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Les cours d’économie ne sont plus à jour et les doctrines économiques nouvelles se font attendre

Les doctrines économiques nouvelles se font attendre

 L’attribution d’un prix Nobel chaque année ne masque pas la pauvreté des modèles pour les grands problèmes actuels.

Trois lettres symbolisent le malaise actuel de la théorie économique: «néo». La multiplication de ce préfixe remet au goût du jour des théories formulées il y a plusieurs décennies déjà. Tout en ne parvenant pas à cacher le manque cruel de théories fondamentalement nouvelles. Alors même qu’il est généralement admis que la dernière période de turbulences a remis en question la totalité de l’édifice théorique de l’économie! Le rêve des marchés efficients né avec l’application à large échelle de la théorie du portefeuille moderne de Markowitz s’est brusquement évanoui. L’illusion de la maîtrise des risques et des prévisions pluriannuelles toujours correctes grâce aux dernières avancées de la science économique s’est brisée. Le comportement  irrationnel des investisseurs en cas d’événements extrêmes a mis en péril les modèles mathématiques et statistiques sophistiqués.

La thèse du connu inconnu pour expliquer la crise par Andreas Hofert

The Economist : Aguirre ou la colère de Dieu / La planète financière devrait apprendre à mieux gérer le risque et à faire preuve d’humilité….

La finance souffre d’une crise aiguë de la connaissance

PLUS/MOINS DE MODELE ECONOMIC EN SUIVANT :

L’échec de la croyance de l’école néo-classique que les marchés seraient toujours capables de s’auto-réguler même en introduisant des instruments toujours plus complexes a simplement conduit à la renaissance des stimuli étatiques prônés par les néo-keynésiens. Et le combat entre ces deux théories affublées du préfixe «néo» se poursuit. Les énormes dettes accumulées par les Etats développés en tant que conséquence des plans de sauvetage des banques et des mesures de relance économique ont provoqué le retour de la politique d’austérité budgétaire, un concept… néoclassique!

Ce combat stérile trouve son paroxysme dans les tentatives américaines d’imposer à l’Europe un nouveau tour de stimuli keynésiens au mépris de la problématique de la dette. Les Européens peuvent leur opposer le poids colossal de la dette des Etats-Unis et la balance commerciale chroniquement déficitaire.

Dans le vide actuel de théories économiques, la seule tendance perceptible semble être de compléter enfin les schémas d’avant 2007 d’un volet comportemental.

Finance Comportementale : Des tulipes hollandaises à la panique de 2008…La Nature Humaine !!!!!

Nous sommes loin d’une remise en question permettant de trouver un nouvel équilibre. Ceux qui espéraient que les lauréats du Prix Nobel de l’économie 2010 pourraient apporter une percée ont très probablement été déçus, même s’il ne faut pas sous-estimer l’importance du marché du travail pour l’économie dans son ensemble, comme le montrent notamment les Etats-Unis. Leurs travaux n’apportent cependant aucune réponse aux changements de paradigme fondamentaux, soit l’évolution de la structure démographique et l’arrivée des pays émergents.

La théorie économique semble toujours vouloir faire l’impasse sur certaines réalités. Les mouvements d’aller-retour entre néo-keynésiens et néo-classiques, même pas la discussion autour des dettes gouvernementales, ne tiennent pas compte d’une évolution pour une bonne partie irréversible. Au monde occidental aux populations vieillissantes et à la production délocalisée s’opposent des marchés émergents devenus le moteur de croissance mondial. La théorie du découplage de ces régions de la conjoncture américaine jetée aux orties en 2008 fait actuellement son retour en force. Mais nous sommes actuellement encore au stade du constat empirique par rapport à la problématique qui devrait d’ores et déjà dominer le débat: l’évolution des (des)équilibres à l’échelle mondiale. Les discussions récentes entre les pays du G-20 au sujet de la politique monétaire, notamment l’appréciation du yuan et ses conséquences possibles, ainsi que les déclarations du FMI d’aider même les pays développés à rééquilibrer quelque peu leurs balances commerciales n’en donnent qu’un avant-goût.

