Changes et Devises

L’euro, dans sa forme actuelle, nécessairement disparaitra. Reste à savoir quand? par Pierre Leconte

L’euro, dans sa forme actuelle, nécessairement disparaitra. Reste à savoir quand? par Pierre Leconte

 

Pour trois raisons au moins, l’euro, dans sa forme actuelle, nécessairement disparaitra:

1/ Une raison existentielle (ontologique pourrait-on dire) d’abord.

 L’histoire démontre qu’aucune monnaie fiduciaire de papier ne peut être créée ex nihilo (à partir de rien) par un simple décret d’un ou de plusieurs Etats, au surplus imposée à des peuples qui n’en voulaient pas à l’origine et qui ne lui font toujours pas confiance, puisque toute monnaie ne peut s’imposer qu’à la suite d’un lent processus d’adhésion volontaire et partagé de la part des populations appelées à l’utiliser.

Raison, d’ailleurs, pour laquelle l’adoption des DTS (un concept basé sur panier de monnaies -comptabilisées selon des pourcentages aléatoires- donc manipulable à l’infini), purement abstrait et coupé des réalités économiques, du FMI (institution sans légitimé populaire dominée par les USA) ou toute autre innovation du même style, comme monnaie mondiale visant à se substituer au dollar US, ne fonctionneraient pas non plus.

Victimes de la double illusion constructiviste et supra-nationale, les créateurs de l’euro ont aussi crû que la monnaie unique européenne conduirait nécessairement à une convergence des économies qui l’adopteraient puis, ultérieurement, à une union politique fédérale renforcée, alors que c’est le contraire qui se produit. Étant donné que l’euro, donnant l’illusion qu’il s’agirait d’un deutschemark-bis, a permis à beaucoup d’États qui n’avaient pas les moyens ultérieurs suffisants de remboursement de s’endetter follement à l’abri supposé du parapluie allemand, lequel se révèle absent à l’heure des comptes puisque l’Union européenne n’est pas une union fédérale mais une association d’États-nations indépendants.

Nous ne visons pas seulement les PIIGS à ce sujet mais aussi les grands pays tels la France dont Sarkozy, son calamiteux président keynésien, a doublé l’endettement en mois de 5 ans, ce qui posera prochainement de très graves problèmes à ce pays!

On lira avec profit sur cette question de l’endettement étatique et privé le livre de Jacques Attali intitulé “Tous ruinés dans dix ans?”, publié en 2010 chez Fayard, en particulier le chapitre 6, “le scénario du pire”; la partie solutions à savoir les chapitres 9 et 10 dudit livre étant évidemment à ne pas retenir puisque l’auteur s’y complait dans son délire socialiste, mondialiste et européiste.

2/ Une raison structurelle ensuite.

L’euro n’est en réalité qu’un signe monétaire désincarné obligatoirement destiné à imploser, parce qu’il n’est pas émis par un Etat souverain ni gagé par un actif stable et réel comme l’or mais seulement par une association de banques centrales nationales aux intérêts divergents, qui sont en désaccord sur l’interprétation des traités ayant fondé l’Union monétaire européenne comme sur les statuts de la banque centrale principale de ladite union (la BCE), d’où l’impossibilité de le gérer collectivement et solidairement.

D’autant que, prenant place dans une zone monétaire non optimale, l’euro ne convient en fait à aucun des pays que les politiciens y ont arbitrairement fait entrer sans compter que les critères de Maastricht n’ont jamais été respectés par la plupart des États-membres de la zone, la BCE ayant alors laissé faire toute cette gabegie.

Les démissions successives d’Axel Weber et de Jurgen Stark du conseil de la BCE marquant leur désaccord avec la politique monétaire laxiste de Trichet, consistant à faire acheter illégalement par la BCE les obligations d’Etat des pays sur-endettés (PIIGS) qu’ils ne peuvent pas rembourser puis à les monétiser pour pouvoir mettre toujours plus de liquidités factices à la disposition desdits Etats et des grandes banques privées européennes, comme le refus raisonnable de la chancelière Merkel de créer des eurobonds, puisque tout cela va contre les traités qui ne prévoient pas une union fédérale fiscale pas plus qu’une monétisation des créances publiques ou privées pour sauver un ou plusieurs États-membres défaillants, démontrent que la principale puissance de la zone euro l’Allemagne n’est pas prête à la mutualisation des dettes nationales actuelles et/ou futures (qui la ruinerait) donc à aller plus loin dans le partage de la même monnaie. Laquelle, par ailleurs, a déjà ruiné les pays faibles qui l’ont adoptée (comme leurs populations) parce qu’ils ne peuvent pas rester compétitifs avec une monnaie aussi chère pour eux, ni appliquer des plans dits “de rigueur” leur faisant subir en quelques mois les ajustements dorénavant exigés par le FMI qu’ils n’ont pas effectués depuis des dizaines d’années. Cependant Merkel, que sa formation marxiste dans l’ex Allemagne de l’Est empêche de comprendre l’économie de marché capitaliste et dont la personnalité est trop hésitante pour trancher dans le vif, continuera à louvoyer jusqu’à ce que les électeurs allemands excédés la renvoient.

