Etats-Unis

Agartha — la panique morale comme technique de gouvernement

Mythes recyclés, occultisme nazi et guerre cognitive

Quand une société en panne confond symptômes, causes et responsabilités

Il y a des moments où une époque se trahit elle-même dans la manière dont elle nomme ses peurs.
L’“affaire Agartha” appartient à cette catégorie : un phénomène marginal, esthétique, hybride, aussitôt surinterprété comme menace centrale — parce qu’il permet d’éviter de regarder le reste.

Ce qui est en jeu ici n’est pas un mythe souterrain, quelques images mal digérées ou une poignée de symboles recyclés.
Ce qui est en jeu, c’est l’incapacité chronique du monde occidental à penser la guerre cognitive autrement que sous forme de panique morale.

On scrute les signes.
On diabolise les formes.
On évite soigneusement les structures.

Il y a des moments où une société, incapable de regarder ses propres ruines, préfère s’effrayer de ses ombres.

Agartha n’est pas une idéologie.
Ce n’est pas un programme politique.
Ce n’est même pas un projet cohérent.

C’est un symptôme — et la panique qui l’entoure en dit infiniment plus sur notre époque que le mythe lui-même.

À force d’avoir dissous le réel dans la procédure, la morale et l’algorithme, nos sociétés redécouvrent la peur. Non pas la peur du danger réel, mais la peur symbolique, celle qui permet de gouverner sans agir, de contrôler sans convaincre, de censurer sans débattre.

Cet article ne nie rien.
Il remet les niveaux à leur place.

Il distingue :

  • le mythe et son instrumentalisation,
  • l’histoire et sa falsification,
  • la symbolique et le pouvoir,
  • l’ésotérisme réel et sa caricature politique.

Et surtout, il démontre comment la panique morale est devenue une technique de gouvernement, un substitut commode à la souveraineté, à la transmission et à la reconstruction du réel.


1) Le mème n’est pas une idéologie : c’est une technologie sociale

Première erreur : traiter une forme comme un contenu.

Le mème n’est ni un manifeste ni un programme.
C’est une technologie de circulation du sens — rapide, ambiguë, ironique, compressée.

Un mème fonctionne comme :

  • un code de reconnaissance,
  • un signal d’appartenance,
  • un vecteur de transgression,
  • un accélérateur émotionnel.

Il peut transporter n’importe quoi :
ironie, nihilisme, provocation, nostalgie, haine, satire, esthétique, propagande.

Ce n’est pas le mème qui radicalise.
C’est ce qu’on y injecte, et surtout le terrain sur lequel il circule.

Confondre le véhicule et la destination, c’est analyser un missile en décrivant sa peinture.


2) La grande erreur contemporaine : croire que la visibilité vaut adhésion

Autre confusion majeure : assimiler exposition, consommation et conviction.

Un individu peut :

  • voir,
  • comprendre,
  • détourner,
  • moquer,
  • instrumentaliser,

sans jamais adhérer.

La culture numérique fonctionne sur le bruit, le choc visuel, la surenchère symbolique. Elle récompense l’outrance, pas la cohérence. La circulation d’images extrêmes ne signifie pas mécaniquement conversion idéologique.

Le danger réel n’est pas l’embrigadement massif.
Il est plus subtil : l’érosion du seuil de répulsion, la banalisation progressive, l’habituation.

Ce n’est pas la croyance qui progresse d’abord.
C’est l’indifférence morale.


3) Le cœur du problème : une société sans verticalité symbolique

Ce qui rend possibles ces phénomènes n’est pas leur contenu.
C’est le vide dans lequel ils s’inscrivent.

Quand une société :

  • n’offre plus de récit collectif crédible,
  • remplace l’autorité par la procédure,
  • confond morale et gouvernement,
  • culpabilise sans protéger,
  • promet sans transmettre,

elle produit mécaniquement des contre-imaginaires.

Pas nécessairement politiques.
Souvent esthétiques.
Parfois pathologiques.

Agartha n’est pas une idéologie.
C’est un symptôme de vacance symbolique.

Un monde qui ne propose plus ni sens, ni avenir, ni hiérarchie lisible laisse le champ libre aux mythologies bricolées, aux récits parallèles, aux esthétiques de rupture.


4) L’ironie comme arme, refuge et poison lent

L’ironie n’est pas un détail.
C’est la langue officielle de l’époque.

