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Le Roi Bernanke

Le roi Bernanke

Le roi est mort, Vive le roi. Certains l’ont dit le jour du départ d’Alan Greenspan, après 18 ans de règne à la tête de la Réserve fédérale. Certains croyaient que le nouveau monarque, Ben S. Bernanke, avait de gros souliers à chausser. Aujourd’hui, Bernanke est encore plus puissant que Greenspan.

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Alan Greenspan avait sa cour. Des gens absolument inféodés à son style résolument axé sur la croissance et sa manière sibylline de s’exprimer. Il a fallu que la crise financière frappe fort pour que ses détracteurs osent enfin s’exprimer.

Une fois parti, Greenspan fut pointé du doigt comme étant l’un des responsables de la pire crise financière à avoir secoué le monde depuis la Grande Dépression des années 1930. Par sa politique de faibles taux d’intérêts, il a donné du carburant à une croissance en partie artificielle, basée sur un endettement à outrance des ménages, et sur l’utilisation abusive de produits financiers sophistiqués peu réglementés.

Son successeur, Ben Bernanke, une sommité du monde universitaire, n’a même pas eu le temps de déposer sa mallette dans son bureau que la crise a frappé. Mais l’homme s’est révélé efficace. Au point que sa cote de popularité atteint des sommets au sein d’une industrie qu’il doit pourtant surveiller.

Il n’en a pas toujours été ainsi.

En janvier dernier, le renouvellement de mandat du gouverneur de la Fed fut approuvé par le Sénat par 70 votes contre 30. Il s’agit de la pire performance depuis que ce genre de ratification fut introduite, en 1978. En 2009, le président du Comité du Sénat sur les Banques, le très visible sénateur Christopher Dodd, critiquait la supervision de crise menée jusqu’alors par la Fed, la qualifiant de « d’échec abyssal ». Dodd en appelait aux parlementaires pour que la Fed ne supervise plus les banques.

Pourtant, en juillet, quand le président Obama a signé le texte de loi de 2300 pages confirmant sa réforme de l’encadrement de l’industrie financière, Bernanke héritait des pouvoirs les plus étendus jamais confiés à un gouverneur de la Fed. Et le sénateur Dodd avait changé d’avis au sujet de Bernanke.

C’est en soulignant ces faits que le texte « Bernanke Empowered » (« Pleins pouvoirs à Bernanke), publié par Bloomberg Markets, trace le bilan des derniers mois du gouverneur de la Fed à la tête de l’institution.

Bernanke est puissant et populaire. Deux qualités qui font très peur chez les financiers et politiciens américains. Pourtant, l’homme est apprécié pour son efficacité et son sens de la retenue.

Ces deux dernières années, les réformateurs ont apprécié la façon dont il s’y est pris pour sauver les banques du désastre.Et aussi pour son insistance à maintenir les taux d’intérêts au plancher, jusqu’à ce que le chômage diminue sensiblement.

« Quand la poussière est retombée après la crise financière, le Congrès a réalisé que Bernanke savait ce qu’il faisait, écrit le magazine. Sans lui, nous serions aujourd’hui dans une dépression catastrophique. »

Nouveaux pouvoirs

La réforme ajoute donc des pouvoirs à la Fed, qui supervisait déjà les 5000 banques privées et 830 banques d’État. À cette supervision s’ajoute des pouvoirs de contrôle sur la gestion du risque et sur les activités de prêt des plus importants groupes bancaires, ceux qui posent un risque systémique. Comme Goldman Sach et Morgan Stanley, qui se sont métamorphosés en holdings bancaires au début de la crise, en septembre 2008.

La Fed encadrera désormais les groupes privés financiers, dont les grands assureurs, qui représentent aussi un risque systémique. Ou des holdings comme Berkshire Hathaway, présidé par Warren Buffett, ou le bras financier de GE, General Electric Capital Corp. Les dirigeants de ces firmes ont déclaré qu’ils se sentaient tout à fait à l’aise avec les nouveaux pouvoirs de la Fed.

La Réserve fédérale sera désormais tenue d’enquêter sur les pratiques de toutes ces firmes et institutions pour déterminer si la stabilité financière du pays est menacée. Elle devra, chaque année, imposer des « tests de stress » pour déterminer si leur niveau de capital est suffisant au sein des banques qui posent des risques systémiques. Ces dernières devront aussi rédiger des plans, approuvés par la Fed, qui rendront plus facile leur démantèlement par le gouvernement si une situation similaire à celle de Lehman Brothers survient.

La Fed sera responsable d’une nouvelle agence fédérale de protection des consommateurs, mais qui sera indépendante. La Fed aura aussi les pouvoirs de dicter les tarifs pratiqués par les cartes de débit.

Le rôle de régulateur des banques de la Fed ne date pas d’hier. Il fut instauré en 1913, au lendemain d’une autre crise financière, la Panique de 1907. Elle ne supervisait alors que les banques à charte fédérale. En 1933, avec la loi Glass-Steagall, les pouvoirs de la Fed ont été élargis aux banques commerciales. La loi instaurait aussi une obligation de vérification des bilans des banques par la Fed et établissait la Federal Deposit Insurance Corporation (FDIC), qui assurait les dépôts.

Cette loi instaurait aussi une séparation entre les banques commerciales et d’investissement, qui a sauté sous l’ère Greenspan. Cette déréglementation est souvent considérée comme une des causes de la crise financière.

