Au coeur de la création de richesse : l'Entreprise

La Semaine à Béchade 21/12/2013

La Semaine à Béchade 21/12/2013 

Il y a eu beaucoup de rumeurs au sujet de dissensions au sein de la Fed ces dernières semaines, notamment lors du vote à une seule voix de majorité en faveur du maintien du QE3 (et tout le monde sait qu’en cas d’égalité, celle de Ben Bernanke compte double).

Il existe d’intenses débats sur l’opportunité de laisser encore un peu de temps au temps… ou alors de mettre fin à cette mascarade du soutien à l’économie. Il ne se traduit, dans les faits, que par un transfert massif de richesse des classes moyennes vers les 1% les plus riches, via une distorsion sans précédent de la valorisation des dettes souveraines ou hypothécaires… et des actions (avec des cours progressant cinq à 10 fois plus rapidement que les profits des entreprises).

 J’ai déjeuné mardi avec une joyeuse assemblée de gérants et d’analystes mal pensants qui estiment qu’un jour, Ben Bernanke sera considéré comme le responsable d’une des pires crises qu’aura connu le capitalisme au cours des deux derniers siècles.

Son nom, tout comme celui d’Alan Greenspan, restera à tout jamais associé à un désastre financier qu’il n’avait ni vu venir ni cherché à prévenir en 2007/2008. Il demeurera aussi celui qui tenta, pour résoudre un problème de dette, d’en créer encore plus que son pays n’en avait jamais généré au cours du siècle précédent.

La Fed qui a fêté son 100ème anniversaire il y a quelques jours pourrait bien ne pas souffler sa 101ème bougie si jamais les Chinois ou d’autres créanciers exigeaient plus qu’un recours systématique à la planche à billets pour bénéficier de l’assurance d’être remboursés un beau jour.

Mais tout le monde sait bien que les Etats-Unis en sont incapables… donc tout le monde a intérêt à faire semblant qu’ils en ont encore la capacité.

Jusqu’en 2007, tout le monde faisait aussi semblant de croire que des emprunteurs insolvables pourraient s’offrir les mêmes choses que des personnes ayant un bon travail et de l’épargne. Qu’il n’y aurait pas de problème tant que les prix de l’immobilier continueraient de grimper… Cela faisait les affaires de tout le monde puisque chacun se sentait plus riche au moment d’aller solliciter une rallonge en liquide à sa banque.

Cette dernière faisait semblant de croire que ses clients resteraient solvables en cas de rechute des prix de l’immobilier… mais ce n’était pas la peine d’y réfléchir puisque les prix ne pouvaient que continuer à monter.

Il en va de même avec les dettes souveraines…

Les emprunteurs sont insolvables mais le marché fait comme si les banques centrale avaient le pouvoir de faire grimper éternellement le prix des T-Bonds, des OAT… ou des emprunts libellés en yen.

Les créanciers ne conservent ce papier que parce qu’ils ont l’absolue conviction qu’il vaudra demain plus cher qu’aujourd’hui — étant entendu que les fondamentaux pourraient justifier qu’ils vaillent instantanément 30% ou 40% de moins.

Une hypothèse tellement affreuse que sa probabilité d’occurrence est estimée à zéro. Il en allait exactement de même avec les dot.com en 2000 ou les subprime en 2007 !

Aujourd’hui, la question à 750 000 milliards de dollars (la taille des encours détenus par les banques sur les marchés dérivés), c’est : les détenteurs de dettes vont-ils faire éternellement confiance à l’émetteur et continuer d’agir comme s’ils ne savaient pas ?

Cela revient à se demander si un dragster de 1 500 CV gavé au nitro-méthane et lancé à 450 kilomètre/heure va ralentir tranquillement passé la cellule de chronométrage alors qu’il n’y a plus de freins, plus de parachute (histoire d’alléger l’engin et de lui permettre d’aller encore plus vite)… au lieu de s’écraser contre le rail de sécurité qui protège l’épingle à cheveux au bout de la ligne droite

Et avec 20 ans d’historique de crise de croissance au Japon, nous savons une chose de façon certaine : le recours massif à planche à billets, ça fonctionne peut-être lorsqu’il s’agit de gonfler des bulles obligataires… mais ça ne marche pas contre la déflation.