3/ Une raison conjoncturelle enfin.

 L’euro, en compétition avec le dollar US qui demeure la monnaie de réserve mondiale parce qu’émise par le principal Etat et la première puissance économico-militaire de la planète (même très affaiblie), ne pourra jamais remplacer le dollar US ni plus tard ne parviendra pas non plus à s’imposer face au yuan ou à toute autre monnaie nationale d’un Etat émergent ayant un poids économique à terme plus grand que les USA ou que la zone euro, donc des réserves de change supérieures à celles des USA ou de la zone euro. Dans le monde actuel, il n’y a qu’une seule monnaie (assurément instable) à savoir le dollar US. Ni l’euro, ni le yen, ni le yuan (encore inconvertible), ni aucune autre, n’est pour le moment capable de détrôner la monnaie américaine comme monnaie de réserve.

Quand donc l’euro disparaitra-t-il?

 Lorsque l’Allemagne devra se résoudre à laisser sortir de la zone les États-membres les uns après les autres qui feront défaut sur leurs dettes souveraines ou bien lorsque la faillite de plusieurs grandes banques privées ayant accumulé des obligations d’Etat des PIIGS dont la valeur de marché sera devenue quasi nulle sera avérée. Pour le moment, les banques centrales interviennent massivement pour tenter d’éviter cette double issue. Mais elles ne feront qu’aggraver la situation économique de l’Europe et prolonger l’inutile agonie de la monnaie unique européenne qui, d’après nous, implosera d’ici fin 2011 ou au plus tard pendant les 8 premiers mois de 2012, lorsque les marchés comprendront que la plupart des dirigeants politiques de la zone euro (et aussi Obama aux USA) perdront les élections et seront remplacés par des politiciens devant nécessairement changer la donne. Faute de quoi, le drame de l’euro pourrait se terminer par une explosion politico-sociale révolutionnaire voire des guerres en Europe.

C’est hélas au plus mauvais moment que la Banque nationale suisse a décidé, comme mesure désespérée pour tenter de stopper la hausse de la devise helvétique qu’elle rend à tort responsable du risque d’affaiblissement économique intérieur, de déterminer une parité fixe entre le franc et l’euro à 1,20. Ce qui se terminera soit par la ruine de la BNS, parce qu’elle devra acheter l’euro à guichet ouvert au moment où il s’effondrera ce que son bilan ne lui permet pas, accompagnée par une très forte inflation en Suisse; soit par l’abandon forcé de ladite parité, suivi d’une hausse vertigineuse temporaire incontrôlable du franc suisse contre l’euro. Dans les deux cas, il est à redouter que la BNS se résoudra à abandonner le franc suisse et à proposer aux politiciens suisses de rejoindre l’euro, ce qui créera une crise politique majeure à l’issue incertaine en Suisse avec un éclatement possible de la Confédération helvétique! Car c’est bien d’un complot mené par les européistes suisses contre les partisans de l’indépendance nationale dont il s’agit. Les manœuvres de la BNS ne changeront pas à court terme la situation de la Suisse qui ne souffre pas d’avoir une monnaie forte mais d’une insuffisance criante de compétition intérieure et d’ententes plus ou moins cachées entre ses principales entreprises locales (importateurs et distributeurs notamment) pour maintenir les prix les plus élevés possibles au détriment des consommateurs (lire notre commentaire précédent du 20 août 2011 sur ce site). Le plus triste c’est que la BNS vient de faire perdre près de 2 milliards de CHF à un trader de l’UBS qui n’avait pas prévu l’instauration de la parité à 1,20 mais aussi beaucoup plus à de nombreuses entreprises locales qui prévoyaient la continuation du “franc fort”!

SOURCE ET REMERCIEMENT : FORUM MONETAIRE DE GENEVE


En savoir plus sur Le blog A Lupus un regard hagard sur Lécocomics et ses finances

Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.

1 réponse »

Laisser un commentaire