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Obligataire: Le gouvernement Français a de bonnes conditions de financement que les fondamentaux ne justifient pas.

Obligataire. Le gouvernement Français a de bonnes conditions de financement que les fondamentaux ne justifient pas.

Curieuse exception française en matière de taux d’intérêt

(Reuters)Quarterly real GDP growth

Depuis le début de la crise financière mondiale, le gouvernement français bénéficie de bonnes conditions de financement grâce à de faibles rendements obligataires. Toutefois, il nous semble que les fondamentaux budgétaires ne justifient pas un écart de rendements aussi faible avec les «Bunds allemands». En effet, alors que l’Italie et l’Espagne versent un intérêt supérieur de 2,3% à celui de la France sur leur dette, leur balance courante (pondérée du PIB) est inférieure de «seulement» 5,6% à celle de l’Allemagne, contre 9% pour la France. En fait, cette dernière affiche un déficit de sa balance courante de -2,2% alors que l’Italie et l’Espagne sont en excédent depuis la fin de l’année dernière.

 

Outre la détérioration de sa solvabilité, la France a vu son potentiel de croissance dégringoler ces vingt dernières années. Cela s’explique largement par la forte érosion de sa base industrielle, qui ne représente maintenant plus que 12,8% de son économie, contre 24,1% en 1980. Le pays pâtit en effet d’une perte de compétitivité considérable. En effet, alors que le coût unitaire de la main-d’œuvre s’est envolé de 46% depuis 1991, contre 25% en Allemagne, la productivité n’a gagné que 21%, contre 36% en Allemagne. L’accroissement du niveau d’endettement (lié aux importants déficits) et le faible potentiel de croissance ne peuvent qu’aggraver les ratios de la dette, exerçant une pression haussière sur les rendements obligataires.

 French government spending   French jobless claims and growth 

Le système bancaire constitue une autre source potentielle de pression haussière sur les rendements. Les banques françaises sont trop grandes, trop endettées (fonds propres insuffisants par rapport à la base de capital) et, dans un contexte marqué par la surévaluation de l’immobilier résidentiel, de plus en plus exposées au marché immobilier et à ses créances douteuses en augmentation; elles sont également fortement exposées aux actifs étrangers. Avec une base d’actifs totaux de 8500 milliards d’euros, les «institutions financières monétaires» en France représentent 4,2 fois le produit intérieur brut (PIB), contre 0,9 aux Etats-Unis ; quant à l’exposition des banques françaises à l’étranger, elle équivaut à 102% du PIB, contre 21% outre-Atlantique, rendant le système bancaire du pays vulnérable à une faible reprise mondiale. La récente hausse des prêts non productifs en Italie et en Espagne, par exemple, illustre bien le danger, les banques françaises étant exposées à hauteur de 56 milliards de dollars aux banques de ces deux pays.

Pourquoi les rendements sont-ils alors restés jusqu’ici maîtrisés ? Premièrement, il existe une source incompressible de demande d’OAT (obligations assimilables du Trésor français), notamment liée aux exigences réglementaires concernant les fonds de pension. Les rendements français ont vraisemblablement également tiré parti du reflux des investisseurs obligataires en euros du marché de la zone périphérique. En outre, du fait du soutien offert par la Banque centrale européenne (BCE), les investisseurs ont écarté de leur esprit les risques de défaillance et de hausse des rendements. Toutefois, avec 56% des emprunts d’Etat français en mains étrangères, tout effritement de la confiance pourrait déclencher des ventes massives sur le marché obligataire de l’Hexagone. Si, dans cette hypothèse, la BCE parvient à plafonner les rendements, il est néanmoins difficilement envisageable qu’ils restent à leur bas niveau actuel de 2,3%.

Si l’on ne tient pas compte des distorsions de prix induites par la banque centrale, les faibles écarts observés actuellement entre les rendements français et allemands ne se justifient pas. Les déficits ne sont pas viables, le potentiel de croissance souffre de l’érosion de la compétitivité et d’un secteur industriel mal en point, et le secteur bancaire est trop important, trop endetté et exposé à un marché immobilier surévalué et une fragile reprise mondiale. Une situation qui pourrait tôt ou tard inquiéter les investisseurs, contraignant les rendements obligataires français à s’adapter. A suivre…

Stéphanie kretz Lombard Odier/ AGEFI SUISSE Mercredi, 14.08.2013

http://agefi.com/marches-produits/detail/artikel/obligataire-le-gouvernement-a-de-bonnes-conditions-de-financement-que-les-fondamentaux-ne-justifient-pas.html?issueUID=391&pageUID=11684&cHash=037dcd293adb50647093ccd43a48d9e7

2 réponses »

  1. Les politiciens sont élus, les banques gouvernent
    Sans doute cela pourquoi les prêts sont faciles, Hollande ne fait rien, donc il ne gêne pas… pas encore

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  2. pour remonter le PIB Français, ne faite rien, restez à la maison et … chauffez vous, comme cela on consomme les énergies et du même coup on monte le PIB, très fort Flamby

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