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Billet : Sauver ou Périr – L’engagement comme philosophie de vie Par T34

Sauver ou Périr –L’engagement comme philosophie de vie 

PAR T34

« Sauver ou Périr » n’est autre que la très noble devise des sapeurs-pompiers de Paris. C’est aussi le titre d’un superbe et émouvant reportage de France Télévisions (2012) consacré à ces militaires si particuliers, tant combattants du feu que psychologues de terrain, tant infirmiers qu’hommes à tout faire, qui vouent leur vie au service de la population. Motivés par une haute opinion de leur métier, ils s’investissent pleinement au quotidien pour pouvoir assurer les missions qui leur ont été confiées. Véritables chevaliers des temps modernes, dévoués et soucieux de protéger les plus faibles, ils ont décidé de dédier leur vie à l’accomplissement de leur devoir. Parfois au péril de celle-ci.

Si j’ai choisi de leur consacrer un article, c’est pour évoquer la notion d’engagement. En effet, à une époque où les termes « sacrifice », « dévouement », ou encore « faire son devoir » sont devenus presque obscènes, il m’a semblé essentiel de rappeler que la notion même de civilisation s’appuie sur l’idée fondamentale qu’il ne peut y avoir de société sans que les individus qui la composent aient, au cœur de leurs préoccupations, l’envie de la voir prospérer, et sans qu’ils soient prêts à s’investir pleinement pour la préserver. Une société humaine n’est jamais un dû ni un droit, c’est une construction qui exige une contribution régulière de la part de tous ses membres. John Fitzgerald Kennedy, pourtant démocrate, avait eu cette phrase très significative :

« Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais demandez-vous ce que vous pouvez faire pour votre pays ».

L’idée qui sous-tend cet article n’est point de vous inciter à devenir un objet sacrificiel, de faire de vous un « héros jetable et corvéable à merci ». L’Homme ne doit pas être envisagé comme un rouage utile en vue d’un bien commun défini par une élite distante et cynique, au risque de se voir exploité par des parasites qui vantent les exploits de héros et autres stakhanovistes pour mieux en abuser. Toutefois, il me semble fondamental de prendre conscience de l’importance de l’héroïsme choisi comme chemin de vie en vue de son propre épanouissement personnel, qui bénéficiera par la même occasion à la société de manière plus générale.

En effet, combien sont nos contemporains, l’auteur de cet article s’incluant dans cette catégorie, qui s’interrogent sans cesse sur le sens à donner à leur vie et sur les actions à entreprendre pour atteindre une certaine forme de bonheur, idéal des temps modernes. Nous pensons en termes de plaisir, d’épanouissement, d’intérêts divers et variés, sans pour autant nous intéresser à la finalité de nos agissements. Non que la poursuite de passions ou de projets aiguisant notre curiosité soit blâmable ou condamnable, mais cela ne semble pas suffire pour satisfaire notre nature d’animal social désireux de s’élever au-dessus de ses propres désirs. L’absence de considération pour le bien commun, pour l’intérêt général, semble être l’essence même, le principe fondamental, de notre société post-historique. Chacun dans son coin, et les médias de masse pour tous. La justice sociale, pourtant tant vantée et invoquée, n’étant qu’un prétexte employé par la classe dirigeante pour favoriser l’avènement d’une pensée unique, promouvoir une morale bien-pensante indéfinissable mais implacable et ainsi étendre sa mainmise sur la société.

Nous avons été nourris aux mamelles de l’indépendance et de la liberté individuelle, valeurs nobles indéniablement, indispensables à l’émergence d’une société saine et prospère, mais insuffisantes pour en permettre la conservation. Bien qu’il soit souhaitable de bâtir une société sur la notion de contrat et de volontarisme, un fort sentiment d’appartenance doit également animer ses habitants, sentiment sans lequel ce groupe ne pourra survivre sur le long terme. En tant qu’animaux tribaux, nous ne pouvons nous épanouir en dehors des autres, à quelques ermites près. C’est ici que la responsabilité, corollaire de la liberté, prend tout son sens. Cette dernière contraint l’individu à s’investir pleinement dans la vie de sa communauté afin de contribuer à sa préservation, et ainsi à surmonter le désir qui pourrait l’animer de s’affranchir de celle-ci. Avoir le souci de l’autre et du bien commun n’est pas toujours aisé à entretenir, mais se révèle pourtant incontournable. Concourir à la promotion et à l’édification d’une société florissante économiquement et resplendissante culturellement exige un engagement majeur de la part de ses membres. A cet égard, asséner que la France est la patrie des droits de l’homme ne constitue qu’une incantation vaine et ridicule, pas un projet de civilisation, si tant est que l’on peut considérer louable la poursuite d’une telle vision.

