Commentaire de Marché

đŸ”„ LE PRIX DE LA PUISSANCE

Quand l’IA devient assez grande pour faire monter le taux du monde

Note stratégique et philosophique Premium++

Blog à Lupus — TS2F

Semaine arrĂȘtĂ©e au 6 septembre 2026

La semaine derniĂšre, nous Ă©crivions La Course sans filet. Kevin Warsh retirait progressivement le GPS monĂ©taire de Wall Street et demandait Ă  la Silicon Valley de dĂ©montrer que sa rĂ©volution pouvait survivre au retour d’un vĂ©ritable prix du capital.

Cette semaine, nous obtenons la réponse. Et elle est beaucoup plus intéressante que prévu.

Le marchĂ© obligataire mondial vient de subir une nouvelle secousse. Le Treasury amĂ©ricain Ă  dix ans s’est rapprochĂ© de 4,8 %, le trente ans de 5,3 %. Au Japon, les taux longs atteignent des niveaux inconnus depuis plusieurs dĂ©cennies. En Allemagne, le Bund remonte vers des niveaux oubliĂ©s depuis quinze ans. La France paie dĂ©sormais une prime de risque considĂ©rable par rapport Ă  son voisin allemand. La duration ne souffre plus uniquement aux États-Unis : le capital long est en train d’ĂȘtre repricĂ© Ă  l’échelle mondiale.

La lecture immĂ©diate paraĂźt Ă©vidente : inflation persistante, dĂ©ficits trop importants, pĂ©trole, banques centrales trop lentes, dettes publiques excessives. Tout cela compte. Mais ce n’est plus toute l’histoire.

Car un phĂ©nomĂšne beaucoup plus profond se produit simultanĂ©ment : l’intelligence artificielle elle-mĂȘme commence Ă  contribuer Ă  la hausse du prix du capital dont on affirme ensuite qu’il constitue sa principale menace.

Les plus grands hyperscalers amĂ©ricains ont dĂ©jĂ  levĂ© des centaines de milliards de dollars sur les marchĂ©s obligataires pour construire leurs data centers. Les États empruntent pour financer leurs dĂ©ficits. Les utilities doivent financer de nouvelles capacitĂ©s Ă©lectriques. Les rĂ©seaux doivent ĂȘtre renforcĂ©s. La dĂ©fense rĂ©clame davantage de capital. Le nuclĂ©aire revient. Les laboratoires d’IA rĂ©servent leur compute plusieurs annĂ©es Ă  l’avance.

Tout le monde cherche la mĂȘme chose : de la duration.

Nous pensions que l’IA allait bouleverser le software. Puis nous avons compris qu’elle allait bouleverser l’électricitĂ©. Ensuite le crĂ©dit. Elle commence maintenant Ă  modifier le taux d’actualisation du monde entier.

Voilà pourquoi ce rapport s’appelle :

LE PRIX DE LA PUISSANCE

Car le marchĂ© ne demande plus simplement si l’IA existe. Il commence Ă  demander combien il faut payer pour financer une civilisation qui veut simultanĂ©ment construire l’intelligence, l’énergie, la dĂ©fense, la robotique et les infrastructures nĂ©cessaires Ă  sa souverainetĂ©.

Et le paradoxe est dĂ©licieux : le principal problĂšme de l’IA pourrait dĂ©sormais ĂȘtre qu’elle fonctionne trop bien.


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LE GRAND REPRICING : QUAND LE FUTUR SE MET À CONCURRENCER L’ÉTAT

Le mouvement obligataire de cette semaine mĂ©rite d’ĂȘtre pris au sĂ©rieux prĂ©cisĂ©ment parce qu’il n’est plus localisĂ©. États-Unis, Japon, Allemagne, Royaume-Uni, France : dans toutes les grandes Ă©conomies dĂ©veloppĂ©es, le capital long demande davantage de rĂ©munĂ©ration.

