Armes de destruction massive et globalisée: La bulle latente et discrète des instruments financiers

Armes de destruction massive :  La bulle latente et discrète des instruments financiers

Le nombre de produits financiers explose. Sur une base relativement modeste de sous-jacents qui évolue peu.

L’extraordinaire foisonnement des produits financiers défie l’imagination. La World Federation of Exchanges (WFE) recense moins de 50.000 sociétés cotées dans le monde et les estimations les plus optimistes en dénombrent un maximum de 70.000. Environ 5000 d’entre elles représentent 95% de la capitalisation boursière globale. En comprenant les obligations émises par les états, les collectivités locales, les sociétés côtés, les sociétés non cotés, les indices et quelques fonds à stratégie non reproductibles, le nombre total de sous-jacents au niveau global n’excèderait pas 400.000 produits fondamentaux. Sur cette base, somme toute raisonnable à l’échelle planétaire, le système financier a produit des centaines de millions de produits financiers. Dérivés, fonds, hedge funds, produits structurés et autres combinaisons plus ou moins complexes des quelques actifs directement liés aux émetteurs de l’économie productive se multiplient. Et le rythme s’accélère.

L’émission des seuls produits structurés affiche des chiffres vertigineux en hausse accélérée. Plus de 350.000 produits structurés ont été émis en Allemagne au mois de juillet seulement. On estime la moyenne d’émission quotidienne entre 8000 à 10.000 par jour. Près de 40.000 ont vu le jour en Suisse en 2010 et les chiffres des sept premiers mois laissent présager une hausse de 37,5% à 55.000 cette année. Pour mémoire, en 2007, ce nombre n’était que de 2000 par mois soit la moitié. Autre marchés particulièrement actifs, Singapour et Hong Kong avec près de 10.000 et 15.000 émissions respectivement au mois de juillet. Les autres grands acteurs mondiaux sont la Grande-Bretagne, la France et les Etats-Unis bien que ces derniers soient plus modestes relativement à la taille de leur marché.

En Grande-Bretagne, ces actifs ont cru de 48% entre 2008 et 2009 et de 13% entre 2009 et 2010 pour atteindre 52 milliards de livres sterling. Les ventes de notes structurées aux Etats-Unis ont affiché une hausse de 39% entre 2009 et 2010. Naturellement seuls les produits cotés sont comptabilisés. Les chiffres ne tiennent pas compte des produits de gré à gré. En Suisse, on peut facilement doubler les données disponibles.

PLUS DE RISQUES EN SUIVANT :

Il est vrai qu’il y a quinze ans, ces produits étaient entièrement fabriqués à la main et nécessitaient un investissement minimum de 5 millions de dollars. Largement construits à l’aide de logiciels, ces produits sur-mesure se sont aujourd’hui banalisés et visent une clientèle retail infiniment plus modeste qui peut y accéder pour quelques dizaines de milliers de francs suisses.

Le concept existe depuis longtemps mais les nouvelles générations utilisent des structures de dérivées de plus en plus complexes afin de répondre à toutes sortes de combinaisons de risques et de rendements. Les banques se tournent, par exemple, vers des structures dynamiques algorithmiques pour exploiter les cycles de taux d’intérêt. En août, UBS a lancé UBS-Mistral (Multi Indicator Short Term Rate Algorithm) un algorithme qui identifie les facteurs fondamentaux des tendances de taux en utilisant un ensemble d’indicateurs avancés pour prendre des positions à terme. L’objectif est de prévoir les mouvements de taux et de les exploiter que ces taux soient en hausse, en baisse ou stables.

Quelle valeur apportent réellement ces produits aux investisseurs? Les institutions financières utilisent des instruments mathématiques de plus en plus sophistiqués et semblent faire preuve d’une imagination sans limite – largement pour diversifier leurs sources de revenus – mais nombre de ces constructions savantes obtiennent des résultats décevants, inférieurs aux indices. Il semble bien que nombre d’investisseurs américains et asiatiques, désappointés par la performance des fonds et autres structures  compliquées, se tournent vers les actions individuelles et les ETF. Cela leur coute moins cher en commissions et en frais. John Fraser, président et CEO d’UBS Asset Management, a déclaré récemment au Financial Times que  «de plus en plus d’investisseurs, plus particulièrement en Asie, achètent des titres individuels et des produits structurés. En réaction à la (faible) performance des fonds sur les marchés volatiles et au montant des frais».

Nicolette de Joncaire/AGEFI OCT11

EN COMPLEMENT : Trop complexes à en perdre son latin

Le secteur financier est le premier à s’être globalisé. Ce constat vient de Robert Cobbaut, professeur d’économie financière à l’Université Catholique de Louvain. Il a présenté jeudi le livre « Gestion de portefeuille » co-écrit avec Roland Gillet (professeur de finance à la Sorbonne et à Solvay) et Georges Hübner (professeur Deloitte de gestion financière).

Robert Cobbaut a ajouté que le secteur financier est aussi celui qui a poussé le plus loin sa globalisation, avec toutes les conséquences que cela signifie. « Ceci a été possible grâce à au caractère plus ou moins standardisé des produits financiers, contrairement à l’industrie. Ceci a eu une influence importante et déstabilisante sur la dynamique des prix » .

« Cette conséquence a amené la prédominance de la finance de marché » souligne-t-il. « Dans la finance de marché, la banque n’intervient en principe que comme intermédiaire technico – commercial au moment de l’émission des titres » en opposition à un suivi continu du crédité, ajoute-t-il. « Ceci l’amène à structurer de manière plus complexe et moins transparente ses produits, avec des conflits d’intérêt manifestes« .

Cette sophistication des produits financiers pose aujourd’hui de nombreux problèmes.

—> Elle mène à l’ambivalence des produits financiers: ceux-ci peuvent à la fois servir de hedging et de spéculation (cfr les CDS) selon Cobbaut.

—> Elle implique une sophistication des acteurs de la finance. « On voit des gens qui prennent la finance comme des mathématiques ou des sciences exactes, ce qui n’est pas le cas de la finance. Ce côté rigoureux est dangereux » souligne Roland Gillet. « On a voulu que les comptables fassent de la finance » ajoute-t-il. « Résultat, ils ne savent plus ce qu’ils mesurent« .

—> Cette sophistication empêche une mesure correcte des actifs de la banque. « J’ai rencontré des dirigeants de banque qui m’ont avoué ne pas savoir ce que vaut leur banque pour cette raison » constate Gillet.

—> Les mesures employées, comme le mark-to-market, posent quelques problèmes. « Elles peuvent donner des résultats contradictoires lorsqu’il s’agit de corriger la trajectoire de la société » relève Gillet.

—> Cette sophistication brouille complètement la notion de risque/rendement d’un placement.

—> »Si un gestionnaire de portefeuille inclut des dérivés, la manière dont il estime son portefeuille n’est plus la même que s’il investit uniquement en actions » souligne Georges Hübner.

A la lumière de ce qui se passe avec Dexia, ceci donne à réflechir.

Dans le passé, chaque société qui s’est trop aventurée avec des produits complexes et qui s’est prise pour un hedge funds s’est souvent retrouvé en faillite. Ce fut le cas d’Enron. Parmalat aussi. Celui de Lernout&Hauspie. Celui de Lehman Brothers. Et la liste continue.

Les hedge funds font aussi faillite. Souvenons-nous de LTCM.

Posté le 7 octobre 2011 par Jennifer Nille

SOURCE ET REMERCIEMENTS : FAIR TRADE

 http://blogs.lecho.be/fairtrade/2011/10/trop-complexes-%C3%A0-en-perdre-son-latin.html

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