Commentaire de Marché

Note de Marché – LE MÉCANISME DE RÉTROACTION DU MARCHÉ VA S’AUTODÉTRUIRE

Comment l’IA, les options et la liquidité des banques centrales ont transformé Wall Street en machine réflexive potentiellement incontrôlable


Nous ne sommes plus dans un marché.

Nous sommes dans une chambre d’écho algorithmique.

Pendant des décennies, les marchés ont été présentés comme des mécanismes de découverte des prix :

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  • croissance,
  • bénéfices,
  • innovation,
  • allocation rationnelle du capital.

Ce monde disparaît.

Le marché actuel n’est plus principalement alimenté par :

  • la productivité,
  • les cash-flows,
  • les valorisations,
  • ni même les perspectives économiques.

Il est alimenté par :

  • les flux d’options,
  • les couvertures gamma,
  • les ETF passifs,
  • les buybacks,
  • les stratégies systématiques,
  • et désormais l’obsession totale autour de l’IA.

Le problème ?

Le système commence à entrer dans une boucle réflexive où :

  • les options font monter les actions,
  • la hausse des actions oblige les market makers à acheter davantage,
  • cette hausse attire encore plus de spéculation,
  • ce qui augmente encore la volatilité implicite,
  • tout en donnant l’illusion d’un marché haussier sain.

Mais ce n’est pas sain.

C’est une compression spéculative auto-alimentée.

Et ce genre de structure finit toujours par casser.

La seule inconnue :

combien de temps avant l’implosion.


🔒 PARTIE PREMIUM

I. LE MARCHÉ N’EST PLUS UN MARCHÉ

Le point central que presque personne n’ose formuler clairement est le suivant :

Wall Street ne “price” plus le réel.

Wall Street “price” désormais les flux.

Nuance fondamentale.

Avant :

  • les marchés anticipaient des profits futurs.

Aujourd’hui :

  • les marchés anticipent les réactions des autres participants.

Nous sommes entrés dans un système réflexif pur.

Un système où :

  • les dérivés influencent le sous-jacent,
  • le sous-jacent influence les dérivés,
  • et où les flux deviennent plus importants que la réalité économique.

George Soros avait entrevu ce phénomène.

Mais même lui n’avait probablement pas imaginé une telle industrialisation algorithmique du réflexe spéculatif.


II. LE VIX QUI MONTE EN MÊME TEMPS QUE LE MARCHÉ : LE SIGNAL D’ALARME ABSOLU

Historiquement :

  • marché ↑ = volatilité ↓
  • marché ↓ = volatilité ↑

Pourquoi ?

Parce qu’un marché qui monte est supposé rassurer les investisseurs.

Or aujourd’hui :

les indices montent ET le VIX reste élevé.

C’est anormal.

Extrêmement anormal.

Cela signifie que :

  • les investisseurs achètent massivement des calls,
  • les market makers doivent se couvrir,
  • les couvertures poussent les actions plus haut,
  • ce qui attire encore plus de spéculation.

C’est le mécanisme classique du gamma squeeze.

Mais cette fois-ci :

il touche quasiment l’ensemble du marché IA.

Ce n’est plus GameStop.

Ce n’est plus Tesla 2020.

Ce n’est plus SoftBank 2020.

C’est désormais :

  • Nvidia,
  • Microsoft,
  • AMD,
  • Broadcom,
  • Palantir,
  • les hyperscalers,
  • les semi-conducteurs,
  • les infrastructures IA,
  • et toute la chaîne TS2F.

Le marché entier devient une option géante sur l’IA.


III. LE MYTHE : “L’IA JUSTIFIE TOUT”

Chaque bulle possède son récit sacré.

1999 :

2021 :

2026 :

Or l’Histoire montre une constante :

les révolutions technologiques sont réelles…

mais les valorisations finissent toujours par devenir délirantes.

Le chemin de fer était réel.

L’électricité était réelle.

Internet était réel.

Les bulles aussi.

L’IA est probablement la plus grande révolution technologique depuis Internet.

