Art de la guerre monétaire et économique

Bataille d’économistes dans un panier de crabes américain

Bataille d’économistes dans un panier de crabes américain

Bataille d’économistes dans un panier de crabes américain Au-delà des querelles partisanes, un consensus est parfois possible à l’aube d’une élection, même au sein des économistes. Le blog Planet Money (npr.org) a par exemple publié cet été un programme en six points accepté par un aréopage d’économistes réputés mais de bords politiques différents

La classification des économistes selon leur camp politique est un jeu en vogue à l’orée des élections américaines. Le peuple veut des noms et les obtient. Les républicains consultent Economistsforromney.com et les démocrates Econ4obama.blogspot.com.

Si un camp affiche un Prix Nobel, il double ses points. Pourtant, rien n’est plus trompeur que cet argument. L’économiste récompensé pour ses travaux sur l’asymétrie d’informations serait-il expert d’un domaine éloigné de son domaine de prédilection, par exemple la santé ou les finances publiques? Le meilleur exemple de cette omniscience de façade nous est fourni par le Prix Nobel 2008 Paul Krugman, récompensé pour ses modèles sur le commerce international et non, comme certains pourraient le croire, pour ses chroniques dans le New York Times . Cet étatiste de la première heure propose sans fin les recettes qui ont conduit la zone euro dans une crise existentielle et la Grèce à la faillite. A tous les problèmes, la solution est identique: qu’un pays soit déjà criblé de dette, ou non, que la quote-part de l’Etat dépasse la moitié des richesses nationales ou non, il faut accroître les dépenses publiques, la taille de l’Etat et creuser les déficits. Dans son dernier livre, End the Depression Now, Krugman répète d’ailleurs le même refrain socialiste. Mais, Nobel oblige, quiconque réfute ses arguments se voit reprocher une attaque de la science. Pour reprendre Standpoint qui s’en prend au rating de Krugman, ce n’est pas parce que Paul McCartney a été récompensé pour «Yesterday» qu’il faut écouter «Mull of Kintyre».

PLUS DECO ET MOINS DE KRUGMAN E? SUIVANT :

Ce n’est pas un hasard si, le 10 décembre 1974, lors de la remise de son célèbre prix, Friedrich von Hayek avait surpris la noble assemblée: «Si j’avais été consulté sur la création d’un Prix Nobel d’économie, je m’y serais opposé», avait-il osé. Il craignait une amplification des modes au sein des courants scientifiques. Et il ajoutait que le prix «confère à un individu une autorité que personne en économie ne devrait détenir». On retrouve ici sa notion de dispersion du savoir et sa définition du marché. Il poursuivait: «Il n’y a aucune raison pour laquelle un homme apportant sa contribution à la science économique serait compétent sur tous les sujets»1. Il proposait un serment d’Hippocrate pour que l’économiste ne se prononce jamais en public au-delà de ses limites de compétence.

Au-delà des querelles partisanes, un consensus est parfois possible à l’aube d’une élection, même au sein des économistes. Le blog Planet Money (npr.org) a par exemple publié cet été un programme en six points accepté par un aréopage d’économistes réputés mais de bords politiques différents, dont un économiste de centre gauche, Dean Baker, le libertaire Russ Roberts, un démocrate comme Robert Frank, l’auteur de Saving Capitalism from the Capitalists (2003) ou Luigi Zingales, qui se qualifie de pro-marché et non pro-business. Tous se retrouvent sur le besoin de:

– éliminer la déduction fiscale des hypothèques pour éviter l’incitation à l’achat immobilier et les distorsions de marché;

– éliminer la déduction fiscale pour les entreprises offrant une assurance maladie aux employés pour réduire les distorsions dans la santé;

– éliminer complètement l’impôt sur le revenu des entreprises pour encourager les entreprises à réinvestir dans leur domaine.

– éliminer tous les impôts sur le revenu et les cotisations sociales. Les impôts découragent ce qui est taxé, en l’occurrence les revenus et les emplois. Mieux vaudrait imposer la consommation que les revenus et le travail;

– taxer les émissions de carbone. C’est un impôt sur la consommation et une incitation à ne pas polluer;

– légaliser la marijuana. La politique de criminalisation n’a pas fonctionné. Elle coûte une fortune et ne profite qu’aux distributeurs de drogues.

La politique avancée par ces économistes réduirait sans doute les distorsions de prix et l’incertitude qui pénalise l’investissement et la croissance. Cette incertitude a été mesurée par Scott Baker. Ses critères intègrent les références médiatiques à l’indécision politique, l’étendue des désaccords sur les prévisions de recettes et de dépenses budgétaires et l’inflation. Scott Baker estime que l’incertitude a coûté 2,5 millions d’emplois entre 2006 et 2011.

A l’approche des élections présidentielles, l’incertitude s’accroît forcément. Or les désaccords sur la croissance future sont énormes. Les prévisions conjoncturelles de l’administration Obama présentées cet été prévoient pour 2012 une hausse du PIB de 2,6%, contre 2,0% pour le consensus des économistes privés. L’écart se réduit en 2013 (2,6% et 2,5%) mais augmente en 2014 (4% et 3,1%) et 2015 (4,2% et 2,9%). Paul Krugman s’est également immiscé dans ce débat. Pour lui, sans surprise, l’incertitude porte sur le manque de volonté des républicains de relever le plafond de la dette. Comme tout porte à croire que l’électeur suivra Krugman et élira Barack Obama, la tendance de la dette américaine reste résolument orientée à la hausse. Pour la financer, la politique de répression financière devrait se poursuivre de longues années. Cette politique, qui conduit à taxer le capital et l’épargne, rémunérés en dessous du niveau d’inflation, pénalisera les détenteurs d’obligations du Trésor. Une récente étude du FMI2 observe que leurs détenteurs, au fur et à mesure de la baisse des taux, sont de plus en plus les résidents et non plus les investisseurs étrangers. Une baisse des rendements de 10 points de % correspond à un recul de 10 points de % de la part des étrangers.

1. «Wall Street Journal», 3 septembre 2004.

2. «Governement Bonds and Their Investors, What are the Facts and Do they Matter?», IMF.

Par Emmanuel Garessus

2 réponses »

    • C’est une parfaite courroie de transmission idéologique du système kleptocratique en place !!! Qu’il ai tord ou raison n’a donc foncièrement aucune espèce d’importance…

      J'aime

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