L’investissement des excédents commerciaux des pays émergents dans des actifs censés être liquides, sûrs des marchés développés représente-t-il un nouvel équilibre appelé à perdurer?

Le monde scientifique n’a pas encore de réponse à cette question. Au mois de juin de cette année, l’économiste Kati Suominen spécialisée dans les questions de politique macroéconomique a fait un constat sans appel: «Jusqu’ici, les études portant sur la contribution des déséquilibres mondiaux ou des facteurs les renforçant à la crise ne sont pas concluantes.» Des chercheurs renommés comme Kenneth Rogoff se sont certes également penchés sur la question, mais souvent pour accuser l’Asie de mener une politique de croissance basée uniquement sur les exportations. Kati Suominen constate également qu’ils ont quelque peu abandonné ce créneau pour concentrer leur recherche de causes sur le manque de régulation financière et de surveillance.

Approfondir cette thématique serait pourtant d’autant plus important que le facteur démographique pourrait accélérer ce processus. Dans une étude sortie jeudi dernier, les analystes crédit de l’agence Standard & Poors ont notamment mis en garde contre une hausse énorme des déficits publics des pays développés en raison du vieillissement de la population. Sans toutefois s’étendre sur les implications plus larges de ce dernier sur l’équilibre économique mondial, un terrain dont la recherche scientifique devrait s’occuper d’urgence.

christian affolter/agefi oct10

EN COMPLEMENT : Les cours d’économie ne sont plus à jour

Les enseignants ont le devoir moral de préparer les futures élites de manière critique pour leur éviter de reproduire fidèlement un modèle dont nous savons déjà qu’il est non seulement dépassé, mais surtout dangereux. Or, constate Baudouin Dubuisson, l’enseignement actuel ne répond pas à cet objectif.

Après le premier choc pétrolier, la plupart des professeurs d’économie persistaient à expliquer à leurs élèves que le chômage et l’inflation ne pouvaient coexister alors que le premier quotidien venu titrait à la une sur la stagflation. Le problème n’était à cette époque pas vraiment dérangeant; tout au plus a-t-il servi à faire comprendre aux étudiants que l’enseignement est parfois en retard sur la réalité, et susciter chez eux l’envie d’en savoir plus.

Ce qui se passe depuis trois ans est autrement plus important. Non seulement quasi aucun expert n’a anticipé ce qui allait se produire mais surtout, aucune des théories actuellement en vigueur, quoi qu’ils en disent, n’est en mesure de l’expliquer de manière satisfaisante. Alfred de Musset disait que le « mal du siècle vient de deux choses: ce qui était n’est plus et ce qui sera n’est pas encore ».

Continuer à enseigner des idées contestées ne peut que contribuer à accroître le malaise. L’enseignement a le devoir moral de donner aux jeunes les éléments qui leur permettront de comprendre ce qui n’est plus mais aussi de donner des pistes de réflexion pour comprendre ce qui sera. Ce n’est pas depuis 2007 que la théorie n’est plus en accord avec certains phénomènes.

Le mathématicien français Benoît Mandelbrot a par exemple calculé que, selon la courbe de Gauss qui exclut les phénomènes extrêmes, le krach de 1987 n’aurait tout simplement jamais dû se produire. La faillite du fonds LTCM en 1998 n’avait qu’une chance sur cinquante milliards d’arriver; plusieurs prix Nobel s’étaient pourtant penchés sur son berceau! Quant aux événements de l’été 2008, ils ne devaient survenir que tous les 100.000 ans…

Galilée de la Finance Benoît Mandelbrot nous aide à comprendre les marchés

Erreur de courbe?

http://blog.crottaz-finance.ch/wp-content/uploads/2009/09/la-finance-est-plus-complexe-que-la-physique.pdf