Nous ne sommes cependant pas certains que l’ambiance soit plus sereine au sein de la BCE. Nous attendons toujours la publication des débats internes que Mario Draghi nous promettait cet été… Et il se montre avare de commentaires lorsqu’il est questionné sur l’existence d’un vrai consensus au sujet de la pertinence de la récente baisse de 25 points du taux directeur ou sur l’instauration de prises en pension à rendement négatif… sans parler de la mise en oeuvre d’un nouveau LTRO.

Mario Draghi se montre beaucoup plus disert lorsqu’il décide de commenter la situation économique dans l’Hexagone : “la France a besoin de stabilité fiscale et d’une poursuite des réformes visant à alléger le train de vie de l’Etat”. 

Il en profite pour vanter le modèle allemand — et notamment le “courage” des sociaux-démocrates qui, en 2004, ont remis le pays sur les rails de la compétitivité (en contraignant des millions de travailleurs à accepter des salaires comparables à ceux des sous-traitants de l’Europe de l’est…). 

▪ Chantier fiscal et conséquences

Le patron de la BCE déclare ceci une semaine seulement après que Jean-Marc Ayrault ait annoncé la mise en oeuvre d’un grand “chantier fiscal” (refonte de l’impôt sur le revenu, fusion avec la CSG…) ce qui devrait prendre au moins deux ou trois ans. 

Il est pratiquement certain que les entreprises implantées sur notre territoire attendront d’en connaître les tenants et les aboutissants avant de se remettre à embaucher et à investir. 

La fiscalité des entreprises semble également poser problème à Bercy. Notre ministre de l’Economie, Pierre Moscovici, a déclaré vendredi dernier que notre système était l’un des plus inefficaces d’Europe. 

Il est vrai que les multinationales devraient acquitter un impôt sur les bénéfices de 38%, mais dans les faits, elles ne payent pas plus de 8%… et beaucoup s’arrangent pour ne pas en payer du tout. 

D’où une certaine communauté de pensée avec des membres du Congrès américain qui préconisent de taxer le chiffre d’affaire des entreprise là où il est réalisé, via une sorte de TVA forfaitaire, afin de court-circuiter la délocalisation des bénéfices au travers d’une cascade de filiales basées dans des paradis fiscaux. 

C’est plus facile à concevoir qu’à réaliser, toutefois. Certains spécialistes pensent que cela apparaît d’une simplicité qui est inversement proportionnelle à la difficulté technique sous-jacente. 

▪ General Motors, Peugeot… et Goldman Sachs

 Nous passons à ce qui s’apparente à un tout autre sujet mais qui nous semble très emblématique de la façon dont les choses fonctionnent : General Motors vient d’annoncer avoir cédé la totalité des 7% détenus dans Peugeot. 

Tout ça pour ça ! 

Nous nous souvenons que Peugeot avait cessé d’exporter vers l’Iran (alors son premier marché extérieur, avant que la Chine ne prenne le relais) il y a deux ans. Cela afin de complaire à son nouveau partenaire américain et pour se conformer à la ligne diplomatique de la France, qui souhaite participer à l’embargo occidental à l’initiative de Washington. 

Oui, Peugeot s’est privé de 11% de son chiffre d’affaires pour des raisons totalement extérieures à toute logique industrielle… avant de finalement voir le partenaire quitter le navire après y avoir fait pratiquer une grosse voie d’eau ! 

Avec l’annonce de General Motors — qui vend ses 7% pour ne pas avoir à participer à une future augmentation de capital — l’action Peugeot a dévissé de 24% en quatre séances, soit une chute de plus d’un milliard d’euros de sa capitalisation boursière. 

Le placement privé auprès d’institutionnels s’est effectué avec la collaboration active d’un certain Goldman Sachs (agissant comme “teneur de livre”) qui venait de placer Peugeot (valant alors 11 euros) une semaine auparavant dans sa liste d’”achats de conviction”, avec un objectif porté à 16,4 euros. 

Les mêmes analystes ont annoncé avoir retiré Peugeot de leur liste de “valeurs préférées”, abaissant leurs objectifs de 16,4 à 12,1 euros (-20%). 

Bien entendu, il s’agit d’un malheureux concours de circonstances. Avec la fameuse “muraille de Chine” entre les différents services de la firme, aucun analyste n’aurait jamais pu envisager que Goldman participe au reclassement des 7% de capital détenus par GM. 

La main droite ne saurait savoir ce que fait la main gauche… Mais les investisseurs qui ont suivi les avis de Goldman Sachs se sont pris la main droite puis la main gauche en pleine face à une semaine d’intervalle.

Source Chronique Agora

http://la-chronique-agora.com/

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