Elle permet :

  • de dire sans assumer,
  • de provoquer sans répondre,
  • de banaliser sans défendre,
  • de nier toute responsabilité.

“C’est pour rire” est devenu l’équivalent numérique de “je n’y suis pour rien”.

Cette ironie permanente est à double tranchant :

  • elle protège contre la censure,
  • mais elle désarme la critique.

Le danger n’est pas l’humour noir.
Le danger est une société qui ne sait plus distinguer le jeu du poison, parce qu’elle a renoncé à toute hiérarchie morale stable.


5) La faute politique : gouverner par le vide et s’étonner qu’il se remplisse

Ce phénomène n’est pas né d’Internet.
Internet n’est que l’accélérateur.

La vraie matrice est politique :

  • désindustrialisation,
  • déclassement,
  • insécurité matérielle,
  • discours moralisateurs sans résultats,
  • pouvoir procédural sans incarnation.

Quand le réel devient hostile, absurde ou humiliant, certains se réfugient dans des univers parallèles.
Pas par conviction.
Par désaffiliation.

Le problème n’est pas “l’extrême”.
Le problème est l’absence de centre solide.


6) Panique morale : le réflexe qui aggrave tout

À chaque cycle, la même réponse :

  • dénonciation,
  • simplification,
  • diabolisation,
  • pédagogie punitive.

Résultat prévisible :

  • effet Streisand,
  • amplification,
  • curiosité mimétique,
  • surenchère.

La dénonciation médiatique est devenue un outil de diffusion involontaire.
Elle transforme des phénomènes marginaux en références obligées.

La morale indignée est aujourd’hui l’un des meilleurs carburants de la viralité.

7) L’effet Streisand : dénoncer, c’est diffuser

À partir du moment où un grand média explique en détail un code de niche, il le propulse.

C’est une loi de l’époque :
le journalisme qui “dénonce” finit souvent par distribuer.

En érigeant Agartha en phénomène central, on crée :

  • de la curiosité,
  • du mimétisme,
  • des détournements,
  • une nouvelle vague.

L’indignation est un carburant de diffusion.
Et l’algorithme adore la morale indignée.


8) Ligne Blog à Lupus : lucidité sans hystérie

Il faut tenir une ligne étroite mais ferme :

Oui, certains contenus sont toxiques.
Oui, certaines esthétiques recyclent des imaginaires ignobles.
Oui, la banalisation est un risque réel.

Mais non :

  • on ne traite pas une guerre cognitive avec des sermons,
  • on ne reconstruit pas une société avec des anathèmes,
  • on ne remplace pas la souveraineté symbolique par la police du discours.

La réponse est structurelle :

  • transmission réelle,
  • autorité assumée,
  • clarté historique,
  • limites visibles,
  • restauration du réel.

Oui, il existe des réseaux qui recyclent des imaginaires suprémacistes et antisémites.
Oui, l’algorithme peut créer des couloirs de radicalisation.
Oui, l’ironie sert de blanchiment.

Mais non, on ne réduit pas une génération à un fantasme d’Himmler numérique.
Non, on ne soigne pas un vide existentiel avec un éditorial accusatoire.

La réponse sérieuse est structurelle :

Côté plateformes
– casser la recommandation en chaîne,
– couper la monétisation borderline,
– rendre lisibles les logiques de suggestion.

Côté société
– restaurer l’autorité scolaire,
– transmettre l’histoire et l’esprit critique,
– rétablir l’ordre du quotidien,
– offrir des horizons réels.

Côté individuel
– hygiène numérique,
– compréhension des techniques de manipulation,
– refus de nourrir les boucles de rage.


Conclusion : Agartha n’est qu’un miroir

Agartha n’est qu’un masque.
Aujourd’hui un mythe souterrain.
Demain une esthétique, une tribu, un délire différent.

Ce que les médias appellent “le retour des ténèbres” est souvent le retour du besoin de sens — capté par les plus cyniques et amplifié par les plus naïfs.

On ne gagne pas cette guerre en criant nazis à chaque pixel.
On la gagne en reconstruisant ce que le monde adulte a laissé s’effondrer :

le réel,
la limite,
l’horizon,
et la dignité.

Agartha n’est pas le problème.
C’est un révélateur.

Il montre une société :

  • saturée d’images,
  • affamée de sens,
  • incapable de hiérarchiser,
  • obsédée par la forme,
  • aveugle aux causes.