Tous ces événements improbables, et bien d’autres encore, se sont pourtant concrétisés en quelques années seulement. Or, c’est précisément sur la courbe de Gauss que sont basées la plupart des théories financières actuellement enseignées, tant macroéconomiques, comme l’efficience des marchés, que microéconomiques, comme les modes de valorisation des options ou des actions. En science, lorsque l’observation des faits ne confirme pas la théorie, on se remet en question; l’économie ferait-elle exception? La courbe en cloche qui caractérise la loi de Gauss n’est tout simplement pas la base sur laquelle des théories économiques et financières peuvent être bâties, pas plus d’ailleurs que l’hypothèse de continuité qui, elle aussi fait partie des postulats de base: il suffit pour s’en rendre compte de se remémorer toutes les crises, les ruptures donc, qui ont émaillé la vie économique depuis quelques décennies.

 Finances : Les risques extrêmes remettent en question les modèles statistiques et mathématiques (cliquez sur le lien)

André Gosselin : L’investissement extrême (cliquez sur le lien)

Benoît Mandelbrot : de la théorie à la praxis….pour le Galilée de la finance (cliquez sur le lien)

Nassim Taleb : l’homme qui murmurait à l’oreille des cygnes… (cliquez sur le lien)

Andréas Hofert : L’arrogance économique a de beaux jours devant elle

La Théorie du Chaos appliquée aux Marchés Financiers

Pour les amoureux des modèles mathématiques, sans continuité il est évidemment délicat de mettre l’économie et la finance en équation…

Modèle dangereux

Si les événements des récentes années ne suffisent pas à nous convaincre que les théories inductives déployées depuis une cinquantaine d’années par les « mathematically oriented kids » de Chicago, nous ont probablement menés sur une fausse piste, il ne nous reste plus qu’à attendre la prochaine crise, celle qui, peut-être, entraînera avec elle l’ensemble du système financier mondial.

 Mathématiciens de la finance: aveugles, sourds et muets

L’illusion économique…. Les maths, pour le meilleur et pour le pire

De l’inefficacité des modèles de gestion du risque en temps de crise

Les limites des Mathématiques ou la remise en cause de la modèlisation appliquée aveuglément

«La recherche en Finances s’est parfois trop éloignée du monde réel»

En matiere financière les maths génèrent aussi du risque

Eugene Fama: « Ai-je jamais dit que les cours ne pouvaient pas baisser? »

 Alan Greenspan lui-même a admis le 23octobre 2008 à l’occasion d’une déclaration devant le Congrès américain que tout notre édifice intellectuel s’était effondré au cours de l’été 2007.

L’économie se rapproche plus de la loi de Pareto des 80/20 qui n’exclut pas les phénomènes extrêmes. Le constat est d’importance à l’heure de mettre en place des organes de contrôle de risques systémiques, car si les dangers extrêmes ne sont pas exclus, toute la question est de savoir à quel stade il faut intervenir: quand ils apparaîtront, il sera peut-être déjà trop tard.

La prudence recommanderait de structurer l’économie et la finance de manière à limiter les risques plutôt que de tenter de les contrôler: diviser les « too big to fail », renforcer les fonds propres des banques encore plus que ce que prévoit Bâle III, dissuader les mouvements spéculatifs, favoriser la concurrence pour augmenter la capacité de résilience, accroître la variété du système économique plutôt qu’accepter la concentration…

À l’heure d’un changement de paradigme, les enseignants ont le devoir moral de préparer les futures élites de manière critique pour leur éviter de reproduire fidèlement un modèle dont nous savons déjà qu’il est non seulement dépassé, mais surtout dangereux.

Par Baudouin Dubuisson, entrepreneur et administrateur de sociétés/ L’Echo/OCT10

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  • Les économistes rappellent que la science économique est avant tout un outil d’analyse et de recherche plus que de prédiction. La profession reconnaît qu’elle doit se remettre en question avec la crise.

 «Oubliez les prévisions : préparez-vous à l’inconnu !»

«A quoi servent les économistes ?». Tel était le thème d’un débat organisé récemment par la Documentation Française et qui réunissait le gouverneur honoraire de la Banque de France, Michel Camdessus, le président du Cercle des Economistes Jean-Hervé Lorenzi, Nicolas Baverez, historien et économiste, et le professeur de sociologie à l’université Paris-Sorbonne, Philippe Steiner.

