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Sur deux congres syndicaux Par Nicolas Tandler

Sur deux congres syndicaux Par Nicolas Tandler

Deux congrès syndicaux la même semaine de début juin en France, l’un avec une résonance réduite, l’autre dûment répercuté par l’ensemble médiatique. Par un choix tenant sans doute du hasard, ils se sont tenus à l’opposé géographique, l’un à Dunkerque, l’autre à Marseille. Ici, le positionnement géographique s’harmonise avec tout ce qui sépare les positions de SUD (connu aussi sous l’appellation Solidaires) et celles de la CFDT. Examinons d’abord le nain SUD avant le géant CFDT.

A SUD, on ne perd pas le nord

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SUD dénombre 110 000 adhérents, contre 1 000 000 de céfédistes. Cette union syndicale (et non pas confédération, compte tenu du nombre réduit et circonscrit de ses branches professionnelles) existe depuis 1998, et porte généralement l’étiquette trotskiste, laquelle, sans être fausse, ne la résume pas complètement. Ses bastions principaux se situent dans le secteur public : Poste, SNCF, Fonction publique…) mais elle agit aussi dans le commerce (grande distribution) et des implantations industrielles. SUD meurt « fragile », selon un terme employé à la tribune de son congrès par sa direction, pour plusieurs raisons. L’une d’elles, la plus importante, a été passée sous silence à Dunkerque, c’est le travail de sape mené contre SUD auprès des pouvoirs publics par les confédérations « représentatives selon la loi », surtout la CGT et FO. Dans ce contexte, le sondage L’Humanité/IFOP dégageant 27% de votes des sympathisants de SUD pour le FN aux élections européennes du 25 mai « a fait l’effet d’une bombe », au congrès, devant les 400  délégués. La direction a contesté la méthodologie du sondage, sans dissiper le malaise.

Annick Coupé, ancienne de la CFDT, a quitté à sa demande son poste de déléguée générale, étant remplacée par un « binôme » Eric Beynel douanier) et Cécile Gondard-Lalanne. Julien Gontier, provenant de l’industrie, est entré au secrétariat national. Il y a dans ces nouveautés un double paradoxe. SUD se veut très « féministe », mais dans ses rangs, il n’y a que 30 % de salariées, malgré tous ses efforts. Et l’industrie demeure son point faible. Le volontarisme suffira-t-il  à donner une nouvelle impulsion ? En fait, la politique du président Hollande et du Premier ministre Valls, qualifiée de « désespérance sociale » par Annick Coupé dans son discours liminaire, travaille pour SUD. La SNCF entame des bras de fer sociaux à répétition, la Poste devrait imploser en 2015-2016, avec des conséquences redoutables. La fonction publique territoriale avance vers l’inconnu. Sur le plan politique, Sud évite de tomber dans le piège de la priorité à la lutte contre le FN. Certes, SUD luttera contre le FN, mais, « avant tout », il rendra « coups pour coups » « au capitalisme, c’est le vrai ennemi. »

Congrès CFDT : ni débat, ni contestation

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La CFDT, aux effectifs stagnants, bien que la mettant en tête de loin devant les autres confédérations syndicales françaises (CGT N° 2, 880 000 adhérents), est doté d’un patron très sûr de lui, Laurent Berger. Un patronyme prédestiné pour le dirigeant d’un syndicat de travailleurs chrétiens, jusqu’en 1964. Berger a d’ailleurs fait abandonner à Marseille la référence à la morale sociale chrétienne inscrite dans le préambule des statuts, sans le moindre remous, du moins apparent. Les 2.200 délégués l’ont redésigné à son poste par 98,3 % des mandats, score « soviétique », de quoi faire rêver la CGT, dont le secrétaire général présent, Thierry Lepaon, ne peut qu’être jaloux sans espoir de l’approcher même de loin.  96 % de suffrages aussi pour son « projet européen », dans la ligne de la Commission européenne. Etonnant. 85,88 % pour son rapport d’activités. Le Secrétaire général a obtenu la parité hommes/femmes à la Commission exécutive, malgré de fortes réticences (cinq femmes et dix hommes). Une remarque : le Bureau national, 39 membres, ne dénombre que 16 femmes. Toutefois, un bémol : les observateurs dans les couloirs ont noté l’existence d’une opposition à la politique de Berger, se situant sans doute entre 12 et 15 %, peut-être plus, des délégués, qui n’est pas parvenue à se faire entendre. Berger est en effet un excellent apparatchik, sa carrière depuis ses années à Saint-Nazaire a connu un déroulement jamais sorti du « mouvement social ». Ce qui l’apparente à Mailly, le successeur de Blondel à FO. Ici s’arrête la comparaison.

