1984

Rappel / Etats-Unis-Vietnam : une armée de drogués

Vietnam : une armée de drogués

En relation et en écho avec mon dernier Billet je vous recommande la lecture de ces deux courts articles parue en 2016 qui ont le mérite de décrire une réalité où les liaisons dangereuses d’aujourd’hui ne datent pas d’hier, Les USA se battent pour le G. O. D, vous savez, l’or, le pétrole et les drogues. Hier la provenance et fabrication de l’opium était made in Vietnam, aujourd’hui cet opium vient de la colonie US-OTAN d’Afghanistan. De là, pour des raison de fabrication et recherche  de nouveaux consommateurs  le voyage de l’opium s’élargit à la Chine Vietnam Russie et EU surtout. La crise des opioïdes qui sévit aux USA et bientôt un peu partout est donc bien fabriquée par des distributeurs de drogue officielles et officieux, qui en profitent et s’enrichissent à coup de milliards de dollars. Personne n’est encore allé en prison pour le massacre dans lequel plus d’Américains sont morts cette année que pendant toute la guerre du Vietnam, 72000 en 2017,  déjà 65000 en 2016 pour 58000 morts officiels durant la guerre du Vietnam

www.guerres-influences.com 7 Juillet 2016

La guerre du Vietnam a été l’occasion pour les militaires américains d’un véritable festival de la défonce. A fins d’automédication, pour tenir face à l’ennui et aux terribles conditions du terrain et du champs de bataille, ils consomment massivement divers stupéfiants, faciles à se procurer et peu coûteux.

Dans son ouvrage « Shooting Up, a history of drugs in warfare« , Lukasz Kamienski reprend les estimations de l’administration américaine publiées en 1974: 92% des soldats déployés au Vietnam consomment de l’alcool, 69% de la marijuana, 38% de l’opium, 34% de l’héroïne, 25% des amphétamines et 23% des barbituriques. Alors que les drogues sont considérées comme de simples médicaments pendant les deux conflits mondiaux et la guerre de Corée, distribués en quantités énormes aux hommes, les mentalités ont évolué et ces produits sont désormais totalement illicites. Les autorités militaires tentent de lutter contre le fléau de la dépendance, sans avoir les outils nécessaires pour des dépistages efficaces.

Les médias vont progressivement aborder le sujet. En 1968, le Washingtonian affirme que 75% des soldats sont accrocs. John Steinbeck IV lance le mythe d’une armée de drogués, sous le titre « l’importance d’être défoncé au Vietnam« . Ce récit s’amplifie surtout en 1971 avec le US News and World Report qui présente la marijuana comme « l’autre ennemi au Vietnam« , juste avant que Newsweek ne publie une photo d’un casque de GI accompagné d’une seringue.

Rapidement, les mêmes médias s’interrogent sur les conséquences à long terme de cette consommation de drogue au Vietnam. On commence à craindre que les vétérans ne reviennent avec ces mauvaises habitudes et ne les transmettent aux autres Américains. Newsweek explique ainsi le 5 juillet 1971 que:

L’héroïne a explosé sur nous comme une bombe atomique. Il y a dix ans, même trois, l’héroïne était une drogue de perdant, une aberration qui touchait les noirs et les minorités aux cheveux longs. Maintenant, tout ça a changé. De bons garçons juifs sortent du bois de même que des gamins mormons, des Japonais américains et toutes sortent de classes moyennes laborieuses idéales.

La drogue est perçue comme une arme entre les mains de l’ennemi. Elle devient la cause des échecs militaires au Vietnam et l’épée de Damoclès qui pèse sur l’ensemble de la société américaine. Le président Nixon s’empare du phénomène en déclarant une guerre à la drogue. Un moyen pour le chef de l’Etat de détourner l’attention du public des problématiques stratégiques, au profit d’un grand combat pour la santé publique. Désormais, tous les boys devront être dépistés avant de rentrer au pays et s’ils sont positifs, devront subir une cure de désintoxication express sur place. Les soldats qui se droguent sont rendus responsables de la situation stratégique.