Aujourd’hui, la question mérite d’être débattue, tant la profession a été accusée de tous les maux, et notamment celui de ne pas avoir anticipé la crise financière. Les économistes réfutent cette accusation. «L’économie est avant tout un outil d’analyse et de recherche a posteriori plutôt que de prédiction, affirme Nicolas Baverez. Il est d’ailleurs fort heureux que les économistes ne puissent pas prédire l’histoire du monde, car les hommes ne seraient plus libres». Ce qui n’empêche pas la plupart des experts de reconnaître certaines erreurs, et notamment de celles de s’être spécialisés avant tout dans des domaines où ils pouvaient tester leurs théories plutôt que dans ceux utiles à la politique économique ou encore d’avoir été trop complaisants avec le milieu financier.

«C’est presque plus dur de faire des prévisions aujourd’hui»

Dans un contexte où les marchés financiers se caractérisent par une forte volatilité, l’incertitude économique n’a jamais été aussi grande. Les investisseurs subissent une véritable «douche écossaise» avec des indicateurs qui soufflent le chaud et le froid. A tel point que le travail d’analyse des économistes est sérieusement critiqué par l’opinion publique. Parfois trop même. «C’est presque plus dur de faire des prévisions aujourd’hui», affirme Jean-Luc Schneider, directeur adjoint des affaires économiques de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Dès lors, d’aucuns s’interrogent même sur l’utilité des économistes. « Sur les marchés financiers, une plaisanterie court : «Ne dites pas à ma mère que je suis économiste, elle me croit toujours en prison», en faisant référence à l’ouvrage du publiciste Philippe Séguéla : «Ne dites pas à ma mère que je suis dans la publicité…Elle me croit pianiste dans un bordel». La formule vaut également pour les économistes», s’en amuse l’historien et économiste Nicolas Baverez.

«L’économie doit redevenir une science humaine»

Aujourd’hui, la compréhension de l’économie mondiale a évolué. Des phénomènes inédits ont fait leur apparition. Ainsi, la règle qui veut que la crise démarre et prend fin aux Etats-Unis n’est plus valable. Autrement dit, lorsque la croissance outre-Atlantique repart après la crise, le chômage diminue. Ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Dans leurs travaux, les nouveaux Prix Nobel, les Américains Peter Diamond et Dale Mortensen et le britannico-chypriote, Christopher Pissarides, ont justement mis en exergue les déséquilibres économiques entre l’offre et la demande sur le marché de l’emploi.

Récompenser trois économistes sur ce thème montre bien que la profession souhaite avancer et que l’économie n’est pas une science exacte. «L’économie doit redevenir une science humaine et se réapproprier la démographie, la politique l’histoire et la géographie», affirme Nicolas Baverez. Les modèles mathématiques ne suffisent plus, l’aspect psychologique compte tout autant.

Nouveaux centres, vieilles méthodes

Pour l’heure, il semble que les experts ne soient pas prêts à modifier leurs méthodes de travail. «Je suis particulièrement surpris de voir à quel point les analyses économiques restent traditionnelles, regrette Nicolas Baverez. On a du mal à intégrer les nouvelles évolutions de l’économie mondiale. Dans les présentations macroéconomiques, on continue de parler des Etats-Unis, puis de l’Europe et enfin du Japon, et un peu de la Chine. On ne parle même pas de l’Inde ou du Brésil». Pour l’économiste, «une présentation censée devrait démarrer par les Etats-Unis, la Chine, l’Inde et le Brésil. L’Europe et le Japon ne devraient pas peser très lourd sur l’économie du XXIème siècle».

Même son de cloche du côté de Philippe Steiner. «Les choses vont continuer comme avant, à savoir qu’il sera toujours aussi difficile pour les économistes de faire de bonnes prévisions. La société est, et restera, un produit toujours aussi complexe, la crise et la globalisation ayant accentué ces difficultés».

