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Marché obligataire souverain : vers une nouvelle bulle ?

Marché obligataire souverain : vers une nouvelle bulle ?

Après la bulle techno du début des années 2000 et la bulle immobilière aux États-Unis, le spectre d’une autre bulle menace l’épargne des investisseurs : celle qui est en formation dans le marché obligataire.

Derrière le sentiment de sécurité que les obligations procurent se cache un danger, celui d’un dégonflement du prix des obligations, selon les experts.

PLUS DE BULLE EN SUIVANT :

Voici pourquoi: en réaction à la crise financière de 2008, les investisseurs ont quitté la Bourse pour se réfugier dans le marché obligataire. Conséquemment, la forte demande pour cette catégorie d’actifs a fait bondir les prix et a réduit les rendements de façon spectaculaire. Aux États-Unis, le rendement des obligations fédérales de 10 ans est descendu jusqu’à 2,9 % en juillet, un creux historique nettement au-dessous du rendement moyen de 4,44 % affiché par ces obligations au cours des années 2000.

Ruée vers les fonds obligataires

Entre juin 2009 et juin 2010, les investisseurs canadiens ont retiré 6,7 milliards de dollars (G$) des fonds d’actions et ont acheté pour 11 G$ de fonds obligataires, selon l’Institut des fonds d’investissement du Canada (IFIC). Scénario semblable aux États-Unis. Pendant la même période, les investisseurs ont retiré 9 G$ US des fonds d’actions américains et ont acheté pour 376 G$ US de fonds d’obligations, selon l’Investment Company Institute.

De l’inquiétude dans l’air

Les experts sont inquiets.  » Les investisseurs ne le réalisent peut-être pas, mais dans un tel contexte, ils s’exposent à un risque en investissant dans le marché obligataire « , dit Gabriel Lancry, administrateur associé, Gestion de patrimoine, et conseiller chez ScotiaMcLeod.  » Il sera difficile de réaliser un rendement positif à court terme si les taux d’intérêt, historiquement bas, augmentent.  »

Une simple hausse de 1 % des taux pourrait par exemple faire chuter le prix d’une obligation de 10 ans munie d’un coupon de 3 %, de 100 à 92,90 $ (une perte de 7,1 %).

 » Le risque est réel, puisque historiquement l’inflation refait surface après une reprise, dit Mathieu D’Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins. Cela pousse les banques centrales à hausser leur taux directeur, ce qui provoque une chute des prix des obligations, surtout celles de long terme.  »

D’autres experts craignent moins qu’une chute du marché obligataire survienne. En effet, certains ne sont pas convaincus que la sortie de récession se produira comme les reprises précédentes, et entrevoient même une déflation.

 » Si l’inflation se maintient autour de 1 % à long terme, les obligations fédérales, aux taux actuels, demeureraient intéressantes « , affirme Jean-Luc Landry, gestionnaire de portefeuilles chez Landry-Morin, dans son dernier bulletin financier.

Yvan Fontaine, premier vice-président et cochef de l’investissement chez Addenda Capital, reste lui aussi optimiste. Le marché est cher, reconnaît-il, mais on n’y voit pas les caractéristiques d’une bulle.

 » Habituellement, une bulle est créée par des investisseurs qui cherchent des rendements élevés. Or, une obligation du gouvernement du Canada de cinq ans rapporte seulement 2,25 % actuellement « , souligne celui dont la firme gérait, au 30 juin dernier, un actif de 34,3 G$ composé essentiellement d’obligations.

Les États pourraient débalancer le marché

Si la direction que prendra les taux d’intérêt sera déterminante pour le marché obligataire, un autre danger pointe à l’horizon : les émissions massives d’obligations de la part des différents paliers de gouvernement.

Pour financer leurs plans de sauvetage bancaire, leurs programmes de relance et leur déficit budgétaire creusé par la récession, les gouvernements du monde émettent des obligations. Si l’offre dépasse largement la demande, le prix des obligations chutera, prévient M. D’Anjou.

 » Nous constatons déjà ce phénomène dans les pays européens en difficulté, comme la Grèce et l’Espagne, où les prix des obligations ont chuté et les taux obligataires ont monté.  »

Selon M. Fontaine, le Canada est davantage à l’abri de secousses obligataires que d’autres pays. Pourquoi ? La demande d’obligations y est telle qu’elle compense l’offre.  » La demande étrangère a été particulièrement prononcée au Canada « , souligne-t-il.

Les obligations canadiennes sont très populaires en raison des déboires financiers des pays européens. Les investisseurs qui boudaient le Vieux Continent ont alors privilégié le Canada et l’Australie.

