Art de la guerre monétaire et économique

« LES JEUNES SONT CONS » L’Incorrect !

Virulent, mais malheureusement trop vrai….

Artofus.

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– Grâce à internet, tout le monde peut devenir éditorialiste ou politologue. La tendance n’est pas neuve, bien sûr, mais elle s’est accélérée ces dernières années, et a pris de la fulgurance avec les mouvements lancés depuis la mort de George Floyd.

 

Il est heureux de voir que le confinement a permis à des gens, qui auparavant s’inquiétaient plus du transfert de Cavani ou de la nouvelle collection de fonds de teint de Rihanna, d’enfin terminer leurs mémoires de géopolitique, et d’utiliser leurs connaissances en géopolitique et en histoire pour expliquer doctement que la situation américaine et la situation française sont semblables.

 

Dans un article publié récemment sur le site de Marianne, et intitulé « Blanchité, privilèges, alliés… Pourquoi les jeunes adhèrent-ils tant à « l’antiracisme » racialiste ? », l’auteur, Anthony Cortes, évoquait pêle-mêle les podcasts et autres formats vidéos type Brut, ou le cheval de Troie du Qatar, AJ+ Web.

 

Si les jeunes adhèrent autant au discours dominant, c’est parce qu’ils ne lisent plus, tout simplement.

 

Cependant, et même si c’est évoqué en filigrane derrière le propos de l’article, l’auteur ne va pas au fond de sa pensée : si les jeunes adhèrent autant au discours dominant, c’est parce qu’ils ne lisent plus, tout simplement. Les vidéos courtes et les tweets ont remplacé la fastidieuse d’articles, parfois longs, parfois complexes, demandant un ersatz de réflexion.

 

Les rares sites proposant encore des articles à la lecture incluent maintenant un avertissement sur le temps de lecture, ainsi, souvent, qu’une barre déroulante, indiquant quel chemin sépare le lecteur de la fin de l’article. Comme l’enfant en bas-âge, le jeune lecteur a en effet besoin qu’on lui tienne la main et qu’on le rassure. « C’est bientôt fini, mon chéri, ne t’inquiète pas ».

 

C’est pour cela que l’alternative vidéo paraît séduisante : elle ne prend que peu de temps, demande le minimum de réflexion, et pour le temps de lecture moyen d’un article (3 minutes environ), propose environ dix fois moins d’informations. Ce n’est pas nouveau. Il y a plus d’une quinzaine d’années, une étude avait déjà été menée sur la différence entre journal papier et journal télévisé, et il en était ressorti que quarante minutes de journal télévisé contenaient autant d’informations qu’une demie-page de journal.

 

Une aubaine pour les façonneurs d’esprits, qui remplissent les têtes vides d’une bouillie informe, dénuée de nuances : quelques colorants, des arômes, mais surtout pas de conservateurs, et voilà nos jeunes prêts à penser, sans avoir eu besoin d’esquisser ne serait-ce que le début d’une once de réflexion.

 

On pense comme on tweete, car on tweete ce que l’on pense, et cela ne dépasse jamais 240 caractères, espaces compris. L’homo twitterus, cousin rapproché de Festivus Festivus, finira inexorablement par remplacer les intellectuels.

 

On pense comme on tweete, car on tweete ce que l’on pense, et cela ne dépasse jamais 240 caractères, espaces compris. L’homo twitterus, cousin rapproché de Festivus Festivus, finira inexorablement par remplacer les intellectuels. On le voit avec les intellectuels médiatiques, toujours prêts à dégainer a posteriori sur Twitter, mais qui évitent soigneusement le débat contradictoire.

 

A cela vient aussi s’ajouter les précepteurs ricanants que l’on entendu sur les ondes ou que l’on voit à la télévision : les Guillaume Meurice et autres Yann Barthès, désormais écoutés et suivis comme s’ils étaient des penseurs de l’Agora. Mais on enfonce là des portes ouvertes…

 

On assiste ainsi à ce qu’Alain Finkielkraut définissait comme « la défaite de la pensée », qu’il voyait, déjà en 1987, comme l’origine du déclin culturel moderne. « Et la vie avec la pensée cède doucement la place au face à face terrible et dérisoire du fanatique et du zombie », écrivait-il à l’époque. Il ne pouvait alors pas se douter que le fanatique et le zombie ne ferait en fait qu’un, et qu’en lieu et place de fanatiques et de zombies qui s’affrontent, nous assisterions aux faces à faces de fanatiques zombies, s’écharpant toutes les deux semaines sur des sujets différents, selon l’heure médiatique.