Pour Nicolas Baverez, chaque acteur doit reprendre ses responsabilités : l’économiste est censé analyser et alerter contre les différents risques qui entourent l’économie mondiale, et, les Etats et autres autorités compétentes mettre en place des mesures en ce sens. « Le retour du politique est indispensable, soutient Philippe Steiner, professeur de sociologie à Paris Sorbonne. Il y a des choix et des options à prendre pour éviter ces risques. Et ce n’est pas l’économiste qui peut le faire».

source le figaro oct10

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 Les modèles mathématiques d’évaluation du risque ne correspondent plus à la perception des intervenants.

Un investisseur averti en vaut deux. Or, il n’existe rien de moins partagé qu’une information fiable et, surtout, pertinente, capable de le guider de manière optimale dans ses choix de placement. Force est de constater que, plus de 60 ans après les premiers modèles scientifiques d’évaluation du risque, ces derniers apparaissent désormais proches de l’obsolescence. Dans les années 50, la théorie de la sélection du portefeuille (portefeuille efficient) introduite par Markowitz postulait que pour chaque niveau de risque assumé par l’investisseur correspond un taux de rentabilité le plus élevé. Dans ce contexte, l’analyse du portefeuille résidait dans l’analyse de deux variables fondamentales encore utilisées aujourd’hui: le couple rentabilité espérée/écart-type. Autrement dit, l’approche dite de moyenne-variance. Plus tard, des pionniers tels que Fama (modèle multipériodique de maximisation de la richesse), Merton (équilibre du MEDAF grâce aux mathématiques en temps continu), ou encore Black (théorème de séparation) sont venus affiner ou compléter l’approche quelque peu réductrice de Markowitz. «Ces modèles sont devenus obsolètes dans leur capacité à saisir la tolérance réelle ou effective de l’investisseur au risque», affirme Georges Hübner fondateur et directeur scientifique de la société de développement de logiciels financiers, Gambit Financial Solutions, à l’occasion du forum de la gestion de fortune Shorex, hier à Genève.

«En effet, les modèles classiques d’évaluation du risque qui ont prédominé tout au long du 20e siècle ne considèrent le risque que sous l’angle quantitatif, mettant de côté l’essentiel, à savoir la nature ou la définition du risque aux yeux des différents investisseurs, celle-ci étant loin de présenter la même homogénéité», insiste Georges Hübner. Afin de déterminer celle-ci, Gambit a conçu une solution de profilage des investisseurs, afin de mieux répondre à leurs réelles attentes. «Au lendemain de la crise du crédit, les indicateurs classiques et purement mathématiques de la tolérance au risque traduisaient une aversion profonde pour celui-ci, d’où un biais fortement défensif des placements», explique Laurent Bodson, responsable de l’Asset Management chez Gambit. «Or, on ne doit pas forcer les investisseurs à devenir défensifs simplement pour se protéger d’un risque juridique, d’émetteur, de liquidité ou de concentration. L’important est de décrire au mieux la nature des risques encourus, afin d’éviter non pas des pertes en soi, mais des mauvaises surprises dues à un manque de connaissance des risques», poursuit Georges Hübner. Les solutions de profiling de Gambit, spin-off de la HEC de l’Université de Liège, permettent, notamment, d’identifier le désir des investisseurs pour davantage de protection du capital couplée à des rendements stables, ou celui de davantage de rendements, avec une plus grande tolérance aux rares et temporaires pertes fortes de valeur. «A ce titre, les objectifs de MiFID, dans leurs aspects de pertinence, ne sont pas rencontrés par un simple questionnaire de scoring, dans la mesure où il ne peut pas conclure de manière fiable au caractère approprié du produit ou du service proposé par le gérant de fortune», conclut Georges Hübner.

levi-sergio mutemba AGEFI OCT10

EN COMPLEMENT Le Nobel d’économie va à trois experts du marché du travail

Le prix Nobel 2010 d’Economie a été décerné lundi à deux Américains et un Britannico-chypriote, un trio qui a amélioré l’analyse des marchés où l’offre et la demande peinent à se rencontrer, principalement sur le marché du travail.

