Quand l’Europe mondialiste et le front israélo-iranien enferment l’Amérique — et font le jeu de la Chine
On sait toujours comment commence une guerre.
On ne sait jamais comment elle finit — ni qui en sort vainqueur.
C’est précisément ce principe élémentaire que l’époque feint d’oublier. Et c’est sur cet oubli que s’est refermé, lentement mais sûrement, l’étau géopolitique qui pèse aujourd’hui sur les États-Unis — et, plus particulièrement, sur le trumpisme.
Car derrière les postures morales, les indignations sélectives et les injonctions alliées, une mécanique dangereuse se met en place : entraîner l’Amérique dans des conflits qui ne sont pas les siens, au bénéfice d’intérêts tiers — et, en dernière instance, au profit stratégique de la Chine.

I. LE PIÈGE À DEUX MÂCHOIRES
La tenaille est connue, mais rarement nommée.
- Première mâchoire : l’Europe mondialiste, qui pousse Washington vers une escalade durable contre la Russie, transformant l’Ukraine en guerre d’usure atlantique, sans stratégie de sortie crédible.
- Seconde mâchoire : le front israélo-iranien, qui exerce une pression constante pour forcer les États-Unis à une confrontation directe avec l’Iran — avec tous les risques d’embrasement régional que cela implique.
Dans les deux cas, l’Amérique est sommée d’agir au nom de valeurs, d’alliances, d’obligations morales — mais rarement au nom de son intérêt stratégique propre.
II. L’EUROPE MONDIALISTE : LA GUERRE PAR PROCURATION PERPÉTUELLE
L’Europe officielle n’a ni armée autonome crédible, ni souveraineté énergétique, ni profondeur industrielle suffisante.
Mais elle a une spécialité : externaliser le risque.
Depuis le début du conflit ukrainien, la logique européenne est claire :
- sanctuariser l’affrontement,
- moraliser toute négociation,
- criminaliser l’idée même de compromis,
- et verrouiller l’Amérique dans un rôle de garant militaire sans horizon de sortie.
Cette stratégie a un coût :
- épuisement des stocks,
- désorganisation industrielle,
- tensions budgétaires,
- déplacement de l’attention stratégique hors de l’Indo-Pacifique.
Pendant que l’Europe transforme la guerre en posture morale permanente, la Chine observe, mesure, et gagne du temps.
III. LE DOSSIER IRANIEN : L’IRRÉVERSIBILITÉ COMME ARME
À l’autre extrémité de l’étau, le conflit israélo-iranien présente une dynamique encore plus périlleuse : l’irréversibilité.
Une confrontation directe avec l’Iran ne serait pas :
- une frappe ponctuelle,
- une opération limitée,
- un message stratégique calibré.
Ce serait un embrasement régional :
- Golfe,
- Levant,
- détroits,
- proxies,
- marchés énergétiques,
- routes commerciales.
Et là encore, la Chine serait la grande bénéficiaire indirecte :
- hausse des prix de l’énergie pour l’Occident,
- fragilisation des chaînes d’approvisionnement,
- concentration américaine hors d’Asie,
- dépendance accrue des pays émergents à Pékin.
IV. TRUMPISME : ENTRE SOUVERAINETÉ ET ENTRAÎNEMENT
C’est ici que le malaise devient politique.
Une partie importante de l’électorat trumpiste — non-isolationniste mais non-interventionniste — refuse cette logique de capture :
- pas de guerres idéologiques sans fin,
- pas d’escalades irréversibles,
- pas d’alignement automatique dicté par des élites extérieures.
Ce courant n’est pas pacifiste.
Il est réaliste.
Il ne rejette pas la puissance américaine ;
il rejette son instrumentalisation.
V. LA CHINE, BÉNÉFICIAIRE SILENCIEUX
Chaque jour où l’Amérique :
- s’enlise en Europe,
- se rapproche d’un embrasement au Moyen-Orient,
- disperse ses ressources,
- fragilise son consensus interne,
Pékin avance sans bruit.
Pas par la guerre.
Par l’attente stratégique.
La plus grande victoire chinoise ne serait pas une défaite militaire américaine, mais une saturation :
- stratégique,
- économique,
- politique,
- psychologique.
VI. LE VRAI DILEMME AMÉRICAIN
Le dilemme n’est pas moral.
Il est impérial.
- Être l’arbitre du monde
ou - rester le pôle central d’un bloc occidental cohérent, concentré, hiérarchisé.
Le trumpisme, dans sa version stratégique, n’est pas un retrait du monde.
C’est une priorisation brutale :
- Indo-Pacifique d’abord,
- souveraineté économique,
- contrôle de l’escalade,
- refus des guerres sans sortie.
CONCLUSION — LA GUERRE COMME PIÈGE, LA STRATÉGIE COMME ISSUE
L’Histoire regorge d’empires tombés non par faiblesse, mais par sur-extension.
L’étau géopolitique actuel n’est pas une fatalité.
C’est un test.
Soit l’Amérique accepte de redevenir l’outil des autres,
soit elle assume une vérité difficile :
toutes les guerres ne sont pas les siennes, et toutes les alliances ne sont pas symétriques.
Dans un monde multipolaire, la lucidité est une vertu cardinale.
Et la plus grande erreur stratégique serait de confondre loyauté et aveuglement.
Car pendant que certains crient à la croisade,
d’autres, plus patients, préparent l’après.

