Art de la guerre monétaire et économique

Les Clefs pour Comprendre du Vendredi 10 Octobre 2014 : Le sens des évènements en cours: la mutation de la crise après l’échec Par Bruno Bertez

Les Clefs pour Comprendre du Vendredi 10 Octobre 2014 : Le sens des évènements en cours: la mutation de la crise après l’échec Par Bruno Bertez

Bien peu d’observateurs prennent le recul nécessaire pour voir où nous en sommes de la grande crise qui a commencé de se manifester dès les années 2007 et 2008; ils tombent dans ce que l’on peut appeler improprement le piège du court termisme.  Ils se laissent absorber par le flux des nouvelles, le flux de l’information distillée, saucissonnée par les Pouvoirs et leur relais.

N’oubliez jamais le caractère idéologique de ce que l’on appelle l’information. Quand nous écrivons cela, nous ne visons pas le contenu de l’information, mais son existence même. Sa forme, sa manière de mettre en ordre le chaos du monde.

On dit que les marchés sont efficaces dans la mesure où ils intègrent toutes les informations disponibles à un moment donné. C’est la théorie dominante et pas seulement en termes de marché financier, c’est, on le sait moins, la même chose pour le marché de l’opinion et, en particulier, de l’opinion politique. L’Opinion, avec un grand « O », serait efficace, juste, adéquate, dès lors qu’une chose est sue, publiée, publicisée.

La révolution des trente dernières années consiste à remplacer le savoir, la connaissance, par l’accès à l’information. La diffusion de l’information par les médias MSM étant en quelque sorte la garantie de la démocratie. D’où l’usage des fuites, indiscrétions, rumeurs, et de leur complément, les sondages dits d’opinion. Le sondage, c’est la mesure, le feed-back de l’information qui est distillée.

Cette révolution vise à occulter ce qui est essentiel: le sens des informations, l’interprétation. La logique qui relie les différentes informations entre elles. En d’autres termes, on accumule et multiplie les informations, on sur-informe pour oblitérer le sens des choses, des évènements, pour les juxtaposer. Au lieu d’un approfondissement et d’une élévation, on remplace le sens par le jeu de surface sur des combinaisons.  L’accumulation a pour fonction de faire passer à côté de l’essentiel qui est le sens. Les Maîtres sont les maîtres du sens. Tout ceci rejoint la philosophie dominante, celle des Maîtres, qui est de prétendre que le long terme est une succession de court-termes et que le monde est continu, tout est dérivable. Or, ceci ne correspond à rien, ceci est faux et surtout trompeur. Tout n’est pas dérivable, extrapolable, il y a des ruptures et des mutations fondamentales. Sur les marchés, pour donner un exemple, il y a des relations, des corrélations, qui marchent longtemps, surtout dans le moyen terme et puis, elles se brisent. Le sous-jacent de l’univers concerné devient autre. Le véritable détenteur du Savoir, c’est celui qui comprend et prévoit ces ruptures.

Nous soutenons que nous sommes dans une de ces périodes de rupture, ce qui veut dire que nous abordons une nouvelle phase où les invariants tracés depuis 2009 varient. D’abord, les choses se brisent, puis elles se fluidifient, enfin elles se remodèlent.

Voici quelques exemples :

-Le dollar redevient roi, c’est King dollar, fort, et à nouveau rare. On rit de ceux qui claironnaient la « demise » of King Dollar ». 

-Les capitaux quittent les émergents et les véhicules les plus risqués, les devises concernées chutent, un miracle s’évanouit….

-La Fed prépare son Taper, la fin de ses achats de titres à long terme….

-La communauté des banquiers centraux se disloque à l’image de l’Américain Lacker et de l’Allemand Weidmann qui critiquent sans souci de langue de bois les politiques abusives en cours…

-Le FMI s’inquiète de la rechute de la conjoncture globale, de la médiocrité du commerce international et du retour de la déflation

-La France, après avoir signé les réformes européennes de 2013, refuse de se conformer aux nouvelles règles qui en découlent, la gravité de la situation force le gouvernement à se renier de tous côtés

-L’Allemagne perd son statut de pays à l’abri, de locomotive; Merkel a maintenant une opposition sur sa droite anti-euro, les critiques contre les dérives de Draghi s’enhardissent, s’affinent  et se diffusent à l’intérieur et à l’extérieur !

-La Grande-Bretagne est partagée sur la question de savoir si elle continue dans l’UE…

-Le FMI suggère que l’on diffère les remises en ordre chez les banques, y compris euro, car cela va peser sur la croissance, les artifices comptables sont à nouveau encouragés au plus haut niveau…

-Après avoir tenté de tondre fiscalement les ménages et les citoyens, on en est à s’en prendre à ce qui était sacré, les entreprises…

-Le système des paiements et transferts internationaux bat de l’aile avec  les embargos et surtout les prises de conscience des  menaces géopolitiques. Les parades bilatérales se multiplient…

-Le pétrole, qui a longtemps résisté, chute, on parle à nouveau de surproduction et de « glut ; toutes les matières premières tanguent…

-Les indices de prix et d’inflation des prix plongent à nouveau, on s’éloigne des 2% tant souhaités…

-Au Japon, des voix officielles et quasi autorisées se sont manifestées ces derniers temps pour  douter de la politique des Abenomics, alors que l’on croyait que l’on allait annoncer une prolongation, voire une amplification

-Les intellectuels, y compris Américains, publient des réflexions qui s’interrogent sur les avantages de continuer à être monnaie de réserve et avancent l’idée que le coût de cette responsabilité finit par excéder les avantages du seigneuriage, ceci coïncide avec la prudence/refus d’Obama d’engager plus avant les USA militairement sur les points chauds de la planète !