La politique de Berger ? Malgré des critiques qui s’imposaient, coller au pouvoir socialiste, et servir de groupe de pression afin d’infléchir la stratégie patronale face au fameux « pacte de responsabilité », jusqu’à maintenant plutôt inconsistant pour les partenaires plus ou moins impliqués. L’image de marque de la CFDT auprès des grandes entreprises est bonne, pour ne pas dire plus. Les « moutons noirs » trotskistes et autres avaient été éliminés par ses prédécesseurs, Berger n’a pas eu le besoin de faire le ménage. Il y a néanmoins quelqu’un dont il devrait se méfier, c’est lui-même. Il ne doute jamais de lui-même, et rien n’entame sa conviction qu’il a toujours raison. Dans une période aussi incertaine que l’été 2014 qui s’annonce, cela frise la présomption. Surtout quand Laurent Berger donne une inflexion en réglant en rien le problème des relations avec la CGT, au contraire. Sera-ce sa roche tarpéienne ?

 Nicolas Tandler Le 11/6/2014

7 réponses »

  1. il y aurait tant à dire sur les syndicats et sur cette article notamment…
    L’autre jour, je lisais sur votre blog, un article qui mettait en cause le Pôle Emploi et en particulier cette histoire de délai de carence imposé aux nouveaux chômeurs…
    Il faut que j’éclaircisse un point la dessus…

    Quand un salarié est licencié pour des raisons légitimes, il peut prétendre à « l’indemnité de licenciement » (dite indemnité légale puisque définit selon de code du travail).. dès lors, à son inscription à Pôle emploi, cette indemnité est prise en compte pour un différé d’indemnisation de 10 jours…

    Puis vient une autre indemnité celle qu’on appelle « indemnité de licenciement » mais qui résulte d’un protocole transactionnel… là, cette indemnité négociée entre les parties s’appelle « indemnité supra-légale »… et là, ce qui fait râlé, c’est que cette indemnité est prise en compte pour le calcul du délai de carence imposé par le pôle emploi…

    Mais il y a une autre indemnité… c’est celle que perçoit un salarié licencié sans cause réelle et sérieuse… cette indemnité est attribué selon l’appréciation laissé aux conseillers prud’homaux en charge de trancher ces litiges…

    Ces conseillers prud’homaux, ce sont des « syndicats »… et ce qui est révoltant et qui démontre bien le copinage avec l’état de ces gens sensés représenter les travailleurs.. c’est qu’ils ont adopté pour les licenciements abusifs, un autre terme et en lieu et place des « dommages et intérêts » pour licenciement abusifs… les conseillers prud’homaux appellent désormais « indemnités pour licenciement sans cause réelle et sérieuse »… ce qui est sensé représenter la réparation d’un préjudice…
    Pour les éventuels demandeurs, il est important de défendre le terme même de ce qui peut leur être attribué par ces escrocs… en dépends la suite.
    Du coup, ce faisant, ils donnent un droit de regard au Pôle emploi sur cette indemnité qui calcule le délai de carence… du même ordre que si on était devant une indemnité dite supra-légale…

    On notera au passage que le Pôle emploi qui subit aussi un préjudice… n’a pas besoin contrairement au salarié licencié d’engager des frais de justice pour être réparé dans ses droits…

    Alors moi, les syndicats… ce n’est même pas la peine de m’en parler de cette saleté… Je suis en charge de la veille sociale dans mon job… et je pourrais écrire des lires sur leur force de nuisance pour les travailleurs…. avant l’entreprise.

    • Les perversions du capitalisme et du syndicalisme.

      Personne, je pense ne peut contester notre préoccupation sociale, elle est symétrique de notre dénonciation des inégalités produites par le système actuel, le faux capitalisme de la financiarisation.

      Ce faux capitalisme qui, avec la propagande des Fabiens, rend le vrai capitalisme, celui de la production de richesse, illégitime. Dénoncer la kleptocratie et la ploutocratie sociale-démocrate doit, doit, nous insistons, aller de pair avec le refus de l’austérité, l’assistance aux vrai démunis et la charité.