LE TEMPS DE PÉKIN
Pourquoi chaque escalade périphérique occidentale accélère la victoire chinoise sans combat
Les grandes puissances ne gagnent pas toujours par la force.
Elles gagnent souvent par le tempo.
À cet égard, la Chine n’a pas besoin de vaincre militairement les États-Unis.
Il lui suffit que l’Amérique se disperse, s’épuise et s’enferme dans des conflits périphériques aux sorties incertaines. Le reste se fait tout seul.
I. LA STRATÉGIE CHINOISE : NE PAS EMPÊCHER, MAIS ACCOMPAGNER
Pékin n’a aucun intérêt à bloquer frontalement Washington.
Elle a un intérêt vital à l’accompagner dans ses erreurs.
Chaque escalade américaine :
- en Europe orientale,
- au Moyen-Orient,
- dans des guerres idéologiques de coalition,
produit un même effet : dilution de la puissance.
La Chine n’affronte pas.
Elle attend.
II. LA GUERRE DES AUTRES, LE TEMPS DE LA CHINE
Quand l’Europe mondialiste pousse à l’escalade contre la Russie, Pékin observe :
- l’OTAN consommer ses stocks,
- l’industrie occidentale se réorienter en urgence,
- l’attention stratégique quitter l’Asie.
Quand le Moyen-Orient s’embrase, Pékin encaisse :
- l’instabilité énergétique occidentale,
- la volatilité des marchés,
- la hausse des coûts logistiques.
Dans les deux cas, la Chine n’intervient pas.
Elle capitalise.
III. INDO-PACIFIQUE : LE THÉÂTRE QUE L’OCCIDENT REGARDE À PEINE
Le vrai centre de gravité du XXIᵉ siècle n’est ni Kiev ni Téhéran.
Il est :
- à Taïwan,
- en mer de Chine méridionale,
- dans les chaînes de valeur technologiques,
- dans les infrastructures portuaires,
- dans la maîtrise des semi-conducteurs.
Chaque division américaine hors de ce théâtre est un cadeau stratégique fait à Pékin.
La Chine raisonne en décennies.
L’Occident raisonne en cycles électoraux.
IV. LA GRANDE RUSE : LA PAIX CHINOISE PAR SATURATION OCCIDENTALE
Pékin n’a pas besoin d’une guerre mondiale.
Elle vise une paix asymétrique, fondée sur :
- l’usure de l’adversaire,
- la normalisation de sa présence,
- l’évitement du choc direct.
Pendant que l’Occident moralise la guerre,
la Chine normalise la puissance.
V. TRUMPISME STRATÉGIQUE VS INTERVENTIONNISME D’ALLIANCE
C’est ici que le clivage apparaît clairement.
Une partie du trumpisme comprend que :
- toute guerre périphérique est un détour,
- toute escalade irréversible est un piège,
- toute dispersion affaiblit le cœur stratégique.
Ce courant ne refuse pas la force.
Il refuse la dissipation.
Il veut :
- concentrer,
- hiérarchiser,
- contenir,
- dissuader.
Bref : penser impérialement, pas émotionnellement.
VI. L’EUROPE ET LE MOYEN-ORIENT : L’ART DE CAPTURER L’ALLIÉ
L’erreur européenne et moyen-orientale est identique :
elles supposent que l’Amérique doit intervenir.
Mais dans un monde multipolaire, aucune alliance n’est automatique.
Elle est conditionnelle.
Chaque tentative d’entraîner Washington dans une guerre totale :
- fragilise le consensus intérieur américain,
- nourrit le scepticisme électoral,
- et sert objectivement la Chine.
CONCLUSION — GAGNER SANS COMBATTRE
La plus grande réussite chinoise ne sera pas Taïwan prise par la force.
Ce sera Taïwan prise sans que l’Amérique n’ait la capacité politique d’agir.
Là est le cœur du piège.
Dans ce monde, la véritable sagesse stratégique consiste à savoir dire non —
non à certaines escalades,
non à certaines loyautés mal calibrées,
non à certaines guerres qui ne sont pas décisives.
Car dans l’Histoire,
les empires ne tombent pas quand ils perdent une bataille,
mais quand ils acceptent trop de fronts inutiles.
Et Pékin, patiente, regarde l’Occident s’en charger lui-même.