-On abandonne l’idée de la locomotive chinoise, de son excédent d’épargne, et on teste l’idée nouvelle d’un excédent durable de l’Europe, nouvelle responsable des déséquilibres globaux.

 

Nous pourrions compléter cette liste, mais elle ne serait pas plus convaincante;  les choses sont assez claires, à savoir que le consensus sur lequel on a fondé la tentative de sortie de crise est en train de s’effondrer. Il n’y a pas de sortie, pas d’Exit, mais une nouvelle phase.

Pourquoi? Parce que l’on s’est trompé, les résultats sont décevants et les forces de dislocation de la cohésion internationale, d’une part, et de la cohésion interne des pays, d’autre part, prennent de la vigueur, elles montrent maintenant les limites de ce que l’on a entrepris. Les questions que l’on croyait résolues se posent sous une forme neuve.

Les arbres sont là, nombreux, groupés, convergents presque, qui dissimulent  encore la forêt et nous empêchent d’en apprécier les contours ; le choc, car il y en aura un, ce sera lorsque la vue en sera dégagée et que les prises de conscience se feront. Les ruptures, les crises, ce sont toujours des révélations.

BRUNO BERTEZ Le Vendredi 10  Octobre 2014

illustrations et mise en page by THE WOLF

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3 réponses »

  1. Le maillon faible, c’est le dollar. Il est trop fort!

    La présente réflexion vise à convaincre que le monde global est en train de changer. Une page se tourne sur la phase qui s’est ouverte avec la crise en 2007/2008. Cette phase a duré 7ans comme les grands cycles bibliques. Sept années au cours desquelles on a cru, les peuples ont cru, que les magiciens et les grands prêtres avaient la situation en main.

    Nous avons accumulé un ensemble d’éléments convaincants de ce changement en cours. Nous y insisterons pas. Celui qui les lit attentivement mesure le chemin parcouru depuis 7ans et surtout, il touche du doigt la vanité des actions menées, les dérives et l’accumulation des nouveaux risques.

    Nous voulons insister sur ce qui se révèle par la déroute des marchés. Ce qui se révèle, c’est la brêche énorme qui est ouverte dans le mythe de l’omnipotence des « responsables » de la conduite des affaires.

    La chute des bourse européennes, la dégradation des perspectives économiques, le coup porté au mythe Allemand , tout cela n’est quasi rien à côté de celui qui est porté à la crédibilité de Draghi.

    Son auréole de 2012, sa baguette magique du « coûte que coûte » se sont brisées. Alors qu’il s’était hissé au niveau du pape suprême, le patron de la Reserve Fédérale Américaine, il vient de chuter lourdement de son piedestal, et se donne à voir comme un faussaire sur son petit strapontin. Il aura suffit de prévisions internationales calamiteuses, de quelques articles et conférences de l’Allemand Weidmann, pour que la foi disparaisse; et que le nuage de crédibilité se dissipe.

    Nous n’avons aucune idée de l’évolution future des marchés, pour une bonne raison qui est que pour nous, il n’y a plus de marchés, il n’y a que des champs de bataille piégés. Donc nous ne savons pas si on a fait le « top ». Le grand « top ». Tout ce que nous savons c’est qu’ils puent et qu’il faut être plus qu’audacieux, il faut être téméraire, pour s’y aventurer. Tout ce que nous savons c’est que la bulle de crédibilité des banquiers centraux est en train de perdre de l’air, celle de Draghi est près de crever, celle de Yellen à des fuites.

    Quelle politique d’investissement mener dans un tel contexte? Nul ne le sait non plus. Jusqu’à ces derniers temps, ceux qui avaient misé sur la pompe monétaire ont été gagnants. La pression atmosphérique monétaire a largement remplacé les fondamentales; elle a permis la lévitation.

    Faut-il parier sur une rallonge, sur des prolongations? C’est peut -être le plus probable, mais ce ne peut venir que de la Fed. Un relai de la BCE que certains espéraient est maintenant moins probable; quant à la BOJ, la montée des conséquences prévisibles mais non-attendues par les dirigeants, de l’Abenomics, est en train de refroidir les ardeurs dévaluationnistes.

    Ce qui nous inquiète le plus et nous ne sommes le seul, c’est la tendance haussière sur le dollar; Le symptôme de la fragilité du système est là, dans le manque de dollars. Pas de dollars pour transacter, non pas de celui là, de dollars comptables pour matcher les bilans, pour les passifs du système: le coté liabilities est en situation d’extrême short. Le système mondial est short de dollars, on est déjà à la courette.

    Il est temps de revoir, de réviser ce qui s’est passé lors des débuts de la crise, lors de la grande envolée du dollar index.

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  2. La guerre des monnaies est une réalité à court terme
    et un trompe-l’œil à long terme.

    Toutes les banques centrales imprimeront à tour de rôle
    encore longtemps dans une joyeuse connivence.

    Il faut bien tuer la monnaie papier pour tuer la dette.

    Tuer la monnaie or est plus difficile.

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