Les Américains Peter Diamond, 70 ans, Dale Mortensen, 71 ans, ainsi que Christopher Pissarides, un chercheur de 62 ans né à Chypre, sont récompensés pour «leur analyse des marchés et des frictions» entravant la rencontre entre offreurs et demandeurs.

Leurs travaux démontrent par exemple que «plus les allocations chômage sont importantes, plus le taux de chômage est élevé et la durée de recherche est longue», selon le comité Nobel.

«Pourquoi y a-t-il autant de gens sans travail alors qu’au même moment il y a de nombreuses offres d’emplois? Comment la politique économique influence-t-elle le chômage? Les lauréats de cette année ont développé une théorie qui peut être utilisée pour répondre à ces questions», souligne-t-il.

La théorie économique classique part du principe que le prix est le facteur d’ajustement entre l’offre et la demande qui sont censées se rencontrer instantanément et sans aucune difficulté.

Mais constate le comité Nobel, «cela n’arrive pas dans la vraie vie».

Les trois lauréats, dans leur théorie baptisée DMP (pour Diamond, Mortensen, Pissarides), ont relevé que cette analyse classique souffrait d’imperfections.

Ils soulignent notamment que la rencontre entre l’offre et la demande est parfois longue et coûteuse, qu’un niveau élevé d’allocations peut accroître le chômage, qu’un employeur, malgré des besoins, renâcle à embaucher parce qu’il craint des coûts imprévus, explique le comité.

Peter Diamond, professeur au célèbre MIT (Institut de Technologie du Massachusetts), près de Boston, est salué pour avoir analysé dès 1971 «les bases de fonctionnement de tels marchés» rigides. Il montre que les vendeurs ajustent leurs prix en prenant en compte les difficultés des acheteurs dans leurs recherches.

Dale Mortensen, professeur à la Northwestern University dans l’Illinois, et Christopher Pissarides, qui enseigne à la prestigieuse London School of Economics (LSE) «ont développé la théorie et l’ont adaptée au marché du travail», précise le comité.

Mais leurs recherches, développées dans les années 70 et 80, ne s’arrêtent pas à l’emploi et trouvent aussi des illustrations dans d’autres branches, comme l’immobilier. Elles permettent de mieux comprendre «pourquoi le nombre de logements en vente, la durée nécessaire à trouver un acheteur et le temps pour que les parties se mettent d’accord sur le prix varient selon les périodes», souligne le comité Nobel.

La théorie monétaire, l’économie publique ou financière ou encore l’économie de la famille, ont également profité de leurs apports.

La récompense conforte encore la domination des Américains sur la discipline, avec désormais 46 lauréats sur 87 en Economie. Il faut remonter à 1999 pour voir un Nobel économique vierge de bannière étoilée.

Chypriote de naissance, M. Pissarides a également la nationalité britannique depuis 1974.

«J’ai eu une réaction de surprise et de bonheur», a dit le natif de Nicosie par téléphone lors d’une conférence de presse suivant l’annonce des prix. «On croit que cela ne peut pas vous arriver jusqu’au moment où cela vous arrive pour de vrai». Officiellement dénommé «prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel», le Nobel d’économie, le seul non prévu dans le testament du philanthrope suédois, est décerné depuis 1969.

Financé par la banque centrale suédoise, il fonctionne néanmoins comme les autres prix avec un comité et une dotation de 10 millions de couronnes (1,1 million d’euros) pour le ou les lauréats.