On ne gagne pas cette bataille en criant au retour des ténèbres.
On la gagne en réhabilitant ce que l’on a laissé s’effondrer :
le réel,
la transmission,
la limite,
et la dignité.

Le reste n’est que panique chic.

Agartha : ce que recouvre réellement le mythe — et ce qu’il ne recouvre pas

Avant de devenir un mot-clé numérique, Agartha est un mythe ancien, composite, et profondément désidéologisé à l’origine. Sa récupération tardive par certains courants ésotériques européens — puis, marginalement, par des cercles liés au nazisme — relève moins d’un cœur doctrinal que d’un bricolage opportuniste.

1) Origines : un mythe ésotérique transcontinental, pas politique

Le mythe d’Agartha apparaît au XIXᵉ siècle, dans un contexte très précis :
celui de l’ésotérisme européen fasciné par l’Orient, les traditions indo-tibétaines et l’idée d’un centre spirituel caché.

Ses sources principales :

  • récits théosophiques (Helena Blavatsky),
  • traditions bouddhiques déformées (Shambhala),
  • littérature ésotérique française (Saint-Yves d’Alveydre).

Agartha y est présenté comme :

  • un royaume souterrain symbolique,
  • un centre de sagesse primordiale,
  • une métaphore de l’axe spirituel du monde.

👉 Aucune dimension raciale, politique ou nationaliste à l’origine.
Agartha n’est ni aryenne, ni européenne, ni militante.


2) La récupération allemande : marginale, fragmentaire, non centrale

Dans l’Allemagne des années 1920–1930, certains cercles occultistes — souvent pré-nazis ou para-nazis, jamais doctrinaux — s’intéressent à des mythes comme :

  • Agartha,
  • Thulé,
  • Hyperborée.

Mais il faut être précis :

  • Le régime nazi n’a jamais eu de doctrine officielle “Agartha”
  • L’idéologie nazie est fondamentalement biologiste, matérialiste et darwinienne
  • Hitler lui-même méprisait largement les occultistes “fantaisistes”

Les figures souvent citées (Himmler, la SS “ésotérique”) relèvent :

  • d’obsessions personnelles,
  • de cercles très restreints,
  • d’un folklore pseudo-spirituel sans traduction stratégique réelle.

👉 Agartha n’est ni un pilier du nazisme, ni un moteur idéologique.
C’est un mythe périphérique, instrumentalisé comme d’autres symboles.


3) Pourquoi Agartha ressurgit aujourd’hui ? (et ce n’est pas le nazisme)

Si Agartha réapparaît dans l’imaginaire contemporain, ce n’est pas pour ses liens historiques faibles avec l’Allemagne nazie, mais pour trois raisons structurelles :

a) Fin des grands récits officiels

Quand les idéologies dominantes ne produisent plus de sens, des mythes alternatifs comblent le vide.

b) Esthétique souterraine

Agartha coche toutes les cases visuelles :

  • monde caché,
  • vérité interdite,
  • profondeur contre surface,
  • centre invisible contre pouvoir visible.

👉 C’est un mythe parfaitement compatible avec l’ère numérique, obsédée par le caché, le back-end, le “vrai” derrière l’interface.

c) Déconnexion du politique réel

La plupart des usages contemporains d’Agartha sont :

  • ironiques,
  • esthétiques,
  • méta-symboliques,
  • ou purement fictionnels.

Ils relèvent davantage du collage culturel que de l’endoctrinement.


4) Le contresens majeur : confondre mythe, esthétique et projet politique

Assimiler Agartha à un “nazisme crypté” repose sur une triple erreur :

  1. Erreur historique
    → Le lien est marginal, tardif, non central.
  2. Erreur sociologique
    → Les usages actuels sont fragmentés, ironiques, souvent dépolitisés.
  3. Erreur stratégique
    → En criant au loup idéologique, on transforme un mythe diffus en totem médiatique, exactement ce que recherchent les dynamiques virales.

5) Ce que révèle vraiment Agartha aujourd’hui

Agartha ne révèle pas un retour du nazisme.
Il révèle :

  • une défiance envers les récits officiels,
  • une fascination pour le caché,
  • un besoin de verticalité symbolique,
  • une esthétique de la dissidence abstraite.

👉 Le danger n’est pas idéologique.
Il est symbolique et cognitif : une société qui ne transmet plus laisse ses symboles flotter librement, récupérables par n’importe qui.