Moins dangereux qu’un crash boursier

Un krach obligataire peut porter un dur coup aux épargnants, mais pas autant que l’éclatement d’une bulle boursière.

 » Une bulle obligataire n’est pas aussi dangereuse, car si l’émetteur ne fait pas faillite, l’investisseur continuera à recevoir ses coupons d’intérêt, explique Alain Roch, président de Blue Bridge. Par contre, la valeur économique de ces coupons, c’est-à-dire leur pouvoir d’achat, pourrait être moindre si l’inflation est plus élevée.  »

Par exemple, le taux d’intérêt des obligations du gouvernement américain de 10 ans s’établit à environ 2,9 %. Si l’inflation grimpait à 3 %, il serait donc impossible d’en tirer un rendement net positif. Par contre, comme le prix de remboursement de l’obligation et le coupon sont connus d’avance, l’investisseur touchera le gain escompté à échéance, à moins que l’émetteur ne soit plus en mesure de payer.

En raison de ces caractéristiques, une bulle obligataire est appelée  » bulle défensive « .  » Les investisseurs se sont réfugiés dans ces titres pour protéger leur capital, sachant qu’ils ne réaliseraient pas des rendements élevés, dit Mathieu D’Anjou, économiste principal au Mouvement Desjardins. La crainte d’une nouvelle baisse des marchés boursiers les a poussés à opter pour des placements monétaires qui ne rapportent presque rien et des obligations qui procurent un rendement de 2 % en moyenne. « 

Le comportement des investisseurs a été différent lors de la bulle technologique du début des années 2000. Ils se jetaient sur les actions des secteurs liés aux technologies de l’information dans l’espoir de réaliser rapidement de forts gains.

Pas de chute soudaine à craindre

Une bulle boursière a la particularité de se dégonfler soudainement. Ainsi, l’indice Nasdaq est passé d’un sommet historique de 5 048 points à moins de 2 000 points entre mars 2000 et septembre 2001. Il s’établit actuellement à environ 2 300 points.

Pour sa part, le dégonflement de la bulle obligataire sera lent, parce que la hausse des taux d’intérêt et l’émission d’obligations se feront progressivement, précise M. D’Anjou.

Toutefois, au bout de 10 ans, un nombre important d’obligations seront échues. L’investisseur qui aura choisi des émetteurs de qualité pourra alors renouveler son portefeuille en achetant des titres obligataires plus avantageux.

Ainsi, un investisseur conscient du danger pourrait structurer son portefeuille de façon à protéger son capital contre la bulle obligataire. Par exemple, il pourrait mettre l’accent sur les titres à court terme et les cotes de crédit élevées. En résumé, il est possible d’y échapper.

CINQ FAÇONS DE VOUS PROTÉGER

1. Évitez les obligations à long terme

 » Les obligations à échéance de 10 ans et plus sont les plus risquées actuellement, car leur prix baisse davantage que les obligations à court terme lorsque les taux augmentent « , dit Gabriel Lancry, de ScotiaMcLeod. Pour vous prémunir, diversifiez les échéances de vos obligations, de manière à ce que des placements arrivent à terme année après année. Ainsi, si les taux montent, vous pourrez acheter des obligations qui offrent de meilleurs rendements. Ce faisant, réduisez l’échéance moyenne de votre portefeuille obligataire à cinq ans ou moins.

2. Souspondérez les obligations du gouvernement fédéral

Les obligations du gouvernement du Canada sont les moins rémunératrices actuellement, selon Mathieu D’Anjou, du Mouvement Desjardins.  » Les obligations municipales, provinciales et de sociétés sont plus attrayantes, surtout s’il y a une relance économique durable.  »

3. Achetez du solide

 » L’enjeu est de trouver des obligations sécuritaires « , souligne M. Lancry. Un exemple ? Les obligations américaines pourraient perdre leur statut de valeur refuge si l’administration Obama ne prend pas de mesures énergiques pour améliorer les finances publiques. Pour atténuer le risque, évitez de trop concentrer votre capital dans un émetteur ou un secteur, recommande Alain Roch, de Blue Bridge.

4. Prudence avec les fonds obligataires

 » Au lieu d’investir dans un fonds d’obligations, achetez directement des titres obligataires, car vous contrôlerez mieux le risque « , dit M. Roch. Vous saurez, par exemple, qui sont les émetteurs et quelle est l’échéance moyenne des obligations en portefeuille.

5. Misez sur les dividendes

 » Réduisez votre exposition aux obligations en achetant des actions privilégiées et des actions ordinaires qui versent de solides dividendes « , suggère M. Lancry. Vous vous assurerez ainsi des revenus réguliers.

source F&I aout10

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