 

Passant du climat aux violences conjugales au confinement aux bavures policières dans un Etat perdu d’un pays vieux de moins de deux cents ans. Des sujets ô combien complexes, mais qu’il est tellement facile de maîtriser en cinq minutes avec le Prêt-à-Penser© !

 

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Blanchité, privilèges, alliés… Pourquoi les jeunes adhèrent-ils tant à « l’antiracisme » racialiste ?

Les premières manifestations contre le racisme, les réseaux sociaux ont vu fleurir quantité de slogans et de formats racialistes autour du « privilège blanc », partagés en masse par de jeunes internautes. Pourquoi sont-ils si réceptifs au retour de la race dans le débat ?

En 2020, s’engager c’est partager. Ces dernières semaines, carrés noirs, appels à manifester, pétitions, slogans et photos chocs ont rempli l’espace des réseaux sociaux. Par des stories ou de simples publications, sur Instagram, Facebook ou Snapchat, l’indignation face à un racisme insupportable, caractérisé par la mort de George Floyd outre-Atlantique, est devenu un objet viral bien identifié.

Au cœur de ce mouvement, une jeunesse qui semblait jusqu’à présent peu politisée, intéressée davantage par les codes promos offerts par les influenceurs que par les combats et les mouvements sociaux. Et pourtant, la génération Z (né entre 1997 et 2012) et les derniers-nés de la génération Y (dans le courant des années 1990) se sont découverts cette capacité à se soulever. En même temps, ils ont souvent adhéré, parfois sans en être conscient, à une vision du monde où l’idée de « races » est décisive.

CONFIANCE EN L’ALGORITHME

Sarah a 25 ans et vit à Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine). Fraîchement diplômée d’une école d’art dramatique parisienne, elle peine encore à vivre en exerçant ses talents de comédienne. Alors, pour s’en sortir, elle se débrouille. Quelques heures dans la restauration et une dose de cours de théâtre donnés à des particuliers. Sinon, on la trouve surtout sur les réseaux sociaux. « Ils prennent beaucoup de place dans nos vies aujourd’hui ». Jusqu’ici, elle s’y indignait assez peu. Elle n’a pas grand chose à voir avec les gardiens de la bonne pensée professionnels qui font de Twitter le théâtre de leur bataille culturelle. « J’utilise uniquement Facebook, confie-t-elle. Essentiellement, je m’en sers pour développer ma réflexion, m’informer… Je vois des contenus défiler et je clique dessus ». Elle l’avoue sans honte, elle ne fait jamais de recherche. Les formats (vidéos, audios ou écrits) lui tombent directement dans le bec. « Quand ça m’intéresse, je clique et je partage pour éveiller les consciences ». Avec une appétence particulière pour les combats des minorités. « J’ai toujours été scandalisée par le racisme, précise-t-elle. Mais il y a une différence entre être scandalisée et en être réellement consciente ». Les formats qu’elle a découverts grâce aux algorithmes, essentiellement des podcasts, lui ont permis de passer d’un stade à l’autre.

Cette transition, Lyla, 19 ans, étudiante en architecture à Montpellier après plusieurs années passées à l’étranger, la nomme sans difficulté : c’est la déconstruction. Elle-même est en plein dedans. « Attention, je ne suis pas totalement déconstruite, avertit celle qui est par ailleurs nouvellement militante féministe et antispéciste. Se déconstruire, c’est s’éduquer pour remettre en cause nos propres préjugés, nos opinions, nos a priori, en écoutant les concernés ». Comprendre : les victimes du racisme. « En tant que blanche, je tire avantage du système, poursuit-elle. Je suis donc actuellement dans une réflexion pour remettre en question ce que je pensais être mon opinion, renverser mes certitudes. Ma position dans la société, en tant que blanche, influence ma vision des choses. Il me faut donc m’instruire pour me rapprocher de la vérité qui est celle des concernés ».

SE « DÉFINIR SUR LE PLAN RACIAL »

Cette quête presque mystique, elle la doit à sa consommation de podcasts. Dont un en particulier : Kiffe ta race, animé par Rokhaya Diallo et Grace Ly, militantes antiracistes, et produit par Binge Audio. Comme son nom l’indique, le programme fait du retour à la race son commerce. Le tout dans une ambiance feutrée. L’introduction de chaque numéro en témoigne, les deux animatrices demandant à chaque invité de se « définir sur le plan racial » avant d’entamer tout dialogue. Parmi les 45 émissions diffusées sur les différentes plateformes audios et les réseaux sociaux, plusieurs concernent la question du « privilège blanc » qui intéresse particulièrement Lyla dans son chemin vers la « déconstruction »« Ça m’aide beaucoup à réfléchir », glisse-t-elle. Dans le numéro 27, par exemple, les deux animatrices invitent leurs auditeurs à « checker [leurs] privilèges blancs ». L’invité : Eric Fassin, sociologue, disserte sur la « blanchité » : « Dans notre société, on n’a pas besoin d’être conscient du fait d’être blanc. C’est un privilège très inégalement distribué ». Un « classique » pour Lyla. « On comprend beaucoup mieux comment se positionner pour devenir une alliée de la cause », estime-t-elle.

