1984

Douce France : Bruno Roger-Petit, ou la presse subventionnée jusqu’à l’écoeurement

Bruno Roger-Petit, éditorialiste de Challenges, vient d’être nommé porte-parole de l’Élysée. Cette nomination constitue un aboutissement logique pour un journaliste épinglé par sa propre rédaction pour son soutien excessif à Emmanuel Macron durant la campagne électorale. Dans la France de Macron, la subordination de la presse au pouvoir atteint des sommets.

Durant la campagne électorale, tous ceux qui ont osé interroger ouvertement les relations de subordination malsaine entre Emmanuel Macron et la presse subventionnée ont fait l’expérience du bannissement. Pourtant, l’entourage de celui qui est devenu Président n’a pas ménagé les pressions outrancières vis-à-vis de tout ce qui ne se montrait pas complaisant à l’égard de leur candidat.

Il n’aura pas fallu trois mois pour que les pots aux roses apparaissent. L’un des éditorialistes les plus courtisans envers le candidat Macron vient d’être nommé porte-parole de l’Élysée.

Cette collusion était bien connue avant même l’élection du Président. Mais il était de fait impossible de l’aborder publiquement sauf à passer pour complotiste, ou fasciste, ou je ne sais quoi de peu enviable.

Étrange destin d’un pays où le déni des évidences atteint parfois des paroxysmes de fièvre paranoïaque.

Challenges, l’un des titres les plus subventionnés au numéro

On notera avec amusement que Bruno Roger-Petit est un habitué de la subvention publique. Dès aujourd’hui, il vit avec l’argent du contribuable pour défendre chaleureusement un Président qu’il avait qualifié, dans l’un de ses éditoriaux, d’intellectuel. Mais hier déjà, il était rémunéré par le contribuable… partiellement en tout cas.

Challenges est en effet l’un des titres les plus subventionnés de France. Au numéro en tout cas. On nous permettra de souligner que cette façon de subventionner la presse constitue quand même une vilaine manie qui instaure, qu’on le veuille ou non, un rapport de subordination de la presse envers les pouvoirs publics au sens large.

On vient d’en avoir une nouvelle preuve avec ce nouveau porte-parole de l’Élysée.

Des subventions pour faire taire la vraie presse?

La subvention à la presse est un cercle vicieux.

La presse subventionnée est ennuyeuse, convenue, courtisane, consensuelle. Elle se croit sérieuse. Mais elle est si rasoir que personne ne l’achète. Sans subvention, elle est condamnée à mourir.

Plus elle est subventionnée, moins elle fait d’efforts pour répondre aux attentes de ses lecteurs, et plus elle est rasoir.

Par un étrange retournement des valeurs, ceux qui ennuient leurs lecteurs et survivent grâce aux subventions du pouvoir se présentent volontiers comme les garants de l’indépendance et de l’objectivité face aux mécréants du Net qui seraient partisans et peu crédibles. Cette inversion des valeurs vient d’être mise en lumière avec férocité par la nomination de Bruno Roger-Petit.

En réalité, la prétendue impartialité de la presse subventionnée est désormais bien expliquée aux Français. Répétons-le: la presse « institutionnelle » est à la solde de ses financeurs, même si elle cherche à la faire oublier par des leçons quotidiennes de bien-pensance.

La collusion systémique entre la presse et le pouvoir

Sur le fond, Chomsky a parfaitement analysé le phénomène à l’un des avatars duquel nous assistons aujourd’hui.

Pour obtenir des « scoops », il faut être proche du pouvoir. C’est l’intérêt du secret en politique: il donne de la valeur à ceux qui détiennent l’information. Pour obtenir un scoop auprès d’une personne bien informée, il faut être complaisante avec elle, lui servir la soupe. François Hollande l’avait bien compris.

Donc, le journaliste qui veut des scoops cirent les pompes des puissants. Devenir leur porte-parole, en quelques sorte. On appellera ce phénomène, désormais, la loi Roger-Petit.

Bruno Roger-Petit et la fabrique du consentement

Bruno Roger-Petit donne un bel exemple de fabrique du consentement en démocratie libérale, telle que Noam Chomsky l’a astucieusement démontée. La campagne pour les présidentielles a permis de vérifier le rôle des médias dans la mise en place progressive d’un consensus autour d’une candidature jugée comme seule « démocratique » face à celle de Marine Le Pen parée de tous les oripeaux de l’extrême droite.

http://eric-verhaeghe.entreprise.news/2017/08/30/bruno-roger-petit-ou-la-presse-subventionnee-jusqua-lecoeurement/

L’éditorialiste Bruno Roger-Petit récolte les dividendes de ses billets très favorables à Emmanuel Macron : il passe à l’Elysée. La conclusion d’un grand brouillage politico-médiatique.

