Art de la guerre monétaire et économique

La deuxième mort de Keynes par Pierre-Yves Dugua

La deuxième mort de Keynes par Pierre-Yves Dugua

John Maynard Keynes est mort le 21 Avril 1946. Mais c’est au printemps 2010 qu’est mort le « keynésianisme ». Anthony Crescenzi, un des gérants du plus grand fonds obligataire du monde, PIMCO, explique à ses clients que la politique qui consistait à compter sur des augmentations de dépenses publiques pour réamorcer la croissance dans le secteur privé n’est plus possible aujourd’hui pour nombre de pays industrialisés trop endettés.

PLUS/MOINS DE KEYNES EN SUIVANT :

C’est une évidence, mais ses conséquences sont considérables et loin d’être ouvertement reconnues par les dirigeants politiques et encore moins par la presse.

PLUS/MOINS DE KEYNES EN SUIVANT :

1) Si la croissance rechute, on ne pourra pas relancer par les déficits.

Cette première conséquence est la plus grave. C’est la raison de la peur qui saisit les marchés financiers depuis quelques semaines.

Il était nécessaire pour éviter la dépression de pratiquer une relance forte en laissant s’envoler les déficits en 2008-2009. Aujourd’hui le pire a été évité mais il faut accepter la récession comme moindre mal dans nombre de pays sur-endettés. Il faut aussi espérer que les pays émergents et l’innovation technologique tirent le monde de l’ornière.

Les États emprunteurs ont trop emprunté, pendant trop longtemps. À moins qu’ils puissent convaincre qu’ils peuvent encore générer de la croissance, leur capacité d’emprunt diminue. Pire, la charge de leur dette est telle qu’elle avale une part trop élevée de la richesse limitée qu’ils peuvent produire.

2) Si le système bancaire craque, on ne pourra plus le sauver

On ne pourra plus le sauver d’abord parceque les opinions ne l’accepteront pas. Et en outre, il n’y a plus de sous dans les caisses et les capacités d’emprunt sont insuffisantes.

3) Le FMI n’est pas assez grand pour sauver le monde

Le FMI est l’institution parfaite pour financer des pays qui perdent leur accès au marché et s’engagent dans des réformes douloureuses pour redevenir compétitifs. Mais le FMI n’a pas les moyens financiers de sauver en même temps tous les pays riches.

En outre la dévaluation est un des moyens clé de l’ajustement prôné par le FMI pour aider un pays à se redresser. Mais cette méthode n’est pas valable pour un groupe importants de pays qui commercent beaucoup entre eux. En gros: si tous les pays riches dévaluent en même temps, ça ne sert à rien. Enfin dans la zone euro la dévaluation n’est pas possible.

4) Le protectionisme revient sous une autre forme:

On assiste depuis trois mois à une dévaluation compétitive dans la zone euro. Elle est totalement contraire à l’esprit du G20 et des résolutions de Londres et Pittsburgh. Elle est néanmoins acceptée par la G20 qui ne peut faire autrement. Mais si elle se prolonge et fait tomber l’euro à la parité avec le dollar, on assistera à l’irruption de fortes tensions entre la zone dollar et la zone euro.

La manipulation de la monnaie pour sortir de la crise est un moyen de pénaliser les créanciers (on les rembourse avec de la monnaie dépréciée) et les partenaires commerciaux des pays en crise (on leur rogne des parts de marché). La baisse de l’euro est bonne aujourd’hui si elle ne se prolonge pas trop. Elle prend en compte une sur-évaluation évidente depuis des années. Mais elle n’est pas la solution à la crise en Europe.

Le triomphe des égoïsmes nationaux et les protections douanières dans les années 30 ont aggravé la crise. Le même phénomène, avec une tonalité plus monétaire, peut se produire dans un an ou deux, si les opinions publiques ulcérées par le chômage et la longue récession, exigent des solutions populistes.

En gros on jetterait la mondialistation et le bébé avec l’eau du bain, par écoeurement et calcul électoral. C’est un vrai danger.

source le figaro juin10

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