Des critiques

Alan Greenspan et d’autres craignent que les nouveaux pouvoirs dévolus à la Fed diminuent son efficacité. Et qu’il existe un conflit d’intérêt entre le rôle de fixer les taux d’intérêt et celui de superviser les banques.

Sous le règne de Bernanke, la Fed a lourdement ajouté à son bilan des titres de dette provenant des banques et des gouvernements. Il y en a pour plus de deux billions $US. La Fed a dû récemment échanger certaines obligations à long terme par des Bons du Trésor, pour éviter d’inonder le marché à un moment où les rendements sont au plancher.

Ils sont plusieurs à craindre qu’à force d’acheter des obligations de cette manière, la Fed ne se retrouve dans une sorte de « piège à liquidité ». Elle risque ainsi d’augmenter ses pertes à long terme sans que cela incite les institutions financières à prêter de l’argent.

Comme Bernanke s’est donné comme mission de stimuler l’économie par tous les moyens dont il dispose, cette volonté pourrait entrer en conflit d’intérêt avec ses nouvelles responsabilités de régulateur en chef. Notamment si le statut de régulateur l’amène à imposer de nouvelles exigences, plus dures, en matière de réserves de liquidités pour les banques. Le genre de mesure qui pourrait affecter la croissance économique.

Cela dit, la Fed a hérité de ses nouveaux pouvoirs en grande partie à cause de son prestige, lié à son indépendance. Et aussi parce qu’aucune autre agence gouvernementale ne comprend aussi bien les banques. Seule la Fed est équipée adéquatement pour encadrer des géants de la finance.

Main de fer dans un gant de velours

Elle ne s’est pas gênée pour le faire durant la récente crise. Alors que Lehman Brothers faisait faillite, elle a inondé le secteur financier de liquidités. Elle a imposé des mesures disciplinaire d’urgence aux banques. Et elle a encadré la façon dont les banques accordaient leurs prêts, notamment pour les hypothèques. Dans ce dernier cas, elle en avait déjà les pouvoirs, accordés par le Congrès en 1994. Mais, sous Alan Greenspan, la Fed n’avait jamais écrit la réglementation. Bernanke l’a implantée en juillet 2008.

La nouvelle réglementation oblige désormais tout prêteur hypothécaire à vérifier les actifs et la capacité de prêter des emprunteurs. Ce qui élimine d’office les fameux « prêts aux menteurs » (liar loans), accordés à des gens qui maquillaient la qualité de leurs actifs avec la complicité du prêteur.

Les nouveaux pouvoirs de la Fed font peur. On craint que la Fed ne devienne une pieuvre bureaucratique et qu’elle n’étouffe le système financier avec une camisole de force réglementaire. Mais, sous Bernanke, disent les optimistes, la Fed est plus que jamais consciente de la nécessité d’équilibrer le développement de l’industrie et d’améliorer les protections offertes par la réglementation.

On craint surtout qu’à force d’augmenter les exigences de réserves de liquidités, on en vienne à geler le crédit, ce qui précipitera les États-Unis encore une fois en récession. Les statistiques sont inquiétantes : à la mi-août, les banques avaient diminué leur crédit sur 16 des 17 mois précédents.

Poursuite des tests de sortie de crise

La banque centrale des Etats-Unis (Fed) a annoncé  qu’elle allait continuer de tester à l’automne le projet de dépôts à terme rémunérés pour les banques qu’elle développe dans le cadre de sa stratégie de sortie de crise. Le Conseil des gouverneurs de la Fed «a autorisé la poursuite d’offres de dépôt à terme pour des petits montants», indique la banque centrale. Pour l’instant, la Réserve fédérale compte réaliser deux adjudications de dépôts à terme à 28 jours, le 4 octobre et le 29 novembre, pour un montant total de 5 milliards de dollars à chaque fois. La Fed a réalisé en juin et en juillet trois adjudications de dépôts à termes rémunérés pour les banques, pour un montant total de 2 milliards de dollars par opération. L’augmentation des montants offerts «a pour but d’encourager une participation large des banques» aux prochaines enchères, écrit la Fed, après le succès rencontré par ses premiers tests. Le but des dépôts à terme est de permettre de sortir de la monnaie du circuit économique temporairement, en la bloquant sur des comptes rémunérés. La Fed envisage de se servir de cet outil afin de gérer plus facilement le retrait des liquidités qu’elle a créées pour lutter contre la crise. Son communiqué rappelle que ce moment n’est pas encore venu, que la poursuite de ces tests a pour seul but d’assurer la mise au point de cet instrument, et que ces tests n’ont aucune influence sur la «conduite de la politique monétaire à court terme».

La Réserve fédérale pourrait annoncer dès le mois de novembre un nouveau programme de rachats d’actifs destiné à soutenir l’économie américaine, d’après Goldman Sachs . »Nous n’anticipons pas une telle mesure pour la réunion du 21 septembre, mais cela pourrait être annoncé en novembre ou en décembre », indique mardi Jan Hatzius, économiste en chef de la banque. Il ajoute que la Fed va probablement racheter des obligations du Trésor pour une valeur d’environ 1.000 milliards de dollars afin de relancer l’économie….

 Stéphane Desjardins F&I SEP10

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