Mais un taux long ne monte pas pour une seule raison. Il peut monter parce que l’État paraĂźt moins solvable. Mauvais signal. Il peut monter parce que l’inflation risque de rester trop Ă©levĂ©e. Mauvais signal Ă©galement. Mais il peut aussi monter parce que l’économie rĂ©clame soudain Ă©normĂ©ment de capital pour financer un cycle d’investissement, parce que les anticipations de croissance rĂ©elle remontent et parce qu’une nouvelle vague de productivitĂ© semble possible.

Cette derniÚre hypothÚse est encore trop peu discutée.

JPMorgan Private Bank a commencĂ© Ă  poser explicitement la question : et si une partie de la hausse des taux longs reflĂ©tait dĂ©jĂ  l’anticipation d’un cycle de productivitĂ© liĂ© Ă  l’IA ?

VoilĂ  une grille de lecture essentielle.

Le marchĂ© obligataire peut dire simultanĂ©ment : il y aura davantage de dette et davantage de croissance.

Les deux font monter les taux.

La vraie question n’est donc pas simplement : les rendements montent-ils ?

C’est : pourquoi montent-ils ?

Et cette distinction change toute notre lecture TS2F.

Lorsqu’un État emprunte davantage pour financer ses dĂ©penses courantes, la prime supplĂ©mentaire exigĂ©e par le marchĂ© peut reflĂ©ter une dĂ©tĂ©rioration. Lorsqu’une entreprise emprunte pour construire une infrastructure capable d’augmenter demain sa production, il existe potentiellement une contrepartie productive.

VoilĂ  le conflit qui apparaĂźt aujourd’hui. Le Treasury amĂ©ricain veut des milliers de milliards. Les hyperscalers veulent des centaines de milliards. Les utilities doivent reconstruire. Le Pentagone se rĂ©arme. Le nuclĂ©aire revient. SpaceX construit. Les laboratoires veulent garantir leur compute.

Silicon Valley commence Ă  concurrencer Washington sur le marchĂ© mondial de l’épargne.

La semaine derniĂšre, nous posions la question : qui obtiendra la duration ?

Cette semaine, la rĂ©ponse commence Ă  apparaĂźtre : celui qui acceptera de la payer — et surtout celui qui sera capable de la rentabiliser.


HARTNETT VOIT LE Krach. JE VOIS LA SÉLECTION.

Michael Hartnett a raison de placer les obligations au centre de son analyse. Son indicateur Bull & Bear reste en zone d’extrĂȘme optimisme, les flux ralentissent sur certaines poches actions et le cash comme les obligations redeviennent attractifs.

Il ajoute une dimension politique : une victoire démocrate importante lors des élections de mi-mandat pourrait, selon lui, provoquer un violent repricing des actions américaines, du dollar et du complexe IA.

Le scĂ©nario n’est pas absurde.

Une nouvelle majorité peut modifier les anticipations de fiscalité, de réglementation, de dépenses et de politique énergétique. Cela peut provoquer une correction de 10 %, 15 % ou davantage.

Mais il faut ĂȘtre extrĂȘmement prĂ©cis sur les mots.

Une baisse de 15 % des actions IA n’est pas nĂ©cessairement l’éclatement de la rĂ©volution IA.

Cela peut simplement ĂȘtre : l’éclatement d’une valorisation.

Internet a survĂ©cu Ă  l’effondrement du Nasdaq. Le chemin de fer a survĂ©cu aux faillites ferroviaires. L’électricitĂ© a survĂ©cu aux crises des utilities.

Une technologie peut ĂȘtre rĂ©volutionnaire et son action trop chĂšre.

Le techno-optimisme sérieux exige de savoir distinguer :

LA TECHNOLOGIE DE SON PRIX EN BOURSE.

Une victoire Ă©lectorale peut modifier le multiple. Elle ne supprime pas la Chine. Elle ne supprime pas le dĂ©ficit Ă©nergĂ©tique. Elle ne supprime pas la cybermenace. Elle ne supprime pas le besoin de compute, de robotique, de dĂ©fense ou d’infrastructures souveraines.