Les dix derniers Prix

2010: Peter Diamond (Etats-Unis), Dale Mortensen (Etats-Unis), Christopher Pissarides (Chypre/GB)

2009: Elinor Ostrom, Oliver E. Williamson (Etats-Unis)

2008: Paul Krugman (Etats-Unis)

2007: Leonid Hurwicz (Russie/Etats-Unis), Eric S. Maskin, Roger B. Myerson (Etats-Unis)

2006: Edmund S. Phelps (Etats-Unis)

2005: Robert J. Aumann (Etats-Unis/Israël), Thomas C. Schelling (Etats-Unis)

2004: Finn E. Kydland (Norvège/Etats-Unis), Edward C. Prescott (Etats-Unis)

2003: Robert F. Engle (Etats-Unis), Clive W.J. Granger (Royaume-Uni/Etats-Unis)

2002: Daniel Kahneman (mandat britannique en Palestinel/Etats-Unis), Vernon L. Smith (Etats-Unis)

2001: George A. Akerlof, A. Michael Spence, Joseph E. Stiglitz (Etats-Unis)

source afp oct10

1 réponse »

  1. Un article connu mais très intéressant, et semble-t-il, intemporel. Article du Monde, extrait de JK Galbraith – Bàv, J.

    « Les imbéciles sont tôt ou tard séparés de leur argent »
    Article paru dans l’édition du 19.10.08
    Economiste iconoclaste, John Kenneth Galbraith a consacré en 1990 un livre aux bulles spéculatives qui scandent l’histoire du capitalisme. Nous reproduisons ici l’intégralité du dernier chapitre de cet ouvrage, qui reste ô combien d’actualité