Conclusion : Agartha n’est pas une idéologie — c’est un symptôme

Agartha n’est ni un programme politique,
ni un catéchisme nazi,
ni une filière doctrinale.

C’est un miroir culturel :
celui d’un monde qui a perdu ses centres visibles et voit réapparaître des centres imaginaires.

La vraie question n’est donc pas :
“Agartha est-il dangereux ?”

Mais :
qu’avons-nous laissé disparaître pour que ce type de mythe redevienne attractif ?

Tant que cette question restera sans réponse,
les mythes circuleront —
et la panique morale continuera de prendre les symptômes pour des causes.

L’occultisme nazi : une réalité historique, pas un mythe internet

L’intérêt de Heinrich Himmler pour l’ésotérisme n’est ni une légende ni une extrapolation tardive.
Il est documenté, structuré, institutionnalisé au sein de la SS.

Himmler ne voyait pas le national-socialisme uniquement comme une idéologie politique, mais comme une entreprise de refondation civilisationnelle à fondement mythique. Cela passait par :

  • la réécriture des origines germaniques,
  • la sacralisation du sang et du sol,
  • la recherche de symboles fondateurs (runes, Graal, Irminsul),
  • et l’idée d’une tradition primordiale nordique antérieure au christianisme.

Le château de Wewelsburg n’était pas un décor folklorique : c’était conçu comme un centre initiatique, une sorte de Vatican païen SS.

L’Ahnenerbe : quand l’État finance l’ésotérisme

L’Ahnenerbe, institut officiel de recherche SS, a financé et organisé :

  • des expéditions au Tibet,
  • des recherches sur l’Atlantide,
  • des études pseudo-scientifiques sur les origines aryennes,
  • des fouilles archéologiques idéologiquement orientées.

On ne parle pas ici de marginaux : c’était l’État total qui mettait des moyens au service d’un imaginaire mytho-occultiste.

Julius Evola : attiré, puis révulsé

Julius Evola a effectivement été approché, lu, parfois instrumentalisé par certains cercles nazis — notamment pour sa défense de la Tradition primordiale, concept qu’il partageait (en surface) avec d’autres courants ésotériques européens.

Mais Evola a refusé le cœur du projet nazi.

Pourquoi ?

Parce qu’il a très vite compris que :

  • l’ésotérisme nazi était biologisé (race avant esprit),
  • instrumentalisé politiquement,
  • vidé de toute verticalité authentique,
  • et transformé en mythologie de masse, là où la Tradition est, pour Evola, élitiste, exigeante et anti-populaire.

Evola parlera plus tard d’un “césarisme plébéien” : un régime qui singe le sacré pour mieux mobiliser les foules, sans véritable transcendance.

Autrement dit :
👉 la Tradition primordiale a failli être récupérée, mais elle n’a pas “pris”.

Le point décisif (et souvent mal compris)

Ce qui a échoué, ce n’est pas la Tradition.
Ce qui a échoué, c’est la tentative de l’industrialiser.

Le nazisme a voulu :

  • transformer le mythe en politique publique,
  • faire du sacré une arme,
  • utiliser l’ésotérisme comme technologie de pouvoir.

C’est exactement ce que montre Les Aventuriers de l’arche perdue sous forme populaire :
quiconque veut posséder le mythe finit détruit par lui.

Agartha, Evola, Himmler : la ligne de fracture

Il faut donc tenir cette ligne claire :

  • Oui, l’occultisme SS a existé.
  • Oui, il s’est nourri de mythes réels (Agartha, Hyperborée, Tradition primordiale).
  • Oui, des penseurs sérieux ont été approchés ou observés.

Mais :

  • Le nazisme n’a jamais accédé à la Tradition.
  • Il n’en a produit qu’une parodie opérative, violente et stérile.
  • Et toute tentative moderne de ressusciter ces mythes comme programme politique répète exactement la même erreur.

Formule de synthèse (à garder en mémoire)

C’est cette confusion — et non le mythe lui-même — qui mène toujours au désastre.

Agartha et Les Aventuriers de l’Arche perdue : même matrice imaginaire

Le film Les Aventuriers de l’arche perdue ne raconte pas simplement une chasse au trésor exotique. Il met en scène une structure mentale très précise, directement héritée de l’imaginaire occultiste européen du début du XXᵉ siècle — celui-là même qui irrigue les mythes d’Agartha, de la Terre creuse et des reliques primordiales.

