Art de la guerre monétaire et économique

Le Commentaire du Wolf : La trinité impie de la zone euro

Le Commentaire du Wolf : La trinité impie de la zone euro.

    Winston Churchill avait caractérisé la politique étrangère de l’Union Soviétique de « rébus enveloppé d’un puzzle au sein d’une énigme ». On pourrait s’en inspirer pour la zone euro, qui souffre d’un problème de compétitivité pouvant provoquer une crise de liquidité dans le système bancaire, dans un contexte de solvabilité budgétaire préoccupante.  Cette dynamique entre des facteurs interconnectés ne peut se résoudre aisément.

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Le problème de compétitivité est un héritage de la monnaie unique, l’évolution des taux de change réels étant seulement fonction de l’évolution des prix domestiques.

Durant la première décennie de l’euro, les coûts unitaires du travail en Espagne ont monté de plus de 30 % par rapport à l’Allemagne – une perte de compétitivité significative. Il en va de même pour le Portugal, la Grèce, l’Italie et la France. D’où la divergence entre les excédents de la balance des paiements courants au nord (Allemagne, Pays-Bas) et au sud de l’Europe (Grèce, Espagne, Portugal).

Les craintes relatives aux systèmes bancaires sont liées à ces déficits externes et à leur financement.

 La crise asiatique a montré que les risques augmentaient lorsque la balance des paiements était financée par des capitaux de court terme. Les pays asiatiques connaissaient alors des déficits primaires qui leur ont été fatals lorsque les financements de court terme se sont asséchés. Un signe de possibles déficits primaires se matérialise lorsque les ratios prêts sur dépôts dépassent 100 %. D’après les statistiques d’UBS, les ratios prêts/dépôts les plus élevés sont au Portugal, en Espagne, en Irlande et en Italie, où ils sont supérieurs à 125 %. Le ratio de la Grèce est estimé à 108 %.

Si le marché interbancaire s’assèche, comme le suggère la tendance à la hausse du spread Euribor-OIS, les banques pourraient avoir des difficultés à se financer et requérir l’aide des Etats.

Les inquiétudes sur la soutenabilité budgétaire entrent dans une phase critique.

 La situation de la Grèce est la pire, avec un déficit record en 2009 et une dette insoutenable. L’accord de l’UE et du FMI impose des mesures d’austérité sévères, le déficit primaire devant s’améliorer de plus de 10 points de PIB. Cela ne s’est produit qu’à 3 reprises dans le passé, dans des environnements économiques favorables. La BRI et l’OCDE ont calculé que 9 pays de la zone euro devaient dégager un excédent primaire d’au moins 5 % sur les 5 prochaines années pour stabiliser leur ratio de dette publique par rapport au PIB aux niveaux de 2007. Si la Grèce est un extrême, elle n’est pas un cas à part.

On peut tirer deux leçons de cette crise.

La première est que la zone euro ne peut plus être considérée comme un risque de crédit unique. Le risque de devise s’était confondu avec le risque de crédit, qui s’est à présent matérialisé. Cela signifie que le coût du capital augmentera et que les marchés feront de plus en plus la distinction entre les différents crédits souverains.

 Merci la Grèce par Marc de Scitivaux (cliquez sur le lien)

La deuxième leçon est que la zone euro (ainsi que l’économie mondiale) est dépendante de la stabilité ou de la hausse des prix des actifs.

 Bruno Bertez :La réconciliation tumultueuse (cliquez sur le lien)

 La baisse des obligations accroît non seulement le coût du capital en Europe, mais met aussi à mal la situation financière des banques, qui investissent massivement sur les courbes de taux.

Les solutions possibles à la crise. 

 les solutions durables passeront par des actions susceptibles de résoudre les trois aspects de la trinité impie.

Premièrement, l’UE et le FMI devront  annoncer une augmentation plus importante  de l’aide permettant de financer les pays de la zone euro, le montant requisétant estimé à 2 000 milliards d’euros. Les décideurs politiques se doivent de dépasser les attentes, une autre leçon de la crise grecque.

Deuxièmement, la BCE devra à tout moment acheter des emprunts d’Etat directement sur le marché secondaire afin de maintenir les taux longs le plus bas possible et ceci afin de rendre la dette soutenable

 Enfin, pour restaurer la compétitivité, il faut que l’euro se déprécie davantage, bien qu’il s’agisse d’une solution douloureuse.

COMMENTAIRE PRECEDENT : Commentaire du Wolf : La crise grecque et celle plus globale de la Zone euro va t elle entamer la reprise américaine ? (cliquez sur le lien)

 EN COMPLEMENTS : Quelques graphiques qui vaillent mieux que de longs discours :
  
 
 
 
 
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2 réponses »

  1. A propos des similitudes entre URSS et UE, je vous conseille l’ouvrage de Vladimir Boukowsky « L’Europe, une nouvelle URSS ».
    Certes le point de vue n’est pas économique, mais apporte des informations politiques très intéressantes, de la part d’un individu qui a connu toutes les facettes (sic!) du régime.

    J'aime

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