      De la même façon que le faux capitalisme détruit et dévalorise le vrai, la fausse préoccupation sociale, la défense des avantages corporatistes, défense des privilèges, des abus et des inefficacités détruit les authentiques préoccupations sociales.

      En fait nos systèmes se détruisent par leurs perversions. On fait passer ce qui est pervers pour ce qui est juste et efficace et ainsi on pourrit tout.

      Ainsi les tribunaux spécialisés dans les conflits du travail sont devenus un instrument de chantage et d’extorsion de fonds et non plus des lieux ou dont dit le droit. Combien de fois n’entend-on pas, à l’abri d’une tentative d’extorsion de fonds la phrase suivante: « de toutes façons, peu importe si vous avez raison, aux prud’hommes compte tenu du paritarisme, vous avez une chance sur deux de gagner, alors autant payer »!

      Les syndicats en savent quelque chose, eux qui pourrissent la vie sociale par la défense scandaleuse des abus catégoriels et le soutien qu’ils apportent aux intérêts particuliers. Le public ne prend ni le temps de s’informer, ni le temps de réfléchir au-delà des titres de la télé. Ainsi on condamne toute action syndicale dès lors qu’elle gêne sans se poser la question de la portée générale d’un conflit, de sa valeur sociale. Ainsi on guide le public vers le rejet indifférencié. Ceci empêche la formation d’un front du refus qui peut déboucher sur l’action politique, tant il est vrai que c’est au niveau social ou professionnel que se nouent les premières solidarités.

      Honte à ceux qui utilisent ces méthodes. C’est bien l’équivalent de diviser pour régner. Honte aux syndicats comme la CFDT qui s’y prêtent par leur alliance contre nature avec les organisations kleptocratiques au nom d’une idéologie de troisième voie héritée du Saint Simonisme, antichambre du fascisme.
      Les idéologies de troisième voie sont fascistes, elles reposent sur l’idée que chacun doit se sacrifier, abandonner ses antagonismes légitimes pour se dévouer au profit d’une entité, Etat, nation, idéologie, race ou autre. Et bien sûr derrière le masque de l’entité, ce que l’on trouve toujours, c’est l’intérêt des dominants.

      La troisième voie est une mystification au service des dominants.
      La liberté, la dignité c’est quand chacun défend son bout de gras, en fonction de ce qu’il est, défend ses intérêts légitimes et que le meilleur gagne. C’est ainsi que marche le progrès, par la confrontation pacifique, c’est ainsi que marche la démocratie, par le combat dont jaillit l’optimum social de long terme.

      Ce qui doit être mis en forme politique, c’est l’expression des antagonismes. Nier les antagonismes, les identités dans des masses fusionnelles est fasciste.
      Honte également à la fausse droite qui, au lieu de considérer que l’objectif de toute politique doit être la recherche de la prospérité pour tous, épouse les intérêts des kleptos et ploutos et ceux des « takers ».

      Les takers pour les américains, c’est l’ensemble de ceux qui ne foutent rien et qui prétendent à la répartition, au partage au-delà de la légitime et humaine charité.

  2. Oui ! S’il vous plait.
    Racontez nous sans vous porter préjudice quelques anecdotes.

    Nos médias nous bourrent le crane sur les hommes politiques, mais ils font preuves d’un silence complice sur les syndicats.
    Pas une « journalope » d’investigation de bureau, ne s’est penchée sur le financement des syndicats, sur leurs comptes, leurs patrimoines (chateaux).
    Les quelques uns qui s’y sont essayé ont fini au placard. Disparu dans les limbes du droit à la censure.
    Pas d’éclaboussure donc, en dehors du cas à part du mur des cons du syndicats de la magistrature.

    Ils exigent de la transparence mais se comportent de manière plus opaque que ceux qui nous gouvernent.
    Ils souhaitent de la justice sociale, mais se comportent dans leur monde syndical comme des yennes entre eux.
    Ils demandent du pouvoir d’achat mais signent, sous couvert de défense de l’emploi, des accords de baisse de salaire.
    Ils critiquent les discours politiques, mais tiennent le même langage.
    Ils prétendent être indépendants mais participent au même mouvements occultes que ceux qu’ils dénigrent.
    Ils signent des accords de branches (mutuelles obligatoires) désignant leur acte comme une avancée sociale assurant la protection de la santé, mais savaient qu’elles seraient imposées.
    etc ….

