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Chine: Accident ou Atentat sur Tiananmen?

Chine: Accident ou Atentat sur Tiananmen?

Un véhicule fou fonce dans la foule place Tiananmen avant de prendre feu près du portrait de Mao Un attentat suicide visant le portrait de Mao? Mystère. Les autorités chinoises ont immédiatement effacé toute trace d’une voiture folle ayant foncé dans la foule avant de prendre feu, faisant cinq morts, en plein cœur névralgique du pouvoir

Un attentat suicide en plein cœur de Pékin, visant le portrait géant de Mao, symbole du régime communiste? La porte-parole officielle du gouvernement chinois, Hua Chunying, a décliné tout commentaire lundi sur la nature exacte des événements graves qui ont fait 5 morts et 38 blessés hier à midi sur la place Tiananmen. Toutefois, un mandat d’arrêt émis par la police de Pékin, mandat que nous avons pu consulter, a été lancé à l’encontre de deux suspects originaires du Xinjiang, Youssef Ash­anti et Youssef Oumarniaz. Cette région de l’ouest du pays a été, cette année, le théâtre d’attentats et d’affrontements particulièrement violents entre les autochtones ouïgours musulmans et la police chinoise, et il semble que c’est dans cette direction que s’oriente l’enquête.

Une Jeep de type 4×4, avec à son bord trois occupants, s’est engagée à l’heure du déjeuner dans une contre-allée piétonnière menant à la porte Tiananmen, au-dessus de laquelle est accrochée la fameuse effigie de Mao Tsé-toung. Klaxonnant, le véhicule s’est frayé un chemin en heurtant sur son passage nombre de touristes et de policiers, toujours très nombreux dans ce lieu névralgique du pouvoir. C’est là qu’en juin 1989, le régime avait réprimé dans le sang la révolte des étudiants qui demandaient la démocratie.

Après une course folle de 400 mètres, la Jeep a été immobilisée par une barrière, à quelques dizaines de mètres à peine du portrait de Mao vers lequel elle semblait se diriger. «J’ai aperçu une voiture effectuer un virage, et brusquement, elle s’est retrouvée en train de rouler sur le trottoir. Cela s’est passé en un éclair», a relaté à l’Agence France-Presse un témoin direct de la scène. «C’était vraiment terrifiant.» Le véhicule s’est alors enflammé pour des raisons inconnues. Un autre témoin dit avoir «entendu une explosion».

Les trois occupants de la voiture ont brûlé vif dans leur véhicule. Selon la police, un touriste philippin a succombé à ses blessures, ainsi qu’un touriste chinois. Cinq autres touristes étrangers auraient été hospitalisés, ainsi que 33 Chinois. La police de Tiananmen, équipée en permanence d’extincteurs pour dissuader les personnes qui voudraient s’immoler par le feu, a éteint l’incendie. Un homme de 42 ans s’était immolé pratiquement au même endroit en octobre 2011, et la police avait étouffé les flammes en à peine dix secondes.

Ce n’était pas le premier désespéré à tenter ce geste. En février 2009 aux abords de Tiananmen, trois personnes dans un véhicule avaient mis le feu à leurs vêtements alors que la police leur demandait de présenter leurs papiers d’identité. Les flammes avaient, là encore, été vite circonscrites. Il s’agissait de pétitionnaires venus à Pékin dans l’espoir de voir redresser une injustice dont ils s’estimaient victimes. Le 23 janvier 2001, Tiananmen avait également été le théâtre d’une immolation collective de personnes présentées comme des adeptes du mouvement spirituel Falungong, interdit en Chine.

Hier, des barricades ont été prestement érigées pour occulter la scène. Plusieurs journalistes étrangers parvenus sur les lieux ont été interpellés et leurs photos effacées. De nombreux clichés de l’incident mis en ligne sur les microblogs chinois ont eux aussi été retirés par la vigilante police de l’Internet. La volonté de faire disparaître des mémoires cet attentat est allé très loin. Même une version semi-officielle des faits postée «à chaud» sur le site du Quotidien du peuple a disparu en peu de temps. L’unique journal télévisé national de 19 heures n’a pas soufflé mot de l’incident. L’opération de nettoyage du parvis où s’est consumée la Jeep a été d’une telle efficacité que, quelques heures à peine après l’incident, il n’en subsistait plus la moindre trace…

«La secte Falungong, les indépendantistes du Xinjiang ou du Tibet, d’autres forces dites hostiles…», s’interroge sur son microblog l’artiste Ai Weiwei. Comme lui, beaucoup de Chinois estiment qu’il s’agit sans nul doute d’un attentat, ou d’un attentat suicide, et que seule se pose la question de l’identité de ses auteurs. Ceux-ci semblent avoir visé l’effigie de Mao, et donc Mao en tant que symbole du régime à parti unique.

Ils ne seraient pas les premiers à le faire. En avril 2010, un pétitionnaire du Heilongjiang (nord-est) a été arrêté par la police alors qu’il tentait de jeter une bouteille d’encre sur le portrait géant. Pendant le mouvement estudiantin de Tian­anmen en 1989, trois jeunes avaient réussi à maculer d’encre noire la peinture du «timonier», qui avait été immédiatement recouverte, tel un saint-suaire profané. Ils furent condamnés à des peines de prison exemplaires de 16 ans, 20 ans et de réclusion à perpétuité. Pour le dissident Hu Jia, il ne fait aucun doute que c’est, là encore, Mao qui était visé. «Tant que les fantômes de ce tyran fasciste ne seront pas éliminés, il n’y aura ni démocratie, ni liberté en Chine», commente-t-il sur son blog en ajoutant: «S’il y a deux choses qui doivent brûler sur Tiananmen, c’est bien la momie de Mao et son portrait.»

Des milliers de personnes ont trouvé la mort dans l’écrasement du mouvement pro-démocratique de 1989 aux abords de Tiananmen, lorsque le Parti communiste avait envoyé les chars de l’armée mettre fin à sept semaines de manifestations qualifiées par le régime de «révolte contre-révolutionnaire».  D’importantes forces de sécurité sont depuis en permanence stationnées sur cette immense esplanade où se trouvent également l’entrée de la Cité interdite, le mausolée de Mao et le Palais du peuple.

Un Chinois avait tenté de s’immoler par le feu place Tiananmen le 21 octobre 2011, les autorités parvenant ensuite à maintenir pendant près quatre semaines le black-out sur cette information sensible, jusqu’à ce qu’une photo prise par un touriste soit publiée par le quotidien britannique Daily Telegraph. La presse d’Etat chinoise avait alors affirmé qu’il s’agissait d’un geste «apolitique».

Le 23 janvier 2001, la place Tiananmen avait été le théâtre d’une immolation collective de personnes présentées comme des adeptes du mouvement spirituel Falungong. La direction du Falungong avait accusé Pékin d’avoir organisé une mise en scène pour discréditer le mouvement.

La région du Xinjiang est régulièrement le théâtre d’affrontements mortels entre la population musulmane qui en est originaire et les Chinois d’ethnie Han qui s’y installent. Bien que moins médiatisés en Occident que les séparatistes tibétains, les activistes ouïgours semblent aussi déterminés, et sont surtout beaucoup plus violents. 

Par Philippe Grangereau Pékin/ Le Temps 29/10/2013+afp+les echos

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/1111b4c0-4011-11e3-8d36-61fd0ee8c5cf/Incident_sur_Tiananmen_censuré

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