La distribution de récompenses a commencé auprès d’Emmanuel Macron. Ce mardi 29 août, l’Elysée a confirmé l’information de RTL selon laquelle l’éditorialiste Bruno Roger-Petit – BRP pour les intimes – sera prochainement nommé porte-parole du président de la République. Un journaliste politique qui devient conseiller du chef de l’Etat, voilà qui ne surprendra… que ceux qui ignorent la nature de l’entente entre l’homme de médias et le politique.

Depuis de longs mois, le chroniqueur vedette de Challenges.fr multiplie en effet les billets louangeurs à l’égard du Président de 39 ans. En avril dernier, la société des journalistes (SDJ) de Challenges s’était émue de la fréquence d’éditoriaux favorables à Emmanuel Macron, en ciblant Bruno Roger-Petit et l’autre chroniqueur maison Maurice Szafran. Entre janvier et mars 2017, ces membres de la rédaction de Challenges avaient relevé pas moins de 19 articles pro-Macron ou défavorables à ses adversaires.

Seul journaliste présent à la Rotonde

Fallait-il y voir un engagement désintéressé de Bruno Roger-Petit ? L’interrogation a grandi quand Le Figaro a révélé que l’éditorialiste a participé à la soirée post-premier tour de la Rotonde avec les plus proches d’Emmanuel Macron. Il était le seul journaliste politique invité ce soir-là. Cette nomination apporte finalement la réponse, et un éclairage éclatant des liens de confiance qui lient les deux hommes.

Auprès d’Emmanuel Macron, Bruno Roger-Petit occupera sans doute un poste encore atypique en France mais entré dans les mœurs aux Etats-Unis, celui de « spokesman », c’est-à-dire de porte-parole à visage découvert. Il sera notamment chargé de porter la bonne parole sur les réseaux sociaux. Autrement dit, il deviendra tout simplement… community manager de l’Elysée. Conscient qu’il pourrait être rattrapé par son passé numérique, le désormais ex-journaliste a nettoyé son compte Twitter dès ce mardi. Ses messages, au nombre de 73.600 en début de matinée, sont passés sous la barre des 10.000 avant qu’il ne supprime carrément son compte. « Son compte, maintenant, c’est celui de la présidence », justifie-t-on dans l’entourage d’Emmanuel Macron.

Contacté par Marianne, l’Elysée ajoute que Bruno Roger-Petit aura pour mission d’expliquer la politique du Président à la télévision et aux journalistes qui l’appellent : « Il ira sur les plateaux et répondra aux journalistes qui le sollicitent, mais en tant que de besoin, en ajustant son rythme de prise de parole aux priorités du moment. »

L’ex-présentateur de France 2 exercera peu ou prou le même job qu’un certain Christophe Castaner au gouvernement. Celui-là même qui confiait récemment à Marianne son « amour » pour Emmanuel Macron. Un modèle pour BRP ?

Source : Marianne.net

Trop de journalistes français entretiennent avec le pouvoir politique des proximités malsaines, inutiles, dévalorisantes pour la profession. L’indépendance de la presse ne sort pas grandie des connivences et courbettes qui s’observent dans le petit monde politico-médiatique. Celui-ci vient même d’officialiser son concubinage, puisque des ténors rejoignent ces jours-ci des éditorialistes sur des plateaux de radios ou de télévisions ( je vais moi-même connaître ce cas de figure à RTL, où j’interviens à On refait le monde). C’est le cas d’Henri Guaino, Jean-Pierre Raffarin, Julien Dray, Aurélie Filippetti, Gaspard Gantzer, Raquel Garrido, Roselyne Bachelot, etc (lire ici). Jean Messiha, qui représentait le FN, vient d’ailleurs d’être écarté par Europe 1 au prétexte, notamment, qu’il avait qualifié l’islam « d’incompatible avec la République ». C’est bien dommage, car il n’y a aucune raison que le FN ne soit pas, dès lors, représenté tandis que l’est le parti de Jean-Luc Mélenchon. En réalité, il est à craindre que ces personnalités en quête de reconversion n’aggravent la pression du politiquement correct. En effet, elles n’ont jamais brillé, sinon Guaino, par leur résistance au conformisme de la pensée lisse. La nomination, mardi, de Bruno Roger-Petit, journaliste à Challenges, comme porte-parole de l’Elysée, est une autre illustration des liens qui existent entre les pouvoirs médiatique et politique. En juillet, c’est le directeur de la rédaction d’Europe 1,Nicolas Escoulan, qui avait rejoint le cabinet de Benjamin Griveaux, au ministère de l’Economie et des Finances. Ces sortes de « outing » jettent la suspicion sur les informations jusqu’alors diffusées.