André Gide écrit dans sa préface au roman d’aviation Vol de Nuit, de Saint-Exupéry, dédié à l’aéropostale :

« Je lui (Saint-Exupéry) sais gré particulièrement d’éclairer cette vérité paradoxale, pour moi d’une importance psychologique considérable : que le bonheur de l’homme n’est pas dans la liberté, mais dans l’acceptation d’un devoir. Chacun des personnages de ce livre est ardemment, totalement dévoué à ce qu’il doit faire, à cette tâche périlleuse dans le seul accomplissement de laquelle il trouvera le repos du bonheur. »

C’est, je crois, l’un des enseignements les plus instructifs de la littérature française.

Quid de l’application pratique de tels principes ? De nos jours, que signifie être responsable ? Comment, concrètement, contribuer aujourd’hui à la sauvegarde et à la défense de la civilisation occidentale ? Comment défendre la pierre angulaire de notre civilisation, à savoir la liberté ? Eh bien, commencer par reconnaître l’existence d’une civilisation proprement occidentale, ce que certains auteurs ont déjà commencé à faire (je ne m’étendrai donc pas sur cet aspect des choses). Réhabiliter notre pensée et notre histoire, voilà le socle sur lequel construire notre avenir. Les quelques ouvrages remettant quelque peu en cause le statu quo font florès, même si l’on ne peut s’empêcher d’éprouver la désagréable impression qu’ils s’échangent davantage sous le manteau qu’ils ne font la une des journaux…

Outre la revalorisation de notre héritage culturel et philosophique, il me semble qu’un principe devrait guider toutes nos actions : la recherche constante de la vérité. La vérité, qui doit être martelée contre vents et marées, est aux hommes de Bien ce que le rocher était à Sisyphe. L’on ne peut cesser de la défendre au prétexte qu’elle serait lourde à porter, ou qu’elle impliquerait un désagrément passager. Il faut l’ériger en idéal, afin qu’elle soit inscrite au cœur de notre société. Shakespeare écrit dans Henri IV :

« While you live, tell truth and shame the Devil ! » (Tant que tu vivras, dis la vérité et couvre de honte le Diable).

Dans ce cadre-là, ainsi présentée, la promotion de la vérité pourrait être considérée comme un véritable sacerdoce. Au contraire ! Elle doit éclairer notre vie, et la guider vers un avenir meilleur.

Cette quête perpétuelle vers la vérité implique un engagement passionné (passionnel diront certains), inflexible et irréductible. Elle requiert du courage, une certaine forme de vaillance de tous les jours, pour en confronter ses adversaires et les affronter ensuite. Aristote, déjà, soulignait que

« le courage est la première des qualités humaines car elle garantit toutes les autres ».

Bien que le combat paraisse inégal au premier abord, devant tant de cynisme et d’aveuglement, je crois férocement que ceux qui se montreront suffisamment braves pour la porter sur les fonts baptismaux n’en seront que récompensés in fine, même s’ils connaîtront maints ennuis le long du chemin. Chesterton évoquait ceci sur la notion de courage :

« Courage is almost a contradiction in terms. It means a strong desire to live taking the form of a readiness to die » (Le courage est presque une contradiction en lui-même. Il implique un intense désir de vivre combiné à une disposition à mourir).

L’engagement comme moteur de vie, donc. Certes, vous pourrez toujours noyer votre désœuvrement dans les voyages, le bon vin ou autres addictions diverses et variées. Mais pour vivre une vie pleinement remplie et profondément utile, pour mener une vie qui ait du sens et qui laisse une empreinte, il me semble que servir une cause juste, honorable et digne constitue encore le moyen le plus sûr d’accéder au bonheur. Je finirai sur ces quelques mots de Thucydide :

« Il n’y a pas de bonheur sans liberté, ni de liberté sans vaillance ».

EN BANDE SON : 

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