Dans les deux cas, on retrouve les mêmes constantes :

1) Le trésor caché comme raccourci de puissance

Agartha promet une source de savoir ou d’énergie antérieure à l’Histoire.
L’Arche d’alliance promet une arme métaphysique capable de renverser le cours du monde.
Dans les deux cas, il s’agit d’éviter la lenteur du politique, du militaire, du social — et d’accéder directement à la domination par un artefact.

2) La quête verticale contre la modernité horizontale

Ces récits rejettent le monde moderne jugé décadent, bavard, démocratique.
Ils cherchent un axe vertical : tradition, origine, révélation, secret.
Agartha comme l’Arche fonctionnent comme des raccourcis mythologiques pour restaurer une hiérarchie perdue.

3) Les nazis comme archétype narratif, pas comme exclusivité historique

Le film utilise les nazis parce qu’ils condensent parfaitement cette tentation :
– fascination pour l’ésotérisme
– rejet du libéralisme
– croyance dans une mission civilisationnelle
– obsession des origines et des signes

Mais ce point est essentiel :
👉 les nazis ne sont pas la cause du mythe, ils en sont une incarnation dramatique.
Le mythe leur préexiste et leur survivra.

4) Hollywood comme recyclage, pas comme dénonciation pure

Spielberg ne crée pas ces motifs : il les digère.
Il transforme une obsession tragique européenne en récit d’aventure américain, où le héros survit précisément parce qu’il refuse de regarder le sacré en face.

La fin du film est limpide :
ceux qui veulent posséder le mythe sont détruits par lui.

Ce que cela dit d’Agartha aujourd’hui

Agartha, dans ses résurgences contemporaines (mèmes, récits, esthétiques), n’est pas un projet politique structuré.
C’est un symptôme récurrent :

  • fatigue du monde procédural
  • rejet du simulacre démocratique
  • désir de vérité cachée
  • nostalgie d’un ordre antérieur au langage médiatique

Ce n’est pas un hasard si ces imaginaires ressurgissent à l’ère de l’IA, des algorithmes et de la gouvernance abstraite. Quand le réel devient illisible, le mythe redevient attractif.

La clé de lecture Blog à Lupus

Le danger n’est pas le mythe en lui-même.
Le danger, c’est la confusion entre symbole et programme.

  • Le mythe peut éclairer.
  • Le mythe peut structurer.
  • Mais le mythe pris au pied de la lettre produit toujours des catastrophes.

C’est précisément ce que montre Les Aventuriers de l’arche perdue — et ce que rappelle, malgré lui, le retour d’Agartha dans l’imaginaire contemporain.

Agartha n’est pas un plan.
C’est un miroir.

Et comme tous les miroirs puissants, il attire ceux qui veulent éviter le réel plutôt que l’affronter.

— Postface : Agartha, occultisme nazi et confusion contemporaine

Il faut ici rétablir une distinction essentielle, systématiquement écrasée par les lectures sensationnalistes : le mythe d’Agartha n’est ni une invention nazie, ni une clé explicative du présent, mais un matériau symbolique ancien, récupéré, déformé et instrumentalisé par certains segments du régime hitlérien — comme tant d’autres éléments culturels ou pseudo-historiques.

Oui, l’occultisme nazi a existé. Himmler, via l’Ahnenerbe, a cherché à fabriquer une mythologie d’État en recyclant des fragments de traditions indo-européennes, orientales ou ésotériques, souvent mal comprises. Agartha, comme Thulé ou l’Hyperborée, a servi de décor métaphysique à une entreprise de légitimation raciale et impériale. Non par profondeur spirituelle, mais par besoin de récit sacralisant.

Mais c’est précisément là que se situe la faute d’analyse contemporaine : confondre l’instrumentalisation d’un mythe avec sa nature. Le régime nazi n’a jamais été un régime traditionnel. Il a été un régime moderne, technicien, industriel, totalitaire, utilisant le sacré comme un décor — exactement comme il utilisait l’architecture, la musique ou la mise en scène. Julius Evola lui-même, souvent invoqué à tort, s’est tenu à distance de ce bricolage idéologique, voyant très tôt le danger d’une parodie de Tradition au service de la masse.

Le parallèle fréquent avec Les Aventuriers de l’Arche perdue est d’ailleurs révélateur : dans le film, les nazis ne comprennent rien à ce qu’ils manipulent. Ils croient s’approprier une puissance qui les dépasse et sont détruits par leur propre hubris. Cette fiction hollywoodienne est, paradoxalement, plus juste que bien des articles “sérieux” : le problème n’est pas le mythe, mais la modernité qui veut l’exploiter comme un outil.

