Analyse d'un secteur économique particulier

La France gagnerait à mieux aimer les entreprises!

La France gagnerait à mieux aimer les entreprises!

Le rôle du pouvoir français n’est pas d’interdire ou de freiner une fermeture d’usine, mais de rénover, de reconstruire les conditions-cadres d’une activité industrielle

Les problèmes du groupe PSA en France et le déclin de la filière automobile ont quatre origines principales: une nette surcapacité des équipements – les usines de PSA tournent au mieux à 60-65% de leur capacité quand celle des constructeurs allemands est à plus de 85% –, une taille trop petite pour profiter à plein des économies sur les achats de composants et leur standardisation, un coût du travail trop élevé par rapport à d’autres pays de production, une offre qui s’est trop enfermée dans le segment des voitures petites et moyennes et, pour PSA, un positionnement orienté sur le marché européen, qui s’est effondré. Face à tant de défis, ni les moulinets verbaux ni les mesurettes d’accompagnement ne répondent à un problème endémique, à un risque systémique pour l’industrie française, tant le poids de l’automobile y est grand.

A l’annonce de la fermeture de l’usine d’Aulnay en 2014, les premières réactions du pouvoir politique socialiste ont été indignes de la situation. Il y avait une forme de culot chez Hollande, Montebourg et autres à demander aux dirigeants et aux propriétaires de Peugeot de rendre des comptes là où toute une classe politique française peine à en rendre depuis tant d’années de déficits. Ensuite, les mesures proposées qualifiées d’«offensives» – facilités de financement pour les équipementiers, bonus écologiques pour les véhicules électriques et hybrides – ne sont que des micro-pansements.

Le rôle du pouvoir français n’est pas d’interdire ou de freiner une fermeture d’usine à l’état de mort clinique depuis plusieurs années, mais de rénover, de reconstruire les conditions-cadres d’une activité industrielle. Or, ce débat-là va rarement plus loin que quelques envolées verbales. Une ou plusieurs fermetures d’usines automobiles sont inévitables en France. L’urgence porte sur la définition et l’enclenchement d’une politique de long terme qui mêle à la fois les questions de fiscalité des entreprises, de charges sociales, d’allègement des rigidités du Code du travail, de temps de travail, de soutien à l’innovation, de formation. Cela doit même englober une amélioration de la très médiocre culture économique des Français. Eh oui, faire davantage aimer les entreprises, parler de leurs marges trop faibles et de leurs coûts trop élevés!

La réponse sensée aux maux du jour n’est donc pas dans les mesures «balladurettes», «jupettes» ou «montebourgettes», ou pire dans l’interdiction des licenciements, mais dans une forme de livre blanc de réformes courageux et crédible. Avec une stratégie et un calendrier. Il existe plusieurs réflexions élaborées en France, souvent de grande qualité, comme les travaux de Michel Camdessus. Mais toutes ont fini au fond des tiroirs. Par manque de courage.

Par Ignace Jeannerat/Le Temps juil12

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