    Comme je l’ai évoqué en commentaire sur un autre sujet. Les « SaintsdiKtats » et les « Gouverne ment » vivent en adéquation.
    L’un assure la paix sociale à l’autre qui le rémunère de ses services.

    Le syndicalisme et le politique sont tous les deux des anoploures.
    Pour le premier il est un pou proche de la zone pubienne l’objectif étant de rendre stérile toute action.
    Pour le second il est un pou proche de la zone périanale, l’objectif …. je le laisse à votre imagination.

    • Une autre petite blagounette de nos chers (4.5Mdrs/an de subventions) syndicats…

      1/ la loi de sécurisation de l’emploi… avant eux, lors d’un plan social, l’entreprise de devait d’indemniser les salariés licenciés.. mais rarement les entreprises échappaient à un procès.. du coup, avec l’aide de ces pourriture a été voté la loi sur la « sécurisation » de l’emploi.. (j’adore ce terme). Cette loi, pour faire cours, a transformé pour ne pas dire mis un terme au plan sociaux et à leur coût. En effet, dorénavant l’entreprise qui souhaite licencier ses salariés dans le cadre d’un plan social (mesure encadrée)… et bien, elle peut proposer un « reclassement » sans restriction de « mobilité »… elle peut envoyer ses salariés en Roumanie et bien entendu si le salarié refuse cette « proposition »… alors, l’employeur le licencie pour « motif personnel »… c’est à dire que les syndicats ont mis un terme aux licenciements « économiques »… terminé.
      Il faut savoir que le licenciement pour motif personnel n’a jamais existé dans ces termes, mais qu’il existe déjà sous un autre nom : licenciement sans cause réelle et sérieuse… En effet, un patron peut tout à faire proposer une mutation à son salarié, mais comme il s’agit d’une modification substantielle du contrat de travail, il ne peut le faire de façon unilatérale… il doit le proposer à son salarié avec un préavis de 6 mois… si le salarié refus (c’est son droit)… alors l’employeur le licencie en précisant « licenciement sans cause réelle et sérieuse… Un licenciement sans cause réelle et sérieuse, il faut savoir que bien souvent ce sont des emmerdes à la clé pour les patrons.
      Donc en conclusion, une fois de plus on joue sur les mots pour dissimuler le vrai but à atteindre… une forme de novlangue du code du travail… (exemple : ça s’appelle la loi de sécurisation de.. 🙂 )

      Et pour rebondir sur cette histoire de « mutuelle collective et de son caractère obligatoire »… il n’est peut être pas anodin de préciser que la part employeur qui serait selon nos politicards, « un avantage en nature »… sachez que cette part est déjà soumise à la CSG, à la CRDS et à la CSG non déductible… et oui, cette part est prise en compte à 100% dans le calcul de l’assiette de cotisation… triple peine donc avec sa re-fiscalisation….
      Et on dis merci qui ???? et bien on remercie les syndicats qui sont à la tête des commissions paritaires qui gèrent nos caisses santé… (urssaf, Pole emploi, PRO BTP et Caisse congés)… s’en foutent plein les fouilles ces bouffeurs de p’tits fours.

  3. en 2007, je me suis trouvée à la cour d’appel de Chambéry, et ce jour là se tranchait un litige surprenant… 8 conseillers prud’homaux de Thonon les Bains, faisaient appel de leur condamnation pour : abus de biens sociaux et détournements de fonds… il leur était reproché d’avoir « surfacturé » leurs heures dans le cadre de leurs fonctions… 🙂

    Bref, les faits étaient avérés et une première condamnation avait été cinglante… d’où leur recours en appel..

    Et là, en cours d’Appel, les juges les ont relaxé des faits reprochés au motif : qu’ils n’avaient pas à justifier du temps passés sur les dossier litigieux… 🙂

    En 2008 suite à ça, Dati a voulu mettre en place un système de « rémunération » forfaitaire à ces « bienheureux »…
    ça n’a jamais pu se faire… aussitôt cette proposition avancée, levé de boucliers, menaces et cie… Les premiers à être bien défendus mine de rien… ce sont eux les « juges et parties »… 🙂

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