Art de la guerre monétaire et économique

Les US redessine le bouquet énergétique mondial

Les US redessine le bouquet énergétique mondial

 Au moment du choc pétrolier de 1973, le président américain Richard Nixon avait promis que les Etats-Unis parviendraient à l’indépendance énergétique dans un délai de sept ans. Les choses ne se sont pas déroulées tout à fait comme il l’espérait. En 1973, les importations nettes de pétrole fournissaient aux Etats-Unis 35% de leurs besoins. Sept ans plus tard, elles en couvraient 37%, et en 2005, 60%.

Aujourd’hui, cette tendance est en train de nettement s’inverser. Sur les 12 mois de juillet 2010 à août 2011, les importations nettes ont couvert seulement 46% de la demande de pétrole du pays. De la même façon, ses importations nettes de gaz naturel sont passées de 4% de la consommation en 1973 à un pic de plus de 16% en 2007, mais elles sont redescendues sous 9% pendant l’année qui s’est terminée en août.

Ce n’est pas encore l’indépendance énergétique. Mais de même que dans les années 70, la dépendance énergétique des Etats-Unis avait des conséquences à l’échelle mondiale, ce renversement de tendance, quatre décennies plus tard, en aura également.

source Wall Street Journal

[OILHERD]

Pour ce qui est du gaz naturel, l’exploitation des gisements de schiste bitumineux a provoqué une surabondance de l’offre aux Etats-Unis et a déprimé les prix. Malgré les encouragements à utiliser davantage de gaz naturel, la demande n’a pas rattrapé l’offre. C’est pourquoi des groupes comme Cheniere Energy (LNG) veulent à présent liquéfier et exporter du gaz naturel pour profiter de l’écart entre les prix faibles pratiqués aux Etats-Unis et ceux beaucoup plus élevés qui prévalent en Europe et en Asie.

Tirer parti de cet écart de prix sera un enjeu majeur sur le marché du gaz naturel au cours de la décennie à venir. Exporter du gaz naturel réduirait l’offre nationale, et ferait grimper les prix. D’un point de vue politique, ce n’est pas si simple. Selon Michael Levi, du think tank américain Council on Foreign Relations, ceux qui profitent de la saturation du marché du gaz naturel – principalement les producteurs d’électricité, les groupes pétrochimiques et les consommateurs qui se chauffent au gaz – sont politiquement plus organisés que les producteurs et exportateurs de gaz naturel. L’argument selon lequel le gaz ne devrait pas être exporté sous sa forme brute mais plutôt à travers des biens « made in USA » qu’il aura servi à fabriquer sera difficile à balayer.

Quoi qu’il en soit, la surabondance de gaz aux Etats-Unis affecte déjà d’autres marchés. Des méthaniers dont la cargaison était initialement destinée aux Etats-Unis ont dû être envoyés ailleurs. Pour des groupes qui jouissaient jusque là d’une emprise sur certains marchés tels que l’Europe – on peut penser au russe Gazprom – l’arrivée de cette offre concurrente pose problème.

Pour ce qui est du pétrole, les importations nettes des Etats-Unis, en données annualisées, sont passées de près de 13 millions de barils par jour fin 2006 à un peu moins de 9 millions de barils par jour aujourd’hui. La demande apparente a diminué d’environ 1,5 million de barils sur la même période. Mais alors que les Etats-Unis importaient plus de 2,5 millions de barils par jour de produits pétroliers raffinés, le pays est maintenant devenu un exportateur net.

La production américaine d’hydrocarbures liquides augmente aussi. Bank of America Merrill Lynch Global Research estime que la production d’huile de schiste du pays devrait monter à plus de 2,5 millions de barils par jour d’ici à 2015. Mais si le rythme de croissance actuel se maintenait, BofA estime qu’elle pourrait atteindre plutôt 5,5 millions de barils, soit près du double de la production de la mer du Nord.

Il faut également considérer l’augmentation de la production de biocarburants et les obstacles structurels au redressement de la demande, tels que le durcissement des normes de consommation de carburants pour les véhicules. Si l’on additionne tous ces facteurs, « on se retrouve soudain avec des importations (de pétrole) divisées par deux » par rapport aux niveaux antérieurs à la crise, estime Francisco Blanch, responsable de la recherche pour les matières premières chez BofA.

Compte tenu de la hausse de la demande des marchés émergents, cette évolution des importations américaines ne devrait pas provoquer d’effondrement des prix du pétrole. Mais elle pourrait limiter les hausses, en particulier si elle renforce le dollar. Une diminution des importations de pétrole et une augmentation des exportations nettes de produits raffinés à valeur ajoutée vont réduire le déficit commercial des Etats-Unis. Cela fera également ressortir les points forts structurels de l’économie américaine par rapport à d’autres régions, en particulier la Zone Euro.

L’Europe souffre d’une baisse de productivité, alors que cette dernière est cruciale pour compenser les coûts énergétiques de production, et elle est déjà très dépendante des importations d’énergie. Sans même tenir compte de la crise de la dette de la zone euro, les richesses énergétiques nouvellement exploitées des Etats-Unis devraient conforter l’avance du pays pendant la décennie à venir.

-Liam Denning, The Wall Street Journal nov11

http://online.wsj.com/article/SB10001424052970203764804577060443747706490.html

1 réponse »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s