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Energie : Bannis des eaux américaines, les pétroliers vont chercher le brut ailleurs

Bannis des eaux américaines, les pétroliers vont chercher le brut ailleurs

Bannies provisoirement des eaux américaines par la marée noire dans le golfe du Mexique, les compagnies pétrolières intensifient leurs forages sur la terre ferme aux Etats-Unis, et menacent d’aller chercher le brut ailleurs si l’interdiction se prolonge.

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Le président américain Barack Obama a ordonné fin mai un moratoire de six mois sur les forages en eaux profondes afin de prévenir de nouvelles catastrophes.

Même si la décision fait toujours l’objet d’un bras de fer judiciaire entre l’administration et l’industrie, elle a eu pour effet de stopper net cette activité dans la zone, qui regroupe plus de 30% de la production de brut américaine.

« Si vous avez un budget d’exploration, et que vous ne pouvez pas forer quelque part, il faut compenser la perte de production en forant de nouveaux puits », indique James Williams, analyste pétrolier pour WTRG Economics. « Si vous avez l’opportunité de le faire sur les terres, vous la saisissez ».

Selon lui, le nombre d’appareils de forage actuellement en activité sur les terres aux Etats-Unis atteint 580, plus de deux fois plus qu’il y a un an.

Cette progression avait démarré avant la marée noire, encouragée par les nouvelles techniques de forage. Mais elle s’est accentuée ces dernières semaines.

Anadarko, l’un des principaux acteurs du secteur aux Etats-Unis, a indiqué à l’AFP réfléchir à la réallocation d’une partie de ses investissements prévus cette année à d’autres zones que le golfe, notamment au profit de gisements sur les terres dans le Colorado (ouest) et au Texas (sud).

Parmi les plus petites sociétés, Swift Energy va forer davantage au Texas, se détournant des côtes de la Louisiane. Sur la côte ouest, Venoco, qui avait des projets au large de la Californie, va redéployer les fonds vers ses opérations existantes, notamment dans les schistes qui constituent le sous-sol du même Etat.

Reste qu’un puit sur les terres ne délivre en général que quelques centaines de barils par jour, contre plusieurs dizaines de milliers en eaux profondes.

Le gouvernement américain a estimé cette semaine que le moratoire se traduirait par une perte de production de 82.000 barils par jour en moyenne en 2011 aux Etats-Unis, entraînant une baisse de la production du pays par rapport à cette année.

« Si le moratoire est maintenu, nous allons devoir rediriger nos ressources humaines vers d’autres parties du monde où nous sommes autorisés à travailler », prévient de son côté une porte-parole d’ExxonMobil, le numéro un mondial du secteur, qui a dû suspendre plusieurs projets dans le golfe du Mexique.

« Si le moratoire est relativement long, on va voir des actifs quitter le golfe du Mexique et aller au Brésil, ou en Afrique de l’Ouest », avance Gary Flaharty, porte-parole de la société de services au secteur pétrolier Baker Hughes. « Et si (les compagnies) payent pour mobiliser du matériel de forage (dans ces zones), je ne pense pas que ce sera pour un seul puit, il faudra donc peut-être attendre longtemps avant de revenir à un niveau d’activité normale dans le golfe du Mexique ».

Le directeur financier du groupe de services pétroliers Halliburton, Mark McCollum, a estimé début juin qu’il faudrait entre un et deux ans, après la fin du moratoire, pour retrouver la moitié de l’activité perdue depuis l’explosion de la plateforme Deepwater Horizon.

Et même si le moratoire s’arrête en décembre, un durcissement de la régulation est prévisible.

« Il faudra plus d’équipement. Il faudra des inspections plus fréquentes. Il faudra plus de personnel, probablement plus qualifié », a déploré sur la radio NPR Bruce Vincent, le président de l’Association pétrolière indépendante américaine (IPAA), qui regroupe 5.000 compagnies.

Les coûts de production du pétrole offshore vont augmenter

Les coûts de production du pétrole à partir de plate-formes en mer vont augmenter, si les exigences de sécurité sont renforcées à la suite de la marée noire dans le Golfe du Mexique, a prédit Fatih Birol, économiste en chef de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

« Nous avons besoin de nouvelles règles. Mais ces nouvelles règles vont, je pense, accroître le coût de la production offshore en eaux profondes », a déclaré M. Birol mercredi, au cours d’un séminaire de presse organisé par GDF Suez en Seine-et-Marne, près de Paris.

