Art de la guerre monétaire et économique

Le trafic de pétrole, nerf de la guerre pour l’Etat islamique

Le trafic de pétrole, nerf de la guerre pour l’Etat islamique

Dans une récente note de recherche, la Commission du Sénat américain sur l’énergie a l’honnêteté de l’admettre: «Il n’y a probablement personne, et sans doute pas même l’EI, qui sache exactement combien il extrait de pétrole, combien il en vend, ni quels revenus sont engendrés par cette activité.» Nul doute, cependant, que le commerce de l’or noir syrien et irakien, extrait brut ou raffiné, constitue l’essentiel des ressources de l’EI. Au gré des estimations qui ont fleuri ces derniers mois, il en retirerait au total entre 2 et 3,2 millions de dollars quotidiens.

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Cette manne n’est pas le fruit du hasard: au-delà de son idéologie extrémiste et de ses visées territoriales, l’EI a érigé en stratégie d’autofinancement la prise de contrôle des champs et infrastructures pétroliers, en Irak et plus encore significativement en Syrie. Selon l’opposition syrienne, d’une bataille à l’autre, l’organisation aurait fini par mettre la main sur plus de 60% des capacités pétrolières du pays, dont son plus grand champ, celui d’Omar, conquis en juillet dernier dans la province de Deir ez-Zor.

Production officielle à zéro

Les djihadistes sont loin d’avoir la capacité technique d’exploiter ce potentiel dans son entier. La Syrie, elle-même, n’a jamais été un poids lourd sur le marché du pétrole. Les 400 000 barils que Damas parvenait à extraire chaque jour avant le soulèvement de mars 2011 assuraient néanmoins un quart de ses recettes budgétaires. Les destructions et les sanctions occidentales ont réduit quasiment à néant la production du régime, qui ne contrôlerait plus aucun site majeur.

En revanche, les ingénieurs recrutés par l’Etat islamique, et le personnel exploitant qu’il maintiendrait moyennant de grasses rémunérations, extraient au quotidien plusieurs dizaines de milliers de barils. Une goutte d’eau, à l’aune des volumes mondiaux ou même régionaux. Mais pour une organisation comme l’EI, elle est suffisante pour autoriser le financement d’ambitions sur le long terme.

D’après plusieurs enquêtes journalistiques, dont celle, récente, du Wall Street journal , la production s’écoule selon une multitude de canaux improvisés. Elle peut être consommée sur place, ou exportée dans des jerricanes transportés à dos de mule, convoyée par des camions citernes ou via des pipelines artisanaux jusque dans le sud de la Turquie, où elle est commercialisée ou raffinée. «Plus la vente est éloignée du site de production, plus le prix que l’organisation peut espérer tirer du baril est élevé. Elle essaye donc d’exporter le maximum», note Valérie Marcel chercheuse associée auprès de la Chatham House, à Londres. . Souvent, Ankara a été pointé du doigt pour sa nonchalance à intercepter les cargaisons.

Régulièrement évoquée, la possibilité de transactions pétrolières avec le régime de Damas, reste, elle, spéculative. «Il y a beaucoup de commentaires à ce sujet, mais pour l’heure, aucun élément pour le confirmer», souligne l’analyste.

Ce qui est sûr, en revanche, c’est que l’EI contrôle depuis 2012 six champs pétroliers dans le nord est de la Syrie et, depuis cet été, sept en Irak. Ce qui lui permettrait de vendre 50.000 barils par jour de pétrole, selon toujours la chercheuse Valérie Marcel, en contrebande par camion à destination de grossistes turcs et irakiens. Ce pétrole est acheté par des hommes d’affaires libanais ou kurdes. Le succès commercial de l’EI s’explique par sa stratégie de vente à bas prix, 20 dollars environ pour le fuel lourd et 55 dollars pour le léger, la moitié du cours international. Selon la Fondation Carnegie, l’EI tire donc du pétrole des revenus de 1 à 3 millions de dollars par jour, de quoi payer ses 20.000 combattants. 

Insaisissable dans son ensemble comme dans ses détails, le business pétrolier de l’EI sera aussi difficile à neutraliser. Frapper des raffineries, c’est prendre le risque de faire des victimes collatérales parmi les employés. Bombarder des champs pétroliers, c’est s’exposer à celui des dégâts environnementaux dramatiques. Pas sûr que la coalition emmenée par les Etats-Unis soit prête à l’assumer. Reste alors la possibilité de détruire les routes de la contrebande, estime Valérie Marcel: «Elles sont parfaitement visibles depuis le ciel.»

PAR ANGÉLIQUE MOUNIER-KUHN/ Le Temps 26/9/14

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/e4d2ef80-44e9-11e4-80ff-d339e46abe52/Le_trafic_de_p%C3%A9trole_nerf_de_la_guerre_pour_lEtat_islamique

Syrie: le pompage par l’EI du pétrole de Deir Ezzor stoppé par peur des frappes

AFP 26/9/14

Beyrouth – Le pompage dans les six champs pétroliers contrôlés par le groupe État islamique (EI) à Deir Ezzor, dans l’est de la Syrie, a été stoppé par peur des frappes américaines, ont indiqué vendredi des militants.

Selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH), une ONG s’appuyant sur un vaste réseau d’informateurs et de militants, les Etats-Unis et leurs alliés arabes ont lancé jeudi soir et vendredi matin de nouvelles frappes contre les installations pétrolières prises par l’EI dans la province de Deir Ezzor.

L’extraction du pétrole a cessé à cause de la situation sécuritaire. Tous les champs sont arrêtés à l’exception de celui de Coneco qui fournit le gaz nécessaire à la production de l’électricité de six provinces, a affirmé à l’AFP Leith al-Deiri, un militant habitant la ville de Deir Ezzor.

L’extraction dans les champs a été stoppée temporairement. Il n’y a plus d’intermédiaires ni de clients allant dans les champs car ils ont peur des frappes, a assuré un autre militant, Rayan al-Furati, qui a quitté Deir Ezzor il y a dix jours mais qui reste en contact avec des habitants de la province.

Avant, il y avait plein de monde et il fallait attendre quatre jours pour être servi tant la demande était forte, a-t-il ajouté, précisant qu’aucun des champs n’a été touché car les frappes de la coalition se sont concentrées sur les raffineries.

Depuis juillet, l’EI contrôle la majorité de la province pétrolifère de Deir Ezzor ainsi que l’essentiel des champs pétroliers de la région, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

L’EI produit plus de pétrole que le gouvernement syrien. Le ministère syrien du Pétrole estime que les jihadistes extraient 80.000 b/j tandis que la production gouvernementale s’est effondrée à 17.000 b/j.

Cependant, selon Valérie Marcel, chercheuse associée à l’institut Chatham House de Londres, l’EI produit seulement 50.000 b/j en Irak et en Syrie.

Des experts estiment que l’EI contrôle sept champs pétroliers et deux raffineries dans le nord de l’Irak et six des dix champs en Syrie.

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