Comme Lyla, Paola, 20 ans, est accro aux podcasts. À Kiffe ta race, mais pas seulement. Employée d’un cinéma dans le Calvados, elle écoute les journalistes « conscients » disserter sur la question de la race sur l’ensemble de ses trajets effectués à vélo. Il y a « Extimité »« qui donne la parole aux personnes minorisées », « What’s de F* », « mon épisode préféré ? L’afroféminisme révolutionnaire », « Sans Blanc de Rien », podcast belge spécialisé dans l’éducation des blancs à leurs avantages, ou encore toute une série de contenus étiquetés « féministes » mais qui « s’étendent parfois aux questions raciales » en bons formats intersectionnels : « La Poudre » de Lauren Bastide ou « Les Couilles sur la table » de Victoire Tuaillon. Et quelques documentaires audios proposés par le service public. Dont « Le blanc », par France Culture. Les études de Paola se sont arrêtées avant le bac, « le système scolaire me soûlait ». Alors, se plonger dans ces contenus qui citent les sciences humaines et sociales, « c’est [sa] façon de se constituer un bagage culturel », dit-elle. Mais surtout idéologique, à moindres frais. Depuis, elle ne rate plus une conférence ou publication d’universitaires du domaine, tel que Maxime Cervulle, sociologue spécialiste de la blanchité. Contacté, il n’a pas souhaité nous répondre, « en désaccord » avec notre ligne éditoriale.

INSTAGRAM, RÉSEAU DE « CONSCIENTISATION »

Pour le reste, « ça se passe aussi sur Instagram », explique la jeune femme. Pour « [s]’éduquer », elle est abonnée à toute une série de comptes qu’elle décrit « de gauche », « en bonne gauchiste », se marre-t-elle. Il y a « Décolonisons-nous » et ses plus de 124.000 abonnés, dont le but est de « déconstruire l’héritage post-colonial de l’inconscient collectif » et « d’introduire à l’antiracisme ». Récemment, le compte appelait d’ailleurs ses abonnés à la fin de la « fragilité » en reconnaissant l’existence d’un racisme systémique. Mais aussi « La charge raciale », et ses neuf milliers d’abonnés, qui vient d’adresser un encart à destination des « personnes blanches » : « Quand elles (les personnes dites « racisées », ndlr) vous disent que vous êtes raciste, c’est un simple fait, à prendre ou à laisser, mais surtout pas à débattre ». Et toute une série d’influenceurs : « Jérémybcn » (20.000 abonnés) qui se décrit comme « activiste d[écolo]nialiste libertaire », « Canoubis » (6.340 abonnés) dont le but est de « décoloniser la pensée pour panser la Terre-mère » ou « Aimyt » (30.800 abonnés) et son « life-style conscient ».

Les publications éphémères du réseau social ont d’ailleurs favorisé la diffusion d’éléments de langage des tenants de la blanchité, parfois à l’initiative de stars de la pop culture telles que les chanteuses francophones Pomme ou Angèle, près de 3 millions d’abonnés à elles deux. Comme ce guide édité et partagé par le podcast « Sans blanc de rien » pour « être allié.e de la lutte antiraciste » et qui a connu un succès viral dantesque. Parmi les points à ne pas négliger pour les personnes blanches, dit-on : « Prendre conscience de ses privilèges » et « apprendre à se taire ». Conseils que la blogueuse Fiona Schmidt a pris au pied de la lettre en publiant sa propre liste d’avantages : « Quand je salue un.e inconnu.e, il/elle sursaute rarement » ; « Quand j’aborde quelqu’un dans la rue pour lui demander mon chemin, il ne me répond pas spontanément ‘non merci' » ; « Les vendeurs ne me parlent pas sans articuler chaque syllabe » ; « Gad Elmaleh ne fait pas de sketch sur des personnes qui me ressemblent physiquement » … Paola n’a rien raté de tout cela et l’a partagé en stories, presque automatiquement. « Si ça peut secouer les Blancs », dit-elle.