Parmi les nouvelles règles « en discussion » à la suite de la marée noire provoquée par le naufrage de la plate-forme Deepwater Horizon, figure l’obligation de forer un « puits de secours » pour chaque puits foré en mer, a-t-il indiqué.

« Cela signifie que les coûts de production vont augmenter », a pointé l’économiste.

En outre, le coût des assurances liés à la production pétrolière en eaux profondes « est en train de s’envoler », a souligné M. Birol.

Le responsable de l’AIE a aussi rappelé que les restrictions éventuelles imposées aux forages en mer dans le monde pourraient réduire la production de pétrole prévue pour 2015 de 900.000 barils par jour.

« Ce n’est pas une bonne nouvelle pour la sécurité d’approvisionnement et ce n’est pas une bonne nouvelle pour les prix du pétrole dans le futur », a-t-il estimé.

L’AIE prévoyait en effet jusqu’à présent que « plus des deux tiers » des nouvelles capacités de production des pays non-membres de l’Opep viendraient de la production en eaux profondes dans les 10 années à venir, a rappelé l’économiste.

Avec la hausse des coûts de production, « la compétitivité de la production offshore va être affectée négativement » et la dépendance du monde vis-à-vis de la production de l’Opep pourrait donc être renforcée, a-t-il ajouté.

Par ailleurs, en ce qui concerne le marché du gaz naturel, M. Birol a indiqué « qu’un énorme surplus de production » était en train de se former.

« D’ici à 2013, les capacités mondiales de production de gaz naturel liquéfié (GNL) vont augmenter de 50% », a-t-il expliqué.

Or, les Etats-Unis, à qui ce GNL était destiné en premier lieu, « n’en ont pas besoin » car leur demande a baissé mais aussi parce qu’ils ont développé une production locale de gaz non-conventionnel, a souligné l’économiste.

« C’est une bonne nouvelle pour les Etats-Unis mais c’est une très mauvaise nouvelle pour beaucoup de sociétés » qui pensaient vendre leur gaz aux Etats-Unis et ont lancé beaucoup de projets gaziers, a noté M. Birol.

En outre, la demande européenne de gaz est revenue à son niveau de 2002 en raison de la récession économique, a-t-il rappelé. 

source afp juil10

DEEPWATER: l’avenir du secteur pétrolier en jeu

Dans son dernier commentaire, Dominique Casaï revient sur le désastre provoqué par la plate-forme Deepwater Horizon dans le golfedu Mexique. Selon le cofondateur de URAM (société suisse de gestion), «il apparaît désormais de plus en plus évident que les forages en eaux profondes vont être soumisà des règles beaucoup plus sévères à l’avenir». Selon lui, il apparaît aujourd’hui «évident que le mix énergétique de demain devrait incluremoins de pétrole. Certains pays émergents pourraient ainsi sauter l’étape du «tout pétrole », en mettant l’accent sur la génération d’électricité via le nucléaire, le solaire et l’éolien ainsi qu’en favorisant le développement des véhicules électriques». Mais cette évolution ne fera que transférer la demande progressivement vers d’autres matières premières indispensables. «Il conviendra dès lors de ne pas répéter les erreurs des vingt dernières années, à savoir le sous-investissement massifdans le développement des ressources nécessaires».

EN COMPLEMENT / l ‘excellente contribution d’OLIVIA déposée ici mème :

La course au pétrole arctique manque elle aussi de garde-fous

BP en passe de récidiver. Malgrès toutes les attaques dont il est l’objet depuis l’explosion de sa plateforme dans le golfe du Mexique, le géant pétrolier s’apprête à lancer un projet risqué en Arctique :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/07/09/bp-pret-a-lancer-un-forage-tres-perilleux-en-arctique_1385731_3244.html (cliquez sur le lien)

Les problèmes engendrés par l’exploration pétrolière en Arctique ne sont pas propres aux Etats-Unis sur la côte nord de l’Alaska ou au Canada dans le passage du Nord-Ouest. Ils soulèvent aussi la question de la gouvernance de toute la région et de la gestion de ses ressources. Sans compter que le transport d’hydrocarbures le long des routes arctiques pose aussi un problème de sécurité :

http://www.lemonde.fr/planete/article/2010/06/26/la-course-au-petrole-arctique-manque-de-garde-fous_1379222_3244.html (cliquez sur le lien)

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