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Méfions-nous des tigres successifs par Andreas Höfert

Méfions-nous des tigres successifs par Andreas Höfert

L’économie tient plus du discours et de la narration que de la science. Et les métaphores sont légions. Mais pas nécessairement adéquates

Bien souvent des figures métaphoriques sont utilisées qui ne vont pas au fond des choses et s’avèrent pour cette raison dangereuses. L’une des plus usées est celle de pays dit «tigres». Chaque époque a les siens.

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Il y eut d’abord les quatre «petits» tigres asiatiques (Japon, Corée, Hong Kong et Singapour), suivi des quatre bébés tigres (Malaisie, Indonésie, Thaïlande et Philippines) et du grand tigre (Chine). Puis le concept du tigre a dépassé l’Asie. Nous avons eu droit en Europe aux tigres baltiques (Estonie, Lettonie, Lituanie), celtique (Irlande) et ibérique (Espagne), ainsi qu’au tigre Tatra  (Slovaquie). Dubaï, il n’a pas si longtemps encore, était surnommé «tigre du Golfe».

Le point commun de tous ces pays? Des taux de croissance extraordinairement élevés en comparaison à la norme durant une certaine période de leur évolution. Ces taux de croissance servaient souvent de prétexte aux observateurs pour élaborer des thèses sur des modèles économiques à suivre: le Japon, par exemple, avec la mode des cercles d’excellence et des keiretsu qui sévissait à la fin des années 1980.

Cependant pour ceux qui connaissent un peu la théorie économique il convient de relever que les taux de croissance de tous ces tigres n’étaient pas aussi spectaculaires et extraordinaires que ça. Pourquoi? Parce qu’ils reflètent simplement ce que l’on nomme la convergence économique. Sous certaines conditions institutionnelles, des pays considérés comme pauvres ont tendance à rattraper les pays riches et, en conséquence, à connaître des taux de croissance plus élevés.

De plus, ces mêmes pays ont tendance à voir le taux de change réel de leur monnaie (c’est-à-dire corrigé par les niveaux de prix domestiques et étrangers) s’apprécier. Ce qui signifie soit que leur monnaie s’apprécie, soit que leur taux d’inflation est plus élevé que celui des pays qu’ils rattrapent.

Si les taux d’inflation sont élevés, il n’en est souvent pas de même pour les taux d’intérêts de ces pays, qui ont tendance à rester bas. En effet, les flux de capitaux internationaux adorent les tigres. Un tel environnement rend ces pays sensibles aux risques de bulles de crédit et d’actifs financiers (par exemple leurs marchés immobiliers), ce qui – comme chaque bulle a besoin d’une base narrative – renforce encore le concept de «tigre» et l’attractivité du pays en question pour l’investisseur, tout au moins au début du récit.

Cependant, lorsque l’on regarde la liste de tigres, on constate que la plupart ont connu des fortunes plus ou moins mauvaises. Ainsi, le Japon ne s’est jamais vraiment remis de l’éclatement des bulles de ses actions et de son immobilier au début des années 1990. Les autres tigres de la région ont vu leurs bonds s’arrêter net lors de la crise asiatique en 1997, même si certains se sont bien repris depuis. A la suite de la crise financière, les tigres baltiques ont plongé dans des dépressions qu’ils sont juste en train de quitter. Les tigres celtique et ibérique font partie, depuis cinq ans, des vilains petits canards de la zone euro. Le tigre du Golfe enfin, a dû être renfloué il n’y a pas si longtemps par son voisin Abu Dhabi.

Ces derniers temps, les métaphores des tigres teutonique (Allemagne) et helvétique (Suisse) et plus récemment du tigre polonais sont apparus. Il est vrai que ces trois pays s’en sortent plutôt mieux dans un environnement de post-crise financière et de crise de l’euro. Mais si la narration du tigre venait vraiment à prendre, il faudrait s’en méfier. Chaque tigre financier, n’est en fin de compte qu’un tigre de papier.

Andreas Höfert Chef économiste d’UBS Wealth Management/Agefi

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