Quand le ministère de la Justice américain ne répond plus, il attaque
Préambule (pour lecteurs européens) : pourquoi cette audition est un événement
En Europe, l’affaire Epstein est souvent résumée de manière paresseuse :
un milliardaire déviant, une île, des mineures, des VIP, un suicide, puis l’oubli.
Cette lecture est fausse.
Aux États-Unis, Epstein est devenu un nœud de guerre civile institutionnelle, parce qu’il touche simultanément :
- le FBI (police fédérale et contre-espionnage),
- le DOJ (Department of Justice : ministère de la Justice),
- la Maison-Blanche (toutes administrations confondues),
- les grands cabinets d’avocats (Paul Weiss, etc.),
- Wall Street (Goldman, Apollo),
- et un réseau d’interfaces diplomatiques et philanthropiques (fondations, think tanks, “leadership programs”, etc.).
En clair :
Epstein est devenu l’affaire où la démocratie américaine se heurte au mur de l’État profond.
Et ce qui vient de se passer lors de l’audition de Pam Bondi (procureure générale, donc “ministre de la Justice”) est un moment très rare :
une scène où l’institution, prise à la gorge, laisse voir son réflexe réel.

1) La scène : une audition qui tourne à l’interrogatoire d’État
Nous sommes devant la commission judiciaire de la Chambre des représentants (House Judiciary Committee).
C’est l’une des commissions les plus puissantes du Congrès, chargée de surveiller le DOJ et le FBI.
Pam Bondi est auditionnée.
Officiellement :
sur la gestion de la publication des “Epstein Files” (dossiers Epstein).
En réalité :
sur la question interdite, celle que tout le monde connaît mais que personne ne veut formuler clairement :
Qui protège qui, et pourquoi ?
2) Le contexte institutionnel : qu’est-ce que les “Epstein Files” ?
Les “Epstein Files”, ce ne sont pas “des rumeurs”.
Ce sont des documents fédéraux :
- emails,
- registres de visites,
- mémos internes,
- annexes d’enquête,
- photos,
- journaux de vols,
- pièces judiciaires.
Une partie a été rendue publique par vagues depuis des années, mais entre fin 2025 et début 2026, on assiste à une séquence plus explosive :
des millions de pages (annoncées) sont “libérées”, mais dans des conditions très contestées :
- expurgations massives (noms noircis),
- accès limité aux élus,
- interdiction d’appareils électroniques,
- impossibilité d’emporter des copies,
- sélection et filtrage du corpus.
Ce n’est pas un détail.
Car en matière d’archives, la manière de publier est souvent plus importante que ce qui est publié.
Un pouvoir qui veut vraiment la transparence :
publie proprement, systématiquement, et rend les documents exploitables.
Un pouvoir qui veut “faire semblant” :
publie beaucoup, mais publie mal.
3) L’étincelle : les démocrates sentent l’arme politique parfaite
Et c’est exact.
Car Epstein est devenu une arme de délégitimation.
Dans l’Amérique de 2026, les démocrates cherchent une idée simple à imprimer dans l’opinion :
“Trump prétend combattre le système, mais il protège le système.”
Or Epstein, c’est précisément le système :
un dispositif où se rencontrent argent, influence, renseignement, diplomatie parallèle et compromission.
Donc si l’administration Trump apparaît “floue” sur Epstein, elle offre à ses adversaires le carburant idéal.
4) Nadler : la question simple que Bondi refuse
Le représentant Jerry Nadler pose une question basique :
Y a-t-il des inculpations ou des enquêtes sur les complices d’Epstein ?
C’est la question que tout citoyen poserait.
Bondi esquive.
Nadler insiste.
Bondi hausse le ton et annonce qu’elle répondra “comme elle l’entend”.
Puis — et c’est le détail le plus révélateur — elle dérive vers un discours sur :
- le Dow Jones,
- le S&P 500,
- le Nasdaq,
- les comptes d’épargne retraite.
Ce basculement n’est pas une maladresse.
C’est un mécanisme psychologique et bureaucratique très précis :
quand un pouvoir ne peut pas répondre sur le fond, il se réfugie dans le management.
En clair :
elle passe du crime au tableur.
5) Ted Lieu : la bascule vers l’accusation de parjure
Le démocrate Ted Lieu durcit l’attaque.