Ce que l’on observe aujourd’hui n’est donc pas un “retour” d’Agartha, ni une résurgence doctrinale de l’occultisme nazi. C’est une société désenchantée, privée de récits structurants, qui recycle des symboles hors contexte, à travers des formats viraux, ironiques ou provocateurs. Le mythe devient alors un mème vidé de sa verticalité, utilisé non pour croire, mais pour transgresser, choquer ou appartenir.

En résumé :

  • Agartha fut un mythe ancien,
  • le nazisme en fit un décor falsifié,
  • le présent n’en fait qu’un bruit symbolique.

Le danger réel ne réside pas dans ces mythes recyclés, mais dans une époque qui ne sait plus distinguer le symbole, la fiction et le pouvoir, et qui répond à la confusion non par l’intelligence, mais par la panique morale.

Le sacré mal compris ne revient jamais comme une élévation.
Il revient comme un symptôme.

Agartha n’est pas le danger.
Le danger, c’est une société qui ne sait plus distinguer le mythe, le symbole et le pouvoir.

Quand le réel tient — travail, transmission, limites, dignité — les mythes restent des mythes.
Quand le réel s’effondre, chaque symbole devient une menace, chaque image un crime potentiel, chaque récit une “radicalisation”.

La panique morale ne protège rien.
Elle gouverne à la place de ce qui a disparu.

Elle évite de nommer :

  • l’échec éducatif,
  • la faillite politique,
  • la désindustrialisation,
  • la perte d’horizon,
  • et la démission des élites.

Alors on accuse les ombres.
On traque les signes.
On moralise le vide.

Mais le vide demeure.

Le sacré mal compris ne revient jamais comme une élévation.
Il revient comme un symptôme, puis comme un prétexte.

La vraie question n’est pas :
“Faut-il avoir peur d’Agartha ?”

La vraie question est :
pourquoi ceux qui gouvernent ont-ils autant besoin que nous ayons peur de quelque chose d’autre que de leur échec ?

Le réel finit toujours par revenir.
Et quand il revient, il ne négocie pas.

🦅 TS2F — Trop stratégique pour échouer
La panique passe. La structure reste.

Death in June – The Guilty Have No Pride

Pourquoi Death in June – The Guilty Have No Pride fonctionne

  • Climat : là où Bowie portait la panique urbaine et l’effondrement industriel, The Guilty Have No Pride installe une atmosphère froide, austère, post-morale, parfaitement alignée avec la thèse de la panique morale comme technique de gouvernement.
  • Ambiguïté contrôlée : le morceau n’est ni triomphal ni hystérique. Il évoque la culpabilité fabriquée, la honte instrumentalisée, la morale retournée en outil de discipline — exactement ce que décrit l’article.
  • Distance analytique : ce n’est pas une musique d’adhésion ou de mobilisation, mais de désenchantement lucide. Elle accompagne la lecture sans la surcharger émotionnellement.
  • Cohérence métapolitique : le titre lui-même (Les coupables n’ont pas de fierté) résonne avec la logique contemporaine de culpabilisation permanente des sociétés occidentales, thème central du texte.
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2 réponses »

  1. 🟥 AGARTHA, PANIQUE MORALE & GUERRE COGNITIVEMythes recyclés, sacré falsifié et pouvoir par la peur

    Agartha n’est pas un programme.Ce n’est pas une doctrine.Ce n’est pas un “retour des ténèbres”.

    C’est un symptôme — et la panique qui l’entoure est un outil.

    Dans ce billet, nous démontons :

    la confusion volontaire entre symbole, idéologie et pouvoir,

    l’instrumentalisation historique des mythes (occultisme nazi compris) sans fétichisation,

    la technique de gouvernement qu’est la panique morale,

    et le cœur du problème : une société qui, ayant perdu le réel, s’affole devant ses reflets.

    Ni angélisme.Ni hystérie.Ni moraline.

    Un encadré factuel rétablit ce que l’histoire dit vraiment :oui, l’occultisme SS a existé ;non, il n’a jamais accédé à la Tradition ;et non, recycler ces mythes aujourd’hui n’explique rien du présent.

    Parce que la panique n’est jamais celle du peuple, mais celle des systèmes quand le réel revient.

    🦅 TS2F — Trop stratégique pour échouer

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