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Matières Premières et Chinamérica : Prospection énergétique multiforme

Matières Premières et Chinamérica : Prospection énergétique multiforme

La Chine s’active sur de multiples fronts Y compris à l’interne Il a devancé le Canada comme premier producteur mondial d’uranium…

Les besoins de la Chine en énergie ne cessent de croître, stimulés par la reprise de la croissance, ce qui nécessite des efforts dans plusieurs directions: restreindre la consommation et les gaspillages, augmenter la production de pétrole et de gaz, atténuer la trop grande dépendance du charbon (70% de la production électrique), poursuivre les importations de gaz et de pétrole tout en envisageant d’autres voies d’approvisionnement.

PLUS DE SECURISATION DES APPROVISIONNEMENTS 

Le plan quinquennal 2005-10 vise à une baisse de 20% de la consommation d’énergie, horaire qui n’est pas tenu: en 2009,2,2% au lieu de 4%. Depuis une vingtaine d’années, les autorités locales ne suivent pas les directives de Pékin en multipliant les entreprises voraces en énergie, notamment dans le secteur lourd. La récente décision prise à Pékin de fermer 2000 de ces entreprises risque de ne pas être respectée.

 La production du pétrole et du gaz devrait, au Xinjiang (région du nord ouest) représente 50 millions de t/équivalent pétrole en 2015 et 60 millions en 2020, et les capacités de raffinage devraient atteindre, respectivement, 26 et 30 millions de t.

Les investissements dans les complexes gaziers et pétroliers sont devisés à 44 milliards de $ y compris des entreprises de pétrochimie
Le gouvernement stimule aussi la gazéification du charbon et le recours au gaz de schiste (shale gas). Ces projets devraient permettre d’augmenter la consommation en gaz de 4 à 10% de l’énergie consommée en 2020. Il faut s’attendre à une baisse des importations de gaz liquéfié après 2020, ce qui va faire baisser les livraisons par tanker de 16 à 8 millions de t. Les compagnies gazières s’en inquiètent car la Chine est devenue leur premier client devant les Etats Unis.

Le déficit en pétrole n’est pas près de baisser, mais la Chine réduit ses achats au Moyen Orient: 53% des importations en 2003,45% en 2007 et probablement encore moins aujourd’hui. Par contre, la part de l’Afrique ne cesse de croître. Après l’Angola, le Soudan, le Congo, la Chine s’intéresse au Nigeria. Elle passe aussi des accords avec le Brésil.
Les relations progressent avec les républiques d’Asie centrale ex soviétique dans un fort contexte de pétrole et de gaz. Un second contrat de gazoduc a été signé avec le Kazakhstan (1400 km) qui, arrivé au Xinjiang, se branchera sur le réseau qui aboutit aux provinces côtières. Des projets sont en discussion pour l’importation de gaz de la Caspienne. Un autre pipeline part du Turkmenistan, traverse l’Uzbekistan et le sud du Kazakhstan pour aboutir au Xinjiang.

Reste le souci des voies maritimes. 70% du pétrole importé passe par le détroit de Malacca. A côté des pirates, Pékin se préoccupe de la mer de Chine, des litiges qui l’opposent à tous les autres riverains qui, comme les Chinois, avancent des revendications sur les îles Paracels et Spratleys, îlots inhabités autour desquels il y a peut- être du pétrole. Les récentes manœuvres de la flotte américaine dans la région ont été fort mal vues à Pékin, sans parler de la visite au Viet Nam du porte avion George Washington!
Pour ces raisons, la Chine recherche d’autres voies d’accès. Elle a construit le port moderne de Gwadar, sur la côte du Baluchistan au Pakistan, avec l’idée de renforcer les transports jusqu’au Xinjiang. Ce dernier est déjà relié au nord Pakistan (Gilgit-Hunza) par la Karakorum High Way, construite par les Chinois. On parle d’éventuels pipelines, voire de chemins de fer. Dans le même ordre d’idées la Chine, dont le poids ne cesse de s’accroître au Myanmar (Birmanie), discute avec ses partenaires d’un éventuel pipeline de la côte jusqu’au Yunnan.
 

Reste l’énergie nucléaire qui ne tient pas l’horaire: passer de 9000 MW à 40.000 en 2010 et 60-70.000 en 2020. C’est une des raisons pour lesquelles les Chinois vont exploiter en commun avec les autorités du Kazakhstan une mine de 40.000 t d’uranium. Ce pays a devancé le Canada, comme premier producteur mondial. Pékin s’intéresse aussi à l’uranium de l’Uzbekistan, de l’Australie, de la Namibie.

 

Retenons deux données de base: en Chine, il faut trois à six fois plus d’énergie pour produire la même quantité de marchandises qu’au Japon ou en Allemagne, d’où une grosse marge de progrès potentiel. Néanmoins, le poids de la Chine en matière énergétique au niveau mondial ne va guère se tasser.

gilbert etienne IHEID, Genève aout 10

EN COMPLEMENT :  La montée en puissance du nucléaire chinois aiguise son besoin d’uranium

La Chine affiche son appétit pour l’uranium, indispensable au développement d’un futur parc nucléaire estimé à 80 gigawatts en 2020

La China Guangdong Nuclear Power Holding Corp (CGNPC), l’une des deux compagnies chinoises à avoir le droit d’importer de l’uranium vient d’annoncer la signature d’un protocole d’intention avec l’australien Paladin Energy. Au terme de ces pourparlers, le producteur devrait créer une société mixte avec son nouveau partenaire chinois et devenir l’un de ses fournisseur en matière fissile.

La CGNPC n’en est pas à son coup d’essai en Australie, Fin 2009 la société chinoise avait déjà réussi à s’emparer de 70% du prospecteur d’uranium Energy Metals. Elle entretient également des discussions avec le canadien Cameco, deuxième plus gros producteur d’uranium au monde. Au mois de juin, la China National Nuclear Corporation (CNNC) l’autre principal acteur du nucléaire chinois, avait emporté un contrat avec le canadien, s’assurant l’approvisionnement de 10.000 tonnes d’uranium sur les dix prochaines années.

La Chine compte actuellement onze centrales en activité et vingt des vingt-huit nouveaux projets approuvés par Pékin sont en cours de construction. Selon la National Energy Administration (NEA) l’objectif serait de monter les capacités de production à 80 gigawatts en 2020. Elle s’établissent aujourd’hui à 10 gigawatts.

En 2020 la demande chinoise d’uranium pourrait donc atteindre les 20.000 tonnes l’an, alors qu’en 2009 la production du pays a été estimée à 750 tonnes par la World Nuclear Association, pour une production mondiale qui représentait 50.772 tonnes.

Outre en Australie et au Canada, Pékin cherche aussi à sécuriser ses besoins en uranium au Niger et surtout au Kazakhstan, pays devenu en 2009 le premier producteur mondial. A la suite d’accords entre CGNPC et Kazatomprom en juin, les gouvernements de Pékin et d’Astana ont eux aussi décidé de coopérer pour le développement de l’énergie nucléaire.

Après avoir bouleversé le marché du minerai de fer, l’appétit chinois pourrait modifier celui de l’uranium et plus largement toute l’industrie du nucléaire. Dans ce contexte les grandes firmes étrangères telle que la française Areva ont leur carte à jouer, sans perdre de vue que, champion des exportations, Pékin compte bien obtenir un rôle à sa mesure dans ce secteur.

Par Olivier Sasportas, à Pékin – agefi 09/08/2010

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