Il accuse Bondi de couvrir une contradiction majeure :
Bondi cite une note du DOJ (juillet 2025) affirmant qu’il n’existe pas de preuve justifiant des enquêtes sur des tiers non inculpés.
Lieu brandit des éléments connus :
- le prince Andrew,
- une vidéo Trump/Epstein,
- des témoignages,
- des signaux FBI.
Bondi explose :
“Ne m’accusez plus jamais d’un crime !”
Pour un lecteur européen, c’est important :
aux États-Unis, accuser un haut responsable de parjure devant une commission n’est pas un “clash”.
C’est une menace judiciaire réelle.
La réaction de Bondi n’est pas celle d’une personne sereine.
C’est une réaction de défense immédiate, presque panique.
6) Le moment clé : Massie entre en scène
Puis arrive Thomas Massie.
Massie est un républicain, mais pas un républicain “discipliné”.
C’est un libertarien dur, obsessionnel sur les abus fédéraux, et surtout :
il est co-auteur d’un texte de loi sur la transparence des dossiers Epstein.
Il n’est pas là pour jouer un rôle.
Il est là pour casser le décor.
Et il pose exactement les questions qu’un appareil ne veut pas entendre :
A) Pourquoi les noms des victimes sont visibles, mais ceux des agresseurs sont caviardés ?
Si c’est vrai, c’est un scandale absolu.
Parce que cela signifie que l’État protège les puissants et expose les faibles.
B) Qui a autorisé les expurgations ?
Question de responsabilité administrative.
C) Pourquoi le nom de Leslie Wexner a été expurgé ?
Et là, on touche au noyau dur.
7) Wexner : le nom qui fait trembler le dispositif
Pour les lecteurs européens, rappel nécessaire :
Leslie Wexner n’est pas “un ami d’Epstein”.
C’est potentiellement le financeur-source.
C’est le patron de Limited Brands / L Brands (Victoria’s Secret).
L’un des plus grands milliardaires du retail américain.
Et surtout :
l’homme qui a donné à Epstein :
- un statut,
- une légitimité,
- un pouvoir financier,
- des propriétés,
- et (selon de nombreuses pièces) un accès structurel à un réseau de milliardaires et d’influence.
Or, dans les documents, Wexner apparaît non seulement comme un proche, mais comme un co-conspirateur potentiel.
Massie affirme que dans un document du FBI de 2019, Wexner est mentionné comme “co-conspirator”.
Si cela est exact, alors la question devient explosive :
Pourquoi ce nom a-t-il été caché ?
Et surtout :
Pourquoi l’administration Trump, via le DOJ et le FBI, laisse-t-elle croire qu’il n’y a pas de co-conspirateurs ?
8) Kash Patel : le point juridique qui peut tuer une carrière
Le texte que tu as partagé insiste sur un élément très dangereux :
Massie diffuse le témoignage de Kash Patel (directeur du FBI) déclarant au Congrès qu’il n’existe :
“aucune information crédible”
sur des complices d’Epstein, hormis Ghislaine Maxwell.
Si le FBI possède un document listant Wexner comme co-conspirator, alors :
- soit Patel ment,
- soit Patel ne sait pas,
- soit l’institution lui a caché,
- soit on joue sur des définitions (“information crédible” vs “document interne”),
- soit on manipule l’opinion en utilisant le langage bureaucratique.
Dans tous les cas, c’est gravissime.
Et c’est ici qu’on comprend la violence de la scène.
9) Bondi ne répond pas : elle attaque Massie
Bondi refuse de répondre sur :
- l’existence de co-conspirateurs,
- le cas Wexner,
- la contradiction Patel,
- la chaîne de décision des expurgations.
À la place, elle attaque Massie personnellement.
Elle le traite de :
- politicien raté,
- hypocrite,
- etc.
Ce moment est crucial.
Car c’est le moment où l’institution change de mode :
- mode 1 : justification
- mode 2 : évitement
- mode 3 : diversion
- mode 4 : attaque personnelle
Quand on arrive au mode 4, cela signifie que le dossier est intouchable.
10) L’aveu involontaire : “corrigé en 40 minutes”
Bondi tente ensuite une pirouette :
“le problème a été corrigé en moins de 40 minutes”
Pour un lecteur européen, c’est le point central de tout le billet.