🧭 LE NOYAU DUR TS2F DU TRUMPISME STRATÉGIQUE
1. Donald J. Trump — le pivot
Rôle : Décideur, arbitre, catalyseur
Trump n’est pas un idéologue : il est un réducteur de fronts.
- Refus des guerres sans fin
- Hostilité aux escalades irréversibles
- Vision transactionnelle des alliances
- Intuition centrale :
👉 l’Amérique ne doit pas mourir pour les erreurs des autres
Trump incarne le retour du politique sur la morale.
2. J.D. Vance — le stratège civilisationnel
Rôle : Théoricien politique + légitimateur populaire
Vance est la figure la plus cohérente avec ton analyse.
- Immigration = sécurité nationale
- Cohésion culturelle = condition de puissance
- Refus de l’instrumentalisation morale des conflits
- Vision claire du risque de sur-extension impériale
👉 Vance pense l’Empire comme organisme vivant, pas comme ONG armée.
3. Elbridge Colby — le général du “focus Chine”
Rôle : Architecte stratégique (ex-Pentagone)
Auteur de The Strategy of Denial, Colby est central.
- Doctrine : tout ce qui détourne de la Chine est une erreur
- Hostilité aux escalades secondaires (Ukraine, Moyen-Orient)
- Priorité absolue à l’Indo-Pacifique
- Dissuasion, pas croisade
👉 Colby est le cerveau militaire du trumpisme TS2F.
4. Christopher Miller — le soldat du retrait lucide
Rôle : Défense, anti-guerres éternelles
Ancien secrétaire à la Défense (fin 2020).
- Retrait d’Afghanistan (préparé sous Trump)
- Opposition aux déploiements symboliques
- Lecture froide des capacités réelles
👉 Pour Miller, la guerre n’est pas un message moral, mais un coût.
5. Peter Thiel — le métaphysicien de la retenue
Rôle : Stratège systémique, vision longue
Contrairement à sa caricature :
- Thiel est hostile aux guerres de distraction
- Obsédé par la rivalité sino-américaine
- Très critique de l’interventionnisme moral
- Influence profonde sur Vance et Colby
👉 Thiel pense que la guerre mal choisie est une défaite civilisationnelle.
⚙️ LES FIGURES D’APPUI TS2F
6. Michael Anton
- Auteur de The Flight 93 Election
- Méfiance extrême envers l’establishment interventionniste
- Défenseur du réalisme brut
- Hostile aux croisades idéologiques
7. Tucker Carlson (hors pouvoir, mais influent)
- Opposé aux guerres périphériques
- Discours très proche de l’électorat trumpiste sceptique
- Questionne ouvertement : “À qui profite l’escalade ?”
8. Vivek Ramaswamy (partiellement)
- Critique de la dispersion stratégique
- Hostile à l’État profond interventionniste
- Mais encore ambigu sur certains dossiers
❌ CEUX QUI S’EN ÉLOIGNENT
Pour être clair, ne sont PAS alignés TS2F sur cette analyse :
- Les néo-conservateurs recyclés
- Les évangélistes messianiques interventionnistes
- Les libertariens naïfs (Rand Paul version radicale)
- Les va-t-en-guerre moralisateurs
🧠 SYNTHÈSE FINALE
Le trumpisme TS2F repose sur 4 principes cardinaux :
- Pas de sur-extension impériale
- Priorité absolue à la Chine
- Refus des guerres morales sans sortie
- Alliances conditionnelles, pas sacrées
👉 Ce courant sait que le plus grand ennemi de l’Empire n’est pas la guerre perdue, mais la guerre inutile.

🎧 Musique d’accompagnement
Christian Death – Romeo’s Distress
Parce que lorsque l’Empire est pris en tenaille, ce n’est plus l’hymne qui résonne —
c’est la plainte sourde de Rome au bord de l’abîme

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L’ÉTAU GÉOPOLITIQUE & LE TEMPS DE PÉKIN
Pourquoi l’Amérique est poussée vers des guerres qui ne sont pas les siennes — et à qui cela profite vraiment
Ces deux articles forment un diptyque stratégique.
Le premier décrit l’étau :
comment l’Europe mondialiste et le front israélo-iranien cherchent à entraîner les États-Unis dans des conflits totaux, irréversibles, émotionnels — au mépris de toute hiérarchie des priorités.
Le second révèle le bénéficiaire silencieux :
la Chine, qui n’a pas besoin de vaincre l’Amérique, mais seulement de la voir se disperser, s’épuiser et perdre son tempo impérial.
Ce n’est pas un plaidoyer pacifiste.
Ce n’est pas un repli isolationniste.
C’est une lecture réaliste de la puissance.
Le trumpisme stratégique — celui de Trump, Vance, Colby, Thiel — sait une chose que l’Occident moral a oubliée :
👉 toutes les guerres ne sont pas décisives,
👉 toutes les alliances ne sont pas symétriques,
👉 et la sur-extension est la maladie mortelle des empires.
Pendant que certains crient à la croisade,
d’autres comptent les stocks, les fronts, les décennies.
📖 À lire sur Le Blog à Lupus.
Parce que dans le monde réel, refuser une mauvaise guerre est parfois la seule façon d’en gagner une bonne.
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