Douce France

« La naissance de King Kostard », par Bruno Adrie

Au commencement était le Verbe, pardon, le Word. Et le Word était vrai et le Word était faux. Au commencement était le Word et le Word dit : « Que la lumière soit ! » Et les sunlights s’enflammèrent au-dessus de la scène encore vide d’un cosmos immanent en attente de parturition. Voyant ce vide, le Word se sentit seul. Il eut même froid. Alors, le Word prit le vide, le rassembla, le modela, en fit une forme qu’il habilla, quicklyavant qu’elle ne se dispersât. Il l’attifa, complet veston taillé bespoke dans la toile sombre volée aux nuits du firmament. Puis il vissa à son sommet un crâne, une tête auguste serrée cravate qu’il couronna d’une tranche de paillasson pariétale et occipitale. Il lui fit un grand front et modela son visage, lui enfonçant dans les orbites deux yeux où se mêlèrent les eaux troubles des bas calculs et les eaux claires d’une bêtise limpide. Puis il lui planta un nez, un nez arqué, un nez tranchant, un nez brise-glace et ambitieux et lui découpa une bouche, lui fourgonna une anfractuosité à dentition vorace, une béance dans laquelle il souffla pour lui accorder le wording. Le wording, ce don de dire et de ne pas dire, cette glossolalie en va-et-vient permanent, ce bal trompeur des mensonges vrais et des vérités falsifiées qui tournent en boucle sous les orbites obombrantes. 

C’est ainsi le wording prit corps dans une créature que le Word appela King Kostard. 
Ayant contemplé son œuvre et l’ayant trouvé bonne, le Word l’enferma dans la grande pyramide, afin qu’elle se condensât, afin que l’ombre la prît, dans l’attente du Moment Cosmique, dans l’attente des Fêtes de Printemps, dans l’attente quinquennale, surfaite et programmée des Bacchanales Électorales.

Bruno Adrie

« King Kostard a des amis. Il en a partout dans le monde, tous desgrands, tous puissants, tous conquérants », par Bruno Adrie

By Bruno Adriebrunoadrie.wordpress.com mai 12, 2019

King Kostard a des amis. Il en a partout dans le monde, tous des grands, tous puissants, tous conquérants. Quand il les reçoit, il est tout sourire. Il met dans leur main sa main artificiellement hâlée, il leur tapote fraternellement l’épaule, il les étreint dans ses petits bras à manches marine. Il leur parle, il les palpe, il les renifle, leur parle tout près des lèvres, leur montre qu’il les aime, qu’ils sont égaux, qu’il est grand lui aussi, qu’il est un homme, un vrai, un comme eux qu’a pas peur. Puis il leur vend des armes, il en faut pour écraser le voisin et puis le pognon, l’argent pardon, un roi ne devrait jamais employer ces mots-là…
Est-ce moral?
Mais bien entendu!
Car King Kostard connaît la suite. Habité par une prescience immanente, il proclame devant les journalistes qui l’approchent en rampant devant les mitrailleuses que ces armes jamais ne tueront de civils et jamais ne tueront d’enfants. Il sait bien, King Kostard, qu’en cas de conflit, ses balles et ses obus ne toucheront que des soldats ennemis – n’ont-elles pas été conçues pour ça dans les laboratoires printaniers du pays de Kokogne? – des soldats recrutés ‘wrong time wrong place’ par les armées sauvages des régimes honnis. Il le sait bien, King Kostard, et il assume.
Il assume toujours, il dit toujours: « J’assume ». 
Mais a-t-il bien compris ce que ce veut dire « j’assume »?
S’il croyait au karma, il assumerait bien moins.
S’il croyait à l’enfer, il n’assumerait peut-être plus du tout.
Allons, allons! King Kostard ne croit pas à ces fadaises. King Kostard est pragmatique, King Kostard a les pieds sur terre, King Kostard est machiavélien.
Il croit en la toute puissance de la puissance.
On dit même à la cour qu’il a placé le mensonge – qui doit servir sa toute puissance – au zénith de toutes les vertus.
Ecoutons-le : « Nos balles choisissent leurs cibles. Elles n’atteignent que les coupables en épargnant des innocents qui implorent à genoux qu’on vienne les libérer d’un régime excessivement oppressif ».
King Kostard sait bien que le rêve de ces innocents est de venir au pays de Kokogne – le plus beau pays du monde – où il a monté un régime bien à lui qui protège les libertés à la matraque et la fraternité au chamboule-tout.

« Et j’assume » répète-t-il aux journalistes qui quittent le palais mains en l’air et à reculons, tous égaux sous l’œil froid des mitrailleuses.

Bruno Adrie

EN BANDE SON :

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