Parce que cette phrase implique :
- qu’il y avait un problème
- que ce problème n’était pas juridique
- qu’il était administratif
- qu’il était donc volontaire
- et qu’il a été corrigé uniquement parce qu’on s’est fait prendre
Autrement dit :
Ils n’ont pas expurgé parce qu’ils devaient.
Ils ont expurgé parce qu’ils voulaient.
Et ils ont reculé parce que Massie a allumé la lumière.
11) Ce que cette audition révèle : l’affaire Epstein est une infrastructure, pas un scandale
On comprend alors pourquoi l’affaire Epstein ne “se termine” jamais.
Parce que l’affaire Epstein n’est pas un fait divers.
C’est un modèle.
Un modèle de pouvoir.
Un modèle où :
- la prédation sexuelle sert de piège,
- l’argent sert de couverture,
- la philanthropie sert de blanchiment,
- le droit sert de bouclier,
- les services servent de garantie,
- et l’État sert de coffre-fort.
Quand Bondi hurle, ce n’est pas “une femme qui s’énerve”.
C’est l’infrastructure qui grince.
12) Pourquoi les démocrates insistent : parce qu’ils ont trouvé la faille
Il faut être lucide :
les démocrates ne sont pas des saints.
Ils ne veulent pas “la vérité”.
Ils veulent le levier qui permet de faire exploser l’administration Trump.
Et Epstein est le levier parfait, parce qu’il permet de dire :
“Vous prétendez être anti-système, mais vous protégez l’élite.”
Ce qui est terrible, c’est que ce levier fonctionne même si Trump est innocent.
Car ce n’est pas Trump qui est au centre.
C’est le DOJ + FBI.
Et c’est l’État.
13) L’Europe doit comprendre ceci : l’Amérique ne gouverne plus, elle se protège
C’est là que le lecteur européen doit faire un effort.
En Europe, on imagine encore l’État comme un arbitre.
Aux États-Unis, l’État est devenu un champ de bataille entre :
- les agences,
- les clans,
- les intérêts,
- les administrations successives,
- les grands cabinets,
- les fondations,
- les milliardaires,
- et les réseaux d’influence.
Epstein est devenu le dossier où tout se révèle, parce que tout s’y croise.
14) Conclusion : l’audition Bondi est une archive vivante
On peut publier des millions de pages.
Mais parfois, l’histoire tient dans une scène :
- une procureure générale qui hurle,
- un député qui insiste,
- un document FBI qui contredit le récit officiel,
- un directeur du FBI pris dans une contradiction,
- et une institution qui préfère attaquer que répondre.
C’est un aveu en direct.
Pas un aveu verbal.
Un aveu comportemental.
Et ce comportement dit ceci :
Il y a des noms qu’ils ne veulent pas prononcer.
Il y a des responsabilités qu’ils ne veulent pas assumer.
Et il y a une vérité qu’ils veulent rendre illisible.
Encadré
La règle d’or du pouvoir moderne
Quand le pouvoir est innocent, il publie.
Quand il est coupable, il expurge.
Quand il est pris, il crie.

— Radio Birdman – “Hand of Law”
Pourquoi ?
Parce que ce morceau a une énergie tribunal / chasse / loi retournée, exactement le climat de cette audition
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BONDl CRAQUE : l’aveu en direct de la dissimulation Epstein.
Pour les Européens : ce qui se joue aux États-Unis n’est pas “un scandale sexuel”.
C’est une crise institutionnelle.
Pam Bondi (procureure générale) a été auditionnée sur les Epstein Files.
Elle n’a pas répondu.
Elle a esquivé, crié, attaqué, puis tenté de noyer le sujet dans la bourse et les retraites.
Le moment central : Thomas Massie.
Le seul qui a posé les vraies questions : expurgations, co-conspirateurs, Wexner, contradiction Patel.
Pourquoi les noms des victimes sont visibles, mais ceux des agresseurs caviardés ? Pourquoi Wexner apparaît comme “co-conspirator” dans un document FBI 2019 ? Pourquoi Patel a déclaré au Congrès qu’il n’existait “aucune information crédible” sur des complices ?
Bondi n’a pas répondu.
Elle a attaqué Massie.
Et c’est là que tout se voit :
quand l’État ne peut plus défendre une procédure, il disqualifie l’homme.
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