Rien ne laisse pourtant penser que cette consommation de drogue avait des effets négatifs sur les capacités des soldats au combat. A l’époque, un psychologue militaire, le lieutenant colonel Larry H. Ingrahm note que les soldats qui se droguent ne le font pas au moment où ils auront besoin de tout leur esprit:

Les soldats ne sont pas des idiots. Ils connaissent les dangers qu’il y a à travailler avec des équipements lourds ou à aller au combat sans être opérationnels. Des individus qui menacent la sécurité du groupe sont souvent violemment exclus du groupe de combat. Au Vietnam, entre 1970 et 1971, il y a eu des problèmes de performances dus au retrait de l’héroïne, mais pas à l’addiction en elle même.

Pour cet officier, les différentes drogues consommées par les soldats leur permettent au contraire de maîtriser leur environnement et leur équilibre physique et mental: contrôle de la peur, aide à trouver le sommeil, ou au contraire à ne pas sombre dans celui-ci, amélioration des perceptions… Lukasz Kamienski note également que l’usage de ces drogues, souvent lors des permissions à l’arrière, est un rituel collectif qui permets aux membres du groupe de resserrer les liens qui les unissent.

La séquence médiatique décrivant une armée de drogués menaçant la santé des Américains, exploitée par le président Nixon, entraîne une marginalisation supplémentaire des vétérans lorsqu’ils rentrent au pays. Selon l‘American Journal of Public Health volume 64 de 1974, il n’y a pourtant pas plus de consommateurs de drogues chez ces derniers au retour qu’avant qu’ils ne partent au Vietnam. Au contraire: avant leur déploiement au Vietnam, 11% des soldats prenaient de la drogue ; 43% le font pendant leur tour sur place ; et seulement 10% poursuivent au retour.

Les médias n’ont pas eu tort en soi, de relever et de questionner l’importance de la consommation de drogue des soldats déployés au Vietnam. Pourtant, en s’autorisant une prospective non nourrie de faits, ils donnent naissance à un récit qui ne repose sur rien de concret. Le pouvoir politique y trouve une belle opportunité de désigner un « autre » comme responsable de l’échec au Vietnam: le junkie en treillis. Un vrai problème (la drogue) fait ainsi l’objet d’un mauvais diagnostic (les soldats drogués sont moins efficaces et causent l’effondrement militaire américain au Vietnam) qui éloigne l’opinion de la vraie problématique, tout en offrant une opportunité au pouvoir de se dédouaner de ses propres responsabilités stratégiques.

Sans parler des vétérans sacrifiés dans cette manoeuvre informationnelle de Nixon.

