Art de la guerre monétaire et économique

Beat Kappeler : Un coup de bluff calamiteux

 Un coup de bluff calamiteux par Beat Kappeler

   Tant les jeunes bobos de la gare de Zurich que les bourgeois de la Bahnhofstrasse seront plus pauvres dès la semaine prochaine. Car la crise de la monnaie et la crise boursière frappent.

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En traversant la vaste gare de Zurich, on flaire partout de la richesse. Les jeunes qui font le siège du «point de rencontre» sont vêtus de ces chiffons achetés à prix d’or dans les boutiques, exhibant souvent le signe suprême de la décadence, à savoir des déchirures artificielles et des couleurs abîmées.
A côté, la Bahnhofstrasse n’est pas en reste, avec son élégance bourgeoise et internationale. Mais tous seront plus pauvres, la semaine prochaine déjà. Car la crise de la monnaie et la crise boursière frappent. L’économiste ressent cette image du futur comme quelque chose de plus réel que ce qu’il peut encore voir devant lui.

La Banque nationale semble avoir abandonné le franc à son sort. Ce dernier s’est déjà réévalué jeudi par rapport à l’euro en dégringolade. Ainsi cette Suisse, sortie indemne de la crise financière, va entrer dans une période d’exportations plus difficiles, de places de travail qui n’augmentent guère et de salaires qui stagneront pour un temps certain. Les gens de la Bahnhof­strasse ont déjà payé, car leurs actions ont fortement baissé. Si l’exportation devient plus difficile, les bénéfices des entreprises suisses s’en ressentiront, leurs propriétaires seront moins riches. Le seul avantage pour tous ces Suisses sera l’importation de biens désormais moins chers et le tourisme à l’étranger.

L’illusion d’une certaine richesse s’est déjà évaporée en Grèce. Les gens commencent à se rendre compte que leur niveau de vie était financé par le crédit et que les rentes courantes étaient payées par un Etat qui empruntait à l’étranger.

Les Espagnols et les Portugais pourraient bientôt connaître la même désillusion. Les châteaux en Espagne sont déjà devenus des ruines inachevées. Le boom immobilier déchu laisse des ensembles de centaines voire de milliers d’appartements vides.

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Et, si les gouvernements allemand et français persistent à payer pour tout le monde, ils devront lever chaque euro comme dette supplémentaire sur les marchés des obligations. Car leurs comptes accusent déjà de lourds déficits. Ces deux pays seront bien moins riches que ne le suggèrent leurs statistiques actuelles. Ils empruntent d’ailleurs pour un peu plus de 3% et prêtent à la Grèce à hauteur de 5%.

Ils se conduisent comme des banques qui s’engagent dans l’arbitrage des taux d’intérêt, qui actionnent des leviers financiers puissants et qui se chargent de risques incalculables. Bref, ils font ce qu’ils reprochaient aux banques lors de la précédente crise financière.

En outre, les eurocrates appellent de leurs vœux des agences de notation européennes, donc plus clémentes envers leurs finances publiques. C’est exactement aussi ce qu’ils reprochaient à ces agences après la crise, à savoir d’avoir été trop complaisantes et trop réactives.

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Le soutien à la Grèce est mis en œuvre pour soutenir les banques européennes qui détiennent ses titres à raison de dizaines de milliards d’euros.

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Si la Grèce restructurait sa dette, ce qui serait la chose la moins onéreuse pour son peuple, la confiance dans toutes les banques européennes s’estomperait comme en automne 2008 après la chute de Lehman Brothers. Le public ainsi que les banques entre elles retireraient de l’argent liquide.

Mais ce soutien ne suffira pas si la méfiance des opérateurs se tourne vers l’Espagne. Elle est bien plus importante, sa dette à refinancer est immense et les Européens, avec leur apport de 110 milliards d’euros pour la Grèce, ont déjà tiré la dernière carte dans le jeu du 21. Il n’y aura plus de paquet de soutien. Les gouvernements français et allemand ont véritablement joué au poker. Au poker à la courte vue.

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Les gouvernements européens n’ont pas réfléchi aux mouvements suivants. Jean-Claude Trichet, le président de la Banque centrale européenne, affirme que la Grèce s’en tirera très bien, que l’Espagne n’est pas la Grèce et que l’euro ne vacillera pas.

 Mais Jean-Claude Trichet a rompu sa promesse solennelle de ne plus accepter des obligations grecques de moindre valeur comme base de l’émission monétaire, promesse faite il y a trois mois seulement.

La BCE prend une mesure exceptionnelle pour soutenir la Grèce (cliquez sur le lien)

Il navigue à vue, et la solidité de l’euro est entamée. Il ne semble pas connaître ce dicton: si les marchés pensent que vous avez un problème, c’est que vous avez un problème. L’œil critique voit déjà Trichet en loques, tout comme les jeunes à Zurich. Mais en loques véritables.

Beat Kappeler le temps mai10

BILLET PRECEDENT : Beat Kappeler : Qui a changé, l’UE ou moi? (cliquez sur le lien)

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