LA CULTURE AMÉRICAINE COMME POINT DE DÉPART

Flora, 29 ans, habite dans l’Essonne. Elle aussi se retrouve dans cette façon de consommer, le plus souvent par hasard, ces discours prêts à liker qui lui semblent tenir de « l’évidence »« S’il y a racisme, il y a privilège de race, il faut donc en enlever à certains pour en donner à d’autres », justifie-t-elle, convaincue, traçant son chemin rêvé vers l’égalité. Actuellement au chômage, tentant de « se lancer » comme attachée de presse dans le monde de la musique, elle occupe ses journées à « s’éduquer ». Bien sûr, il y a ces podcasts, puis ces publications indignées et en lettres capitales de stars américaines, comme cette diatribe de la chanteuse Billie Eilish (« Voulez-vous fermer votre gueule ??? […] Vous êtes privilégiés que ça vous plaise ou non. La société vous donne des privilèges simplement parce que vous êtes blancs », a-t-elle publié sur Instagram), qu’elle salue le poing levé. Mais surtout, il y a Netflix.

À l’évocation de la plateforme américaine, son ton s’illumine. « Il y a énormément de choix, beaucoup de films engagés contre le racisme ». Des productions qu’elle dévore. Des documentaires, comme I am not your negro, retraçant la lutte pour les droits civiques par la plume de James Baldwin, et des séries, telles que Dear white people où une étudiante métisse, Samantha White, dénonce dans son émission de radio les comportements racistes constatés sur le campus tandis que des blancs s’adonnent au blackface (fait de se grimer en personne noire, ndlr). « J’adore !, s’exclame-t-elle. Ça raconte une histoire universelle. Regardez, chez nous Antoine Griezmann s’est déguisé en basketteur noir, c’est bien que ça parle aussi de nous, Français. Pareil pour les séries, films et documentaires sur les violences policières ou les injustices subies par les Noirs américains ». Pêle-mêle : Dans leur regard, film exposant l’histoire de noirs accusés injustement de viol, Le 13ème, explorant la question des inégalités raciales aux États-Unis, ou Hello, Privilege. It’s me Chelsea, où une célèbre humoriste (Chelsea Handler) met en scène les avantages d’être blanc.

Doit-on l’émergence de ces théories du côté des jeunes Français à ce soft power américain ? Oui mais pas seulement, selon Jean-Loup Amselle, anthropologue, directeur d’études à l’EHSS et auteur de « Les nouveaux rouges-bruns : le racisme qui vient ». « Cet antiracisme politique qui nous vient des Etats-Unis et de l’Amérique latine, qui substitue la lutte des races à la lutte des classes sociales, répond à une situation. Même si je ne crois pas en un racisme systémique, qui irait de la base jusqu’au sommet de l’Etat, il y a du racisme en France. Ces jeunes ne sont pas si réceptifs sans raison. C’est bien que cela correspond à certaines situations rencontrées », note-t-il. Pour autant, peu enthousiaste face à ce « nouvel antiracisme », qu’il voit comme une « déviation » des questions de « privilèges de classe » et de « l’exploitation capitaliste à l’égard des prolétaires et des ouvriers » pour créer des « ressentiments » en invitant chacun à « checker ses privilèges en fonction de sa ‘couleur’ et de sa ‘race' », l’anthropologue s’inquiète du « vide politique » offert à cette génération. « Cette idéologie s’ajoute à l’absence d’organisation politique capable de créer du lien. Aucun parti n’est capable de proposer un cadre à une jeunesse qui s’est politisée par ses propres moyens et qui finit par superposer sur leur quotidien des faits et des récits qui se passent de l’autre côté du globe, que cela soit fondé ou pas. »

UNE GAUCHE DÉMISSIONNAIRE

Un avis que partage Manuel Boucher, professeur de sociologie à l’université de Perpignan (Pyrénées-Orientales) et auteur de « Radicalités identitaires : la démocratie face à la radicalisation islamiste, indigéniste et nationaliste » (L’Harmattan, 2020). « Il faut se méfier de cette tentation de stigmatiser la jeunesse pour la montrer comme convaincue par les thèses racialistes, analyse-t-il. Cette jeunesse s’est d’abord mobilisée par l’émotion suscitée par le décès de George Floyd. Elle n’y va pas en ayant réfléchi à la blanchité. Elle rejoint les cortèges parce qu’elle a été choquée par certaines images. Si elle finit par souscrire aux théories racialistes, c’est davantage par naïveté. Une socialisation politique se construit à l’occasion de ces manifestations entre jeunes lambda et mouvements racialistes qui profitent de ce contexte ». Et lui aussi évoque ce vide dont la gauche a l’entière responsabilité, selon lui. « Elle devrait affirmer une volonté farouche de lutter contre les pratiques racistes et les théories racistes sans pour autant emboîter le pas des théories racialistes venues des États-Unis, un pays qui promeut un multiculturalisme organisé du point de vue politico-administratif qui produit énormément de violence. Elle devrait dire qu’il faut lutter contre les discriminations dont sont victimes les minorités plutôt que de parler de privilèges pour les blancs. Accepter cette idée que tous les blancs sont des privilégiés, c’est absurde et dangereux ».

