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Jean Marc Vittori : La cavalerie permanente

Jean Marc Vittori :   La cavalerie permanente

Pour le retour de Jean-Marc Vittori au grand journal sur BFM  Ne cherchez plus le fil rouge qui va de la banque Lehman Brothers à l’Etat grec : c’est la cavalerie.

Pas celle de Lucky Luke, qui arrive toujours en retard, mais celle de la finance. Faire de la cavalerie, c’est emprunter pour rembourser, combler un découvert en créant un autre découvert dans un autre compte, tricher sur les dates de valeur. Une technique opaque, au dénouement souvent fatal, assimilée en France à de l’escroquerie. Mais dans une finance où l’argent circulait à flots, c’était devenu une pratique courante.

PLUS DE CAVALERIE EN SUIVANT :

Cela fait longtemps que les banquiers ne prêtent plus l’argent collecté auprès de leurs déposants. Le plus souvent, ils offrent aujourd’hui des fonds qu’ils ont eux-mêmes empruntés. Et ils passent leur temps à jouer avec les échéances pour ne pas se trouver à court d’argent. Même la Caisse d’Epargne, qui a longtemps incarné la quiétude aux yeux des Français, a parfois eu du mal à joindre les deux bouts.

 Cette logique a été gravée dans le marbre par Chuck Prince, l’ancien patron de la banque américaine Citigroup, en juillet 2007, juste avant la première éruption bancaire : «  Quand la musique va s’arrêter, en termes de liquidités, les choses seront compliquées. Mais aussi longtemps que la musique joue, vous devez rester debout et danser. Nous dansons encore. » Sauf que parfois, la musique s’arrête. Plus personne ne veut prêter. En jargon technique, on dit que « le marché interbancaire se tend ». Jusqu’à provoquer la chute de la banque Lehman brothers, le 15 septembre 2008.

Les Etats sont aussi devenus des champions de cavalerie.

 Sur la bonne cinquantaine de milliards d’euros que la Grèce doit lever cette année, plus de la moitié servira à éponger les dettes venant à échéance. La France, elle, prévoit d’emprunter 239 milliards d’euros en 2010 non seulement pour financer un déficit abyssal de 152 milliards mais aussi pour rembourser 87 milliards. De 1997 jusqu’à l’explosion de son déficit en 2009, l’Etat a levé davantage de capitaux pour s’acquitter de ses engagements auprès de ses créanciers que pour financer son impasse budgétaire. Tout ça ne pose aucun problème tant qu’il y a de la musique. Mais si un jour le silence s’installe, si le marché bloque, c’est le défaut de paiement immédiat. Une catastrophe, car les prêteurs disparaissent pour longtemps.

Les entreprises sont plus prudentes, même si des étymologistes soutiennent que ce sont les pratiques douteuses de « chevaliers d’industrie » qui auraient amené à parler de « cavalerie ». Elles avaient certes pris l’habitude de jongler avec leur trésorerie, plaçant et empruntant des milliards pour quelques jours. Mais dès le 16 septembre 2008, elles ont stoppé net cette haute voltige, lançant la plus formidable course au cash de l’histoire. Elles ont sabré leurs dépenses (investissements ou publicité, hélas pour les médias), retardé leurs paiements à l’Urssaf, anéanti leurs stocks. Ce faisant, elles ont déclenché la chute la plus brutale de l’activité jamais observée.

En état de cavalerie permanente, banquiers et Etats ont perpétuellement besoin d’emprunter pour rembourser. Comme si leur sang dépendait de la bonne volonté des donneurs. Si la musique s’arrête, la circulation sanguine de l’économie risque d’être bloquée. Le FMI peut certes agir auprès des Etats «  mais ses ressources sont aujourd’hui limitées », avouait son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, il y a quelques mois. Et si les banques centrales peuvent venir au secours des banques (elles l’ont beaucoup fait depuis trois ans), voire des Etats, ce n’est pas dans leur code génétique. «  Le défaut est pour moi hors de question », expliquait encore le patron de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet, jeudi dernier pour écarter cette perspective.

Dimanche, la BCE s’engageait pourtant à acheter en cas de problème des obligations publiques, tandis que l’Europe accouchait d’un plan de sauvetage à 750 milliards d’euros pour éviter l’asphyxie des Etats. C’est encore plus que les 700 milliards de dollars du plan Paulson forgé en 2008 pour oxygéner les banques. Dans le monde de la cavalerie permanente, il faut absolument un prêteur de dernier ressort. Avec des moyens colossaux.

Jean Marc Vittori les échos mai10

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2 réponses »

  1. Josef Ackermann (Deutsche Bank) a des doutes sur la solvabilité de la Grèce.

    Le président du directoire de Deutsche Bank a déclaré jeudi 13 mai qu’il doutait de la capacité de la Grèce à rembourser sa dette, tout en expliquant que le plan de stabilisation de la zone euro serait utile pour l’Espagne et l’Italie, mais que la situation portugaise restait « difficile ».

    Josef Ackermann, qui a participé à la coordination des initiatives du secteur privé allemand en vue d’aider la Grèce, a remis en question la capacité d’Athènes à sortir de la crise budgétaire, selon des extraits d’un entretien que devait diffuser jeudi soir la chaîne de télévision ZDF.

    « Pour ce qui est de savoir si la Grèce est à l’heure actuelle réellement en mesure de fournir l’effort nécessaire, j’ai des doutes », a-t-il déclaré, ajoutant qu’il s’agissait là « d’efforts incroyables ».

    Mais, si la Grèce venait à s’effondrer, il y aurait une contagion à d’autres pays et cela pourrait se traduire par « une sorte d’effondrement ».

    Grâce au plan de 750 milliards d’euros, l’Italie et l’Espagne seront « suffisamment fortes pour honorer leurs dettes », ce qui limite les risques de contagion. Pour le Portugal, en revanche, la situation est plus « difficile », a-t-il ajouté.

    En dépit des turbulences qui secouent la zone euro, cette dernière reste plus forte que les Etats-Unis ou l’Angleterre, a également déclaré Josef Ackermann, estimant que l’Allemagne, en particulier, bénéficierait de la chute de l’euro en raison du poids des exportations dans son économie.

    http://fr.reuters.com/article/frEuroRpt/idFRLDE64C1P020100513

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