Mais cela ne signifie pas que :

  • tous les modèles économiques survivront,
  • toutes les dépenses seront rentables,
  • tous les cash-flows futurs justifieront les prix actuels.

Le marché agit comme si :

  • la croissance allait rester exponentielle éternellement,
  • les hyperscalers allaient absorber des CAPEX infinis,
  • et la demande IA allait croître sans interruption.

C’est précisément ce type de croyance qui fabrique les bulles terminales.


IV. LE VRAI PROBLÈME : LE MARCHÉ EST DEVENU UNE MACHINE DE LIQUIDITÉ

Le point le plus dangereux n’est pas la surévaluation.

Le point le plus dangereux est :

la disparition progressive du mécanisme naturel de correction.

Pendant quinze ans :

  • QE,
  • sauvetages,
  • rachats d’actifs,
  • injections de liquidité,
  • “Fed put”,
  • interventions coordonnées,

…ont conditionné les investisseurs à croire que :

toute baisse est temporaire.

Le marché ne croit plus réellement au risque systémique.

Et cela change tout.

Pourquoi ?

Parce que les investisseurs prennent désormais des risques avec l’idée implicite que :

  • la Fed interviendra,
  • les banques centrales soutiendront les actifs,
  • et que le système ne sera jamais autorisé à réellement purger.

C’est la naissance de ce que l’on pourrait appeler :

LE MARCHÉ POST-DARWINIEN

Un marché où :

  • les erreurs ne meurent plus,
  • les excès ne sont plus purgés,
  • les bulles deviennent permanentes,
  • jusqu’à ce qu’un choc dépasse les capacités d’intervention.

V. LE POINT DE RUPTURE

Le problème du gamma squeeze permanent est simple :

il fonctionne parfaitement…

jusqu’au moment où il s’inverse.

Car alors :

  • les market makers vendent au lieu d’acheter,
  • les options calls expirent,
  • les puts explosent,
  • la volatilité accélère,
  • les ETF vendent,
  • les fonds systématiques réduisent l’exposition,
  • les appels de marge se déclenchent,
  • les hedge funds liquident,
  • et les corrélations convergent vers 1.

C’est là que les krachs modernes deviennent brutaux.

Très brutaux.

Plus le marché est artificiellement stabilisé longtemps,

plus la rupture finale devient violente.


VI. L’IA EST PEUT-ÊTRE EN TRAIN DE FABRIQUER LE PLUS GRAND PARADOXE FINANCIER DU SIÈCLE

L’IA devait :

  • réduire le risque,
  • améliorer l’allocation du capital,
  • optimiser les décisions.

Mais en pratique :

elle devient le noyau spéculatif autour duquel se concentre désormais l’intégralité du risque systémique mondial.

Le marché ne spécule plus seulement sur :

  • des entreprises,
  • des bénéfices,
  • ou des innovations.

Il spécule désormais sur :

la croyance collective dans une croissance infinie de l’intelligence artificielle.

C’est beaucoup plus fragile qu’il n’y paraît.


VII. LE RETOUR DU RÉEL

Toutes les bulles finissent par rencontrer une limite :

  • énergétique,
  • monétaire,
  • psychologique,
  • géopolitique,
  • ou simplement mathématique.

Le problème fondamental des marchés modernes est qu’ils ont oublié cette vérité.

Ils croient que :

  • la liquidité est infinie,
  • les banques centrales sont omnipotentes,
  • et que les algorithmes peuvent abolir le cycle.

Ils ne le peuvent pas.

Le réel finit toujours par revenir.

Et plus longtemps il est repoussé,

plus brutal devient son retour.


CONCLUSION

Ce marché ne monte plus parce qu’il croit.

Il monte parce qu’il est forcé de monter.

Voilà la différence essentielle.

Et lorsque les marchés cessent d’être des mécanismes de découverte des prix pour devenir des systèmes réflexifs auto-alimentés,

ils entrent dans une phase extrêmement dangereuse :

celle où la mécanique elle-même devient le risque.


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