http://www.guerres-influences.com/vietnam-armee-drogue-shooting-up/

Soldats au Vietnam en 1966 ARMÉE AMÉRICAINE / WIKIMEDIA
Certains historiens appellent le Vietnam la « dernière guerre moderne », d’autres le «première guerre post-moderne » De toute façon, elle était irrégulière: le Vietnam était pas une guerre conventionnelle avec les lignes de front. Au lieu de cela, c’était un conflit sans forme dans lequel les principes stratégiques et tactiques antérieurs ne s’appliquaient pas. Le Vietcong se battait d’une manière inattendue, surprenante, et trompeur pour nier les forces des Américains et exploiter leurs faiblesses, ce qui rend la guerre du Vietnam peut-être le meilleur exemple de la guerre asymétrique du 20ème siècle.Le conflit était distinct d’une autre manière, et avec le temps, il est devenu connu comme la première « guerre pharmacologique », parce que le niveau de consommation de substances psychoactives par le personnel militaire était sans précédent dans l’histoire américaine. Le philosophe britannique Nick Land a décrit avec justesse la guerre du Vietnam comme « un point d’intersection décisif entre la pharmacologie et la technologie de la violence ».Depuis la Seconde Guerre mondiale, peu de recherches ont permis de déterminer si l’amphétamine avait un impact positif sur la performance des soldats. Pourtant, l’armée américaine a rapidement fourni ses troupes au Vietnam. Des « pilules pépites » étaient généralement distribuées aux hommes qui partaient pour des missions de reconnaissance et des embuscades à longue distance. L’instruction militaire standard (20 milligrammes de dextroamphétamine pendant 48 heures de préparation au combat) était rarement suivie; des doses d’amphétamine ont été délivrées, comme l’a dit un ancien combattant, «comme des bonbons», sans tenir compte de la dose recommandée ni de la fréquence d’administration. En 1971, un rapport du Comité spécial sur la criminalité de la Chambre des Représentants a révélé que de 1966 à 1969, les forces armées avaient utilisé 225 millions de comprimés de stimulants, principalement de la Dexédrine (dextroamphétamine), un dérivé d’amphétamine qui est presque deux fois plus fort que la benzédrine utilisée pendant la seconde guerre mondiale. La consommation annuelle de Dexedrine par personne était de 21,1 comprimés dans la marine, de 17,5 dans l’armée de l’air et de 13,8 dans l’armée.
Des recherches ont montré que 3,2% des soldats arrivant au Vietnam étaient de gros utilisateurs d’amphétamines; cependant, après un an de déploiement, ce taux est passé à 5,2%. En bref, l’administration de stimulants par les militaires a contribué à la propagation des habitudes de consommation de drogues, qui ont parfois des conséquences tragiques, car l’amphétamine, comme le prétendent de nombreux anciens combattants, accroît l’agressivité et la vigilance. Certains se sont souvenus que lorsque l’effet de la vitesse s’estompait, ils étaient tellement irrités qu’ils avaient envie de tirer « des enfants dans les rues ».Des substances psychoactives ont été émises non seulement pour stimuler les combattants, mais aussi pour réduire l’impact néfaste du combat sur leur psychisme. Afin d’éviter que les soldats ne se désintègrent du stress du combat, le Département de la défense a employé des sédatifs et des neuroleptiques. Dans l’ensemble, écrit David Grossman dans son livre On KillingLe Vietnam était «la première guerre dans laquelle les forces de la pharmacologie moderne étaient dirigées vers le soldat du champ de bataille». Pour la première fois dans l’histoire militaire, la prescription de puissants antipsychotiques comme la chlorpromazine, fabriquée par GlaxoSmithKline sous le nom de Thorazine, devint routine. L’utilisation massive de la psychopharmacologie et le déploiement d’un grand nombre de psychiatres militaires contribuent à expliquer le taux de traumatisme de combat sans précédent enregistré en temps de guerre: considérant que le taux de dépressions mentales chez les soldats américains était de 10% pendant la seconde guerre mondiale (101 cas pour 1 000) des troupes) et 4% lors de la guerre de Corée (37 cas pour 1 000 hommes). Au Vietnam, il est tombé à 1% (12 cas pour 1 000 hommes).Ce résultat, cependant, était à courte vue. En soulageant simplement les symptômes des soldats, les antipsychotiques et les narcotiques apportent un soulagement immédiat mais temporaire. Les médicaments pris sans psychothérapie appropriée ne font qu’atténuer, supprimer ou geler les problèmes qui restent profondément ancrés dans le psychisme. Des années plus tard, ces problèmes peuvent exploser de manière inattendue avec une force multipliée.Les intoxicants n’éliminent pas les causes du stress. Au lieu de cela, observe Grossman, ils font «ce que l’insuline fait pour un diabétique: ils traitent les symptômes, mais la maladie est toujours présente». C’est précisément pourquoi, comparés aux guerres précédentes, très peu de soldats vietnamiens avaient besoin d’évacuation médicale. décomposition du stress. De même, les forces armées ont contribué à l’épidémie sans précédent de TSPT parmi les anciens combattants à la suite du conflit. Cela résultait, dans une large mesure, de l’utilisation imprudente de produits pharmaceutiques et de médicaments. Le nombre exact d’anciens combattants du Vietnam qui ont souffert du TSPT reste inconnu, mais les estimations vont de 400 000 à 1,5 million. Selon l’étude nationale sur la révision des anciens combattants du Vietnam publiée en 1990, pas moins de 15 personnes.
Dans son livre Flashback , Penny Coleman cite un psychologue militaire qui affirme que si des drogues sont administrées alors que le stress persiste, elles arrêteront ou supplanteront le développement de mécanismes d’adaptation efficaces, ce qui entraînera une augmentation du traumatisme à long terme stress. Ce qui s’est passé au Vietnam est l’équivalent moral de donner à un soldat un anesthésiant local pour une blessure par balle et de le renvoyer ensuite au combat.


Cet article a été adapté du livre de Lukasz Kamienski, Shooting Up: A Short History of Drugs and War .

Traduction rapide du Lupus

LUKASZ KAMIENSKI est chargé de cours en sciences politiques à l’Institut des études américaines et à la diaspora polonaise de l’Université Jagellon, en Pologne. Il est l’auteur de Shooting Up.

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