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ICReach, le puissant moteur de recherche de la NSA

ICReach, le puissant moteur de recherche de la NSA

L’agence américaine de renseignement a bâti un avatar secret de Google. Celui-ci héberge au moins 850 milliards de métadonnées (numéros de téléphones portables, e-mails, géolocalisation, chats internet) de citoyens américains et non-américains

architecture

Les documents dérobés par Edward Snowden n’en finissent plus d’apporter leurs lots de révélations. Selon l’enquête menée par The Intercept, le site d’investigation américain né du scandale sur l’espionnage mené par la NSA, l’agence américaine de renseignement dispose d’un moteur de recherche ultra-puissant brassant plusieurs centaines de milliards de métadonnées.

Baptisé ICReach, l’outil – un avatar secret de Google – héberge au moins 850 milliards d’informations (numéros de téléphones portables, e-mails, géolocalisation, chats internet) de citoyens américains et non-américains. Il est mis à la disposition des quelque 23 agences gouvernementales américaines telles la CIA et le FBI. Mais aussi aux agences de renseignement des pays alliés des Etats-Unis. Les fameux Five Eyes (Australie, Canada, Nouvelle-Zélande, Grande-Bretagne, Etats-Unis).

«Big Brother» post 11 septembre

Comme l’explique The Intercept, l’Intelligence Community Reach (ICReach) prend ses racines en 2005 déjà. A l’époque, il s’agit encore d’une ébauche. L’outil se nomme alors CRISSCROSS, du nom du programme de recherches en ligne développé par la CIA dans les années 1990. Il y a presque dix ans donc, la NSA anticipait déjà le pouvoir de ce moteur de recherche capable de fouiller instantanément plusieurs bases de données. L’agence américaine se targuait des succès obtenus dans le suivi de suspects.

Dès lors, la NSA prend la décision d’en faire profiter ses cousines britannique (GCHQ) canadienne (CSTC), australienne (ASD) et néo-zélandaise (GCSB). Les agences ont ainsi accès aux données relatives aux citoyens non-américains. Les informations collectées sur les ressortissants américains dans le cadre de la Section 215 du Patriot Act – la loi antiterroriste américaine – restent à l’usage exclusif de la NSA.

Coopération nationale et internationale

Outre les agences de renseignement des «Five Eyes», ICReach est à la disposition de 23 agences gouvernementales américaines. On y retrouve le FBI, la CIA ou la Defense Intelligence Agency (DEA), l’agence de lutte contre la drogue. Celles-ci donc mènent leurs enquêtes sur ICReach, et alimentent la base de données. Ainsi, les analystes sont en mesure de lancer des requêtes simultanément sur plusieurs répertoires de données. Grâce à cet outil, ils sont capables de tracer les mouvements d’un individu, de mettre en évidence ses relations, de connaître ses opinions politiques, sa religion, et dans une certaine mesure, de prédire ses actions futures.

La performance d’ICReach tient du fait que l’outil prend en considération plus d’une trentaine de métadonnées différentes. Soit les courriers électroniques, les appels téléphoniques, fax, discussions sur Internet, SMS, positions géographiques et plus généralement toutes les informations récupérables depuis un téléphone portable. Le résultat permet de tisser un réseau très précis de l’individu.

Approuvé par décret présidentiel

ICReach n’est pas une base de données en tant que tel, mais un outil de recherche dans plusieurs répertoires. De ce fait, il ne requiert pas l’aval de la Foreign Intelligence Surveillance Court (FISC). Cette cour fédérale naît de l’adoption, en 1978, du Foreign Intelligence Surveillance Act (FISA). Cette loi du Congrès crée le cadre pour superviser les demandes de mandats autorisant la surveillance d’espions étrangers présumés sur le sol américain par les agences fédérales judiciaires, soit le FBI et la NSA.

En fait, l’outil a été directement approuvé par décret présidentiel 12333, une directive court-circuitant la quasi-totalité des voies de contrôle, notamment les tribunaux et le Congrès. Une approbation spéciale confirmée par le Bureau du directeur national du renseignement. Selon le porte-parole Jeffrey Anchukaitis cité par The Intercept, le partage des informations est devenu l’un des «piliers de la communauté du renseignement post-11 septembre». Tout comme le programme de surveillance Prism dont l’existence est révélée au monde en juin 2013 par Edward Snowden, l’ex-informaticien de la NSA. Comment?

Un accessoire de Prism

Après le 11 septembre, Washington exige des «assouplissements» en matière de collecte de données. C’est chose faite en 2007, avec l’entrée en vigueur du Protect America Act, qui a permis la création de Prism. Jusque-là, le FISA nécessitait la signature d’un juge pour chaque demande de la NSA et du FBI. Désormais, le procureur général et le directeur national du renseignement peuvent accorder à la NSA une autorisation globale de collecte d’informations. Renouvelable tous les ans, celle-ci est soumise à l’approbation de la FISC. En résumé, les agents du FBI et de la NSA n’ont plus à justifier leur surveillance devant la justice. Tous les détails de cette relation sont frappés du sceau secret défense.

L’usage ICReach a engendré un véritable boom des données accessibles. Dès son lancement en 2007 jusqu’en 2010, les données collectées par l’outil sont passées de 50 à 850 milliards, détaille The Intercept. Malgré le Patriot Act, des données de citoyens américains remontent dans les filets du moteur de recherches. Si ICReach est officiellement utilisé dans le cadre d’enquêtes sur des ressortissants étrangers, il permet officieusement la surveillance des citoyens américains.

PAR MEHDI ATMANI/ Le Temps 27/8/2014

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/30371be4-2dd0-11e4-9b2f-a894516ff6c9/ICReach_le_puissant_moteur_de_recherche_de_la_NSA

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