    l est peu de points de repère plus couramment invoqués dans la vie que les « leçons de l’Histoire ». Ceux qui ne la connaissent pas sont condamnés à la répéter. Mais les leçons de l’Histoire sont parfois d’une ambiguïté troublante, et tout spécialement peut-être en économie. C’est que la vie économique est engagée dans un processus continu de mutation ; ce qu’ont observé les savants du passé – Adam Smith, John Stuart Mill, Karl Marx, Alfred Marshall – est donc un guide incertain pour le présent ou l’avenir.
    Si les facteurs déterminants sont les mêmes, cependant, les leçons de l’Histoire ont force de loi – elles sont même inéluctables. C’est le cas ici.
    Prenons le risque de la répétition – la réénonciation de ce qu’on espère désormais évident -, et résumons ces leçons. Les facteurs qui induisent les égarements répétés dans la démence financière n’ont pas changé, pour l’essentiel, depuis la tulipomanie de 1636-1637 [la première bulle spéculative de l’histoire, fondée sur le commerce de la tulipe]. Individus et institutions sont piégés par la merveilleuse satisfaction qu’on trouve à voir grandir sa fortune. Elle leur donne en même temps l’illusion de la puissance intellectuelle, elle-même protégée par le préjugé collectif notoire qui veut que l’intelligence – la sienne et celle des autres – soit proportionnelle à l’argent qu’on possède. La conviction ainsi ancrée produit l’action : on surenchérit, on fait monter les prix – dans le foncier, ou à la Bourse, ou encore comme tout récemment dans l’art. La dynamique de la hausse conforte l’intéressé dans son choix, elle lui prouve sa propre sagesse et celle du groupe. Et ça continue, jusqu’au jour de la désillusion générale et du krach. Celui-ci – ce devrait être à présent assez clair – n’arrive jamais en douceur. Il s’accompagne toujours d’un effort désespéré et généralement vain pour se dégager.
    C’est au sein même de cet enchaînement qu’il faut chercher les raisons pour lesquelles, globalement, il est si mal compris. Ceux qui sont impliqués n’avoueront jamais leur stupidité. De plus, théologiquement, les marchés sont sacro-saints. On peut faire quelques reproches aux ex-spéculateurs les plus en vue ou les plus malhonnêtes, mais non aux autres participants, si récemment enchantés et désormais désenchantés. Les questions les moins importantes sont les plus vivement discutées :
    Qu’est-ce qui a déclenché le krach ? Des facteurs particuliers ont-ils joué pour qu’il ait été si terrible, si violent ? Qui faut-il punir ? L’un des postulats de l’orthodoxie du marché actuellement à l’honneur est, on l’a dit, la perfection inhérente au dit marché. Il peut refléter des besoins artificiels ou frivoles ; il peut être déformé par le monopole, la concurrence imparfaite ou des erreurs d’information, mais, en dehors de cela, il est intrinsèquement parfait. Et pourtant, de toute évidence, l’épisode spéculatif où la hausse provoque la hausse est interne au marché lui-même. Et le krach, son point culminant, l’est aussi. Cette idée étant théologiquement inacceptable, il est nécessaire de chercher des influences extérieures – citons, pour les cas les plus récents, le retournement de tendance de l’activité économique pendant l’été 1929, le déficit budgétaire des années 1980 et les « mécanismes boursiers » qui ont entraîné le krach de 1987. En l’absence de ces facteurs, on présume que les cours seraient restés hauts et auraient continué à monter, ou alors qu’ils auraient connu un lent déclin indolore. Si l’on voit les choses ainsi, on peut absoudre le marché de toute dynamique interne conduisant obligatoirement à l’erreur. Rien dans la vie économique n’est si délibérément mal compris que le grand épisode spéculatif.
    Il reste une dernière question : peut-on faire quelque chose ? et quoi ? La chute périodique dans la démence n’est pas un trait merveilleusement séduisant du capitalisme. Son coût humain n’est pas négligeable, ses effets économiques et sociaux non plus. Aux lendemains du krach de 1929, les dégâts furent considérables, et, on l’a vu, contribuèrent manifestement à la dépression qui suivit. Après 1987 – et c’est encore vrai aujourd’hui -, il y a eu le lourd résidu de la dette due à l’exercice du levier, le choc des exigences de l’intérêt et de celles de l’investissement pour produire et innover, et enfin le traumatisme de la banqueroute. Sans compter l’effet persistant des pertes subies dans les junk bonds par les individus et les fonds de retraite.
    Cependant, au-delà d’efforts pour que soient mieux compris la tendance à la spéculation et le processus spéculatif lui-même, il n’y a probablement pas grand-chose à faire. Une réglementation déclarant hors la loi la crédulité financière et l’euphorie collective n’est pas une possibilité pratique. Pour l’appliquer de façon exhaustive à ces comportements humains, il faudrait un corpus de lois impressionnant, probablement oppressif et à coup sûr inefficace.
    Le seul remède, en fait, ce serait un scepticisme renforcé, qui associerait résolument l’optimisme trop affiché à l’imbécillité probable, et ne lierait pas l’intelligence à l’acquisition ni à l’emploi – ni non plus à la gestion, d’ailleurs – de grosses sommes d’argent. Voici l’un des principes infaillibles qui devront guider l’investisseur et, cela va sans dire, le gestionnaire de caisse de retraite ou d’autres fonds « institutionnels » : lorsque quelqu’un est en étroite relation avec l’argent, il est possible et même probable qu’il soit imbu de sa personne et qu’il tende à l’erreur jusqu’à l’extravagance. Puisse-t-on voir dans cette règle aussi la leçon durable de cet essai.
    Autre règle : quand un climat de surexcitation envahit un marché ou entoure une perspective d’investissement, quand on parle d’occasion unique fondée sur un flair exceptionnel, que tous les gens sensés mettent les chariots en cercle ! L’heure est à la prudence ! Peut-être y en a-t-il vraiment une, d’occasion. Peut-être existe-t-il, ce trésor au fond de la mer Rouge. Mais une longue histoire nous prouve qu’aussi souvent ou plus souvent, il n’y a là que tromperie et autosuggestion.
    En concluant un essai comme celui-ci, nul ne peut espérer échapper à deux questions : quand viendra le prochain grand épisode spéculatif ? et sur quoi portera-t-il – l’immobilier, les titres, les objets d’art, les voitures de collection ? Eh bien, il n’y a pas de réponse. Personne n’en sait rien, et celui qui prétend savoir ne sait pas qu’il ne sait pas. Mais une chose est certaine : il y aura un autre épisode, et d’autres encore après lui. Oui, comme on le dit de longue date, les imbéciles sont tôt ou tard séparés de leur argent. Le sont aussi, hélas, ceux qui, répondant à un climat général d’optimisme, se laissent prendre au sentiment de leur propre flair financier. Il en est ainsi depuis des siècles. Et il en sera ainsi pour longtemps.

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