Des craintes qui rappellent le constat de l’historien américain Mark Lilla (« La gauche identitaire : l’Amérique en miettes ». Stock, 2018) à la suite de l’élection de Donald Trump, permise par le vote des déclassés et une gauche passée à l’identitarisme : « Dès que vous présentez un problème exclusivement en termes d’appartenance identitiaire, vous invitez votre adversaire à faire de même. Ceux qui jouent la carte raciale doivent s’attendre à ce que l’on surenchérisse sur le même sujet. Et cela ne fait que donner à votre adversaire une excuse supplémentaire pour être indifférent à votre sort ».

Une démission politique cumulée à un traitement médiatique « médiocre » de ces questions, poursuit Manuel Boucher : « Il faut avant toute chose faire la critique d’un traitement médiatique qui reprend ces théories venues des États-Unis sans analyser la complexité et les conséquences de cette rhétorique qui mène, in fine, au racisme avec une dose de repentance qui ne veut rien dire ».

UN « ÉLARGISSEMENT DU CHAMP DE CONSCIENCE »

Discours inaudible du côté des personnes engagées dans la lutte contre les « privilèges blancs ». Samuel Grzybowski, cofondateur de l’association Coexister, a publié une longue série de tweets pour prouver que ces privilèges existent. « Dire qu’il existe un privilège blanc ne consiste pas à essentialiser les blancs, expose-t-il notamment. Être blanc n’est qu’un hasard génétique. Mais de ce hasard, l’organisation sociale tire un avantage que l’on peut observer, et ça c’est le privilège injustifié ».

Si les jeunes reprennent « unanimement » ce concept, d’après lui, on le doit à un « élargissement du champ de conscience » des générations Y et Z. « Élargir sa sphère de considération, c’est une sémantique commune à tous les combats actuels de la jeunesse, décrit-il. Je l’entends chez les végans, qui s’ouvrent aux considérations des non-humains, chez les antiracistes, qui se penchent sur les origines ethniques, chez les féministes intersectionnelles, qui se tournent vers un autre féminisme que le féminisme blanc et bourgeois… C’est quelque part se dire : nous sommes les héritiers d’un inconscient mais nous, nous allons être conscients ». Et d’ajouter : « Les jeunes générations ont par ailleurs un intérêt pour le global et pour les combats parfois lointains. Tout simplement parce que le dénominateur commun de nos combats, c’est la préservation de la planète. Une question qui n’est soumis à aucun clivage et qui introduit une lutte globalisée ».

Une vision un peu trop idyllique ? Pour Manuel Boucher, cette ouverture des jeunes à des causes de plus en plus larges est surtout à mettre sur le compte des « figures » de ces mouvements et à leur inventivité pour créer l’adhésion. « Quelqu’un comme Rokhaya Diallo – on pourrait élargir- , qui est chouchou des médias, qui va employer un parler jeune et utiliser les nouveaux outils, crée certains ponts entre une jeunesse en quête de combats et une cause en panne d’élan, estime-t-il. Mais qu’est ce qu’ils représentent ? Une petite bourgeoisie en ascension qui instrumentalise un discours victimaire dans le but de faire fructifier son business, celui de la morale ethnique, pour occuper des places de pouvoir ». Ces ambassadeurs n’ont pas donné suite à nos sollicitations.

https://www.marianne.net/societe/blanchite-privileges-allies-pourquoi-les-jeunes-adherent-ils-tant-l-antiracisme-racialiste

EN BANDE SON :

4 réponses »

  1. Je trouve que le mathématicien-philosophe Gilles Châtelet a très bien décrit dans « Vivre et penser comme des porcs » (1999) ce qui arrive maintenant en quelque sorte à maturité. Le titre du dernier chapitre est: « Vers la fin ou le début de l’Histoire: yaourtière à classe moyenne ou héroïsme du quelconque ». Châtelet s’est suicidé juste après la parution du bouquin, alors que, vingt ans plus tard, la yaourtière fonctionne à plein régime…

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