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Nicolas Baverez : La meilleure réponse à la crise : la compétitivité

Nicolas Baverez : La meilleure réponse à la crise : la compétitivité 

  Soixante ans après la déclaration lancée par Robert Schuman, la crise grecque s’est élargie en krach d’une Europe qui joue désormais son statut. Le plan d’aide à la Grèce a démultiplié et non pas stoppé le choc sur les dettes souveraines européennes, en raison des doutes sur la capacité du gouvernement Papandréou à mettre en vigueur son programme d’austérité et des déclarations contradictoires des dirigeants européens renforçant la crédibilité d’une restructuration de la dette grecque. Après la crise bancaire et financière de 2008, après la crise économique et sociale de 2009, surgit en 2010 une crise politique propre à l’Europe.

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A court terme, la priorité va au rétablissement du fonctionnement normal des marchés.

De ce point de vue, même si son retard se paie très cher, la riposte européenne paraît enfin à la hauteur des enjeux. Le fonds de stabilisation de 750 milliards d’euros réduit très fortement le risque de défaut d’un Etat-membre.

Deux mesures sont décisives.

 L’accord entre la BCE, la Fed et les banques du Canada, d’Angleterre et de Suisse pour assurer la liquidité en dollars.

Surtout, l’intervention de la BCE pour acheter des titres de dette d’Etat sur les marchés met fin à la panique.

A moyen terme, s’impose un plan de désendettement des Etats, précédé d’une opération de vérité des comptes et accompagné par une réforme de la régulation financière et de la gouvernance de l’euro. La monétisation des déficits par la BCE et la reconnaissance de son rôle de prêteur en dernier ressort, y compris vis-à-vis des Etats, marquent l’acte de décès de Maastricht. Une nouvelle Constitution monétaire de l’Europe est indispensable, fondée sur un gouvernement économique, une solidarité budgétaire et fiscale effective, la réintégration de la croissance et de l’emploi dans les objectifs de la BCE ainsi que la transparence de ses décisions.

A long terme, la clé du redressement de l’Europe reste sa compétitivité. La meilleure réponse au surendettement comme au vieillissement, c’est la production, donc l’investissement et la recherche. Le meilleur antidote aux tensions qui minent la zone euro, c’est le coup d’arrêt aux replis nationaux et la relance de l’intégration économique et politique du continent autour d’une capacité européenne de gestion des crises.

Sous la déstabilisation de la zone euro pointent les problèmes structurels de l’Europe :

1. Une monnaie unique fondée sur des principes viciés sans réassurance politique,ni solidarité budgétaire et fiscale, avec un manque de mobilité du travail, débouchant sur une divergence explosive entre le nord et le sud de la zone euro.

2. Une grande fragilité du système bancaire, qui assure 70 % du financement de l’économie et qui est menacé de faillite en cas de défaut des pays méditerranéens (les banques allemandes et françaises sont engagées à hauteur de 1 160 milliards d’euros sur l’Espagne et l’Italie).

3. Une déflation larvée depuis 1990 qui se traduit par un taux de croissance limité à 1 %, un chômage touchant 10 % de la population active et une dette publique de 84 % du PIB .

4. Un vide politique, aggravé par l’éclatement des centres de décision tel que l’a voulu le traité de Lisbonne. Au départ financière et limitée à la Grèce, la crise est aujourd’hui européenne et géopolitique.

Ce ne sont ni les marchés, ni les spéculateurs, ni les agences de notation qui sont responsables, mais bien les dirigeants européens, dont la lenteur et l’indécision ont transformé le risque de défaut grec en choc systémique. La Grèce représente 2,5 % du PIB et 3,9 % de la dette publique de la zone euro. Prise à temps, la menace de sa cessation des paiements aurait pu être couverte par de simples garanties. Elle est devenue potentiellement une seconde Lehman Brothers, avec Angela Merkel dans le rôle de Henry Paulson, provoquant le décrochage – au demeurant salutaire – de l’euro, la déstabilisation du marché interbancaire, la débâcle des marchés d’actions (chute de 11 % du CAC 40 en une semaine). Le risque de défaut qui pèse sur les dettes souveraines découle des défaillances de l’Europe. Défaillance de la Commission, introuvable depuis le début de la crise. Défaillance des Etats, dont la stratégie de renationalisation des politiques interdit toute gestion coordonnée des risques et des chocs. Défaillance de la BCE, dont les dogmes monétaristes, l’opacité et la passivité démultiplient les désordres monétaires et financiers. Au total, l’Europe est le continent qui s’en remet pour la gestion des crises à une Allemagne qui n’excelle que dans la conduite des stratégies de long terme et pour sa stratégie à une France qui n’excelle que dans la gestion des crises. Le meilleur antidote aux tensions qui minent la zone euro, c’est le coup d’arrêt aux replis nationaux et la relance de l’intégration économique et politique autour d’une capacité européenne de gestion des crises.

source le point mai10

BILLET PRECEDENT : Nicolas Baverez : D’Athènes à Paris (cliquez sur le lien)

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