Les embrigadements médiatiques en faveur d’Emmanuel Macron confirment ce que fut, durant la campagne présidentielle, la mobilisation de la presse pour l’enfant chéri. Pierre Bergé, actionnaire du Monde, avait félicité publiquement un de ses éditorialistes pour « son remarquable papier qui prédit la victoire de Macron ». Dans un communiqué, la société des journalistes de Challenges, hebdomadaire économique, avait déjà dénoncé « la fréquence des articles de Bruno Roger-Petit et de Maurice Szafran (…) qui annihile totalement la tentative de rééquilibrage », qui avait consisté à embaucher des journalistes « de droite ». La chaîne d’Info LCI avait préféré supprimer de son site le replay d’une émission (Médiasphère) jugée trop critique contre le leader d’En Marche ! A la veille de l’élection, le Syndicat national des journalistes (SNJ) et 34 sociétés de journalistes, dont celles du Figaro, avaient pour leur part multiplié les mises en cause de Marine Le Pen, pour valoriser d’autant le jeune candidat. Pour ma part, je suis convaincu depuis toujours que les médias se fourvoient à vouloir mimer les politiques, au point de devenir parfois leurs obligés. Les filets d’eau tiède que produisent ces alliances pantouflardes n’apportent rien au journalisme. Ce dernier a tout à gagner à consolider sa distance avec un monde politique qui tourne en rond et est attiré par la facilité des idées toutes faites.

http://blog.lefigaro.fr/rioufol/2017/08/trop-de-journalistes-francais.html

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4 réponses »

  1. A propos de l’entreprise du luxe Chanel :
    Chanel est le symbole de la France de 2017.
    Les deux propriétaires de Chanel sont deux frères, Alain et Gérard Wertheimer. Ce sont deux hommes d’affaires de nationalité française.
    Derniers chiffres connus : tous les chiffres du groupe sont en très nette baisse. Le chiffre d’affaires, d’abord, qui recule de 9% à 5,67 milliards de dollars, mais aussi le résultat opérationnel, qui baisse de 20%, à 1,278 milliard et le bénéfice net, qui recule, lui, de 35%, à 874 millions de dollars.
    Les deux propriétaires de Chanel ont donc décidé …
    … de doubler leur dividende !
    Le bénéfice net de Chanel s’effondre, il est tombé à 874 millions de dollars … et donc ses deux propriétaires vont gagner 3,4 milliards de dollars cette année !
    Lisez cet article :
    Ils se sont voté 3,4 milliards de dollars en dividendes au titre de 2016. Une somme énorme. Presque disproportionnée… C’est deux fois plus que les 1,6 milliard qu’ils s’étaient attribués l’an dernier. C’est presque deux tiers du chiffre d’affaires du groupe, et c’est surtout quatre fois ce que l’entreprise a déclaré en bénéfice net ! La ponction a été si forte, nous apprend encore ce document de 92 pages que Challenges et le magazine suisse Bilan se sont procurés, que la trésorerie de l’entreprise est tombée, pour la première fois depuis longtemps, sous le milliard de dollars!
    https://www.challenges.fr/luxe/chanel-l-incroyable-dividende-des-freres-wertheimer_494435
    Bien entendu, Alain et Gérard Wertheimer ne veulent pas payer d’impôts en France. Les impôts, c’est bon pour les gueux.
    Les deux frères sont donc partis en Suisse pour ne plus payer d’impôts : ils habitent aujourd’hui à Genève.
    http://www.latribune.fr/vos-finances/impots/fiscalite/20111201trib000668201/decouvrez-la-liste-des-44-plus-grandes-fortunes-francaises-exilees-en-suisse.html
    Conclusion :
    Depuis des dizaines d’années, la grande bourgeoisie dirige la France.
    La grande bourgeoisie a complètement verrouillé le système financier, le système politique et le système médiatique.
    Aujourd’hui, il faut une révolution pour détruire ce système.


    https://polldaddy.com/js/rating/rating.js

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  2. Lundi 4 septembre 2017 :

    Emmanuel Macron n’a plus que 30 % d’opinions favorables dans les sondages.

    La popularité de Macron dégringole encore en septembre.

    Dans notre baromètre mensuel YouGov, le couple exécutif voit son image se dégrader une nouvelle fois à la rentrée après un été compliqué.

    Le mois d’août fut morose, la rentrée n’est guère plus réjouissante. La cote de popularité du couple exécutif poursuit sa chute vertigineuse.

    Selon notre baromètre mensuel réalisé par YouGov pour Le HuffPost et CNews, Emmanuel Macron voit son image se dégrader pour le deuxième mois consécutif dans l’opinion. Sa cote de confiance perd 6 points en septembre pour atteindre 30% d’opinions favorables, après en avoir perdu 7 au mois d’août.

    http://www.huffingtonpost.fr/2017/09/03/exclusif-la-popularite-de-macron-degringole-encore-en-septembre_a_23194143/

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