPENSABLES : La plus grande zone de libre-échange est asiatique (cliquez sur le lien)

Philippe d’Arvisenet : Voilà pourquoi les déséquilibres macroéconomiques et financiers vont persister (cliquez sur le lien)

Commentaire : l’Art de la guerre économique / la Guerre larvée des changes (cliquez sur le lien)

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