La politique peut changer le prix de la course.

Elle ne peut plus facilement annuler la course.


WARSH : LE BANQUIER CENTRAL QUI OBLIGE L’ACCÉLÉRATION À DEVENIR PRODUCTIVE

Le marchĂ© du travail amĂ©ricain complique encore l’équation de Kevin Warsh. L’économie reste suffisamment solide pour tolĂ©rer une politique plus ferme, tandis que l’inflation demeure suffisamment Ă©levĂ©e pour la justifier. Mais les rendements longs sont dĂ©jĂ  suffisamment tendus pour qu’une erreur puisse devenir dangereuse.

Hartnett soulĂšve ici un paradoxe important : une hausse des taux courts peut parfois contribuer Ă  faire baisser les taux longs si elle restaure la crĂ©dibilitĂ© anti-inflation de la banque centrale.

Autrement dit, une Fed plus dure aujourd’hui peut rĂ©duire la prime de risque inflationniste sur trente ans demain.

C’est pourquoi, lors de la prochaine dĂ©cision monĂ©taire, je regarderai moins le quart de point lui-mĂȘme que la rĂ©action du Treasury trente ans.

Et c’est ici que notre doctrine accĂ©lĂ©rationniste doit Ă©voluer.

L’accĂ©lĂ©ration version 2024 pouvait se rĂ©sumer Ă  : construisez, le capital suivra.

En 2026, ce n’est plus suffisant.

Il faut désormais dire :

CONSTRUISEZ CE QUI PRODUIT PLUS VITE QUE LE COÛT DU CAPITAL N’AUGMENTE.

Voilà le véritable hard mode.

Un data center financĂ© Ă  3 % n’a pas besoin d’ĂȘtre extraordinaire. À 7 %, il doit produire. Un nĂ©ocloud fortement levier doit dĂ©montrer son taux d’utilisation. Un modĂšle doit gĂ©nĂ©rer du revenu. Un SMR doit dĂ©livrer des Ă©lectrons. Un robot doit Ă©conomiser du travail. Un logiciel IA doit amĂ©liorer une marge.

Warsh n’arrĂȘte donc pas nĂ©cessairement l’accĂ©lĂ©ration.

Il lui impose un hurdle rate.

Et c’est peut-ĂȘtre exactement ce dont cette rĂ©volution avait besoin.


BROADCOM, DELL, SNOWFLAKE : LA PREUVE QUE L’IA SORT DE NVIDIA

Pendant que les obligations crient, l’économie rĂ©elle continue de produire des signaux extraordinairement puissants.

Broadcom vient d’élargir radicalement sa visibilitĂ© sur l’IA. La sociĂ©tĂ© prĂ©voit une montĂ©e spectaculaire de ses revenus liĂ©s au custom silicon, avec des besoins exprimĂ©s en gigawatts par plusieurs grands clients. Ce point est essentiel, parce que la rĂ©volution commence Ă  sortir du monopole narratif Nvidia.

Nous entrons progressivement dans un systÚme comprenant GPU généralistes, ASIC, custom silicon, mémoire, réseaux, interconnect et CPU. Une véritable industrie se construit. Et une véritable industrie ne possÚde presque jamais un seul fournisseur.

Dell confirme la diffusion. Les commandes de serveurs IA se chiffrent désormais en dizaines et dizaines de milliards, avec une demande qui ne vient plus uniquement des hyperscalers mais aussi des néoclouds, des entreprises et des projets souverains.

Le marché doit regarder cela de trÚs prÚs.

Si Nvidia progresse seule tandis que Dell, Broadcom, networking, stockage et software stagnent, nous avons un problĂšme.

Si la croissance se diffuse, nous avons une industrialisation.

Et pour l’instant, elle se diffuse.

Snowflake fournit peut-ĂȘtre le signal le plus important. Ses produits IA commencent Ă  contribuer directement Ă  l’accĂ©lĂ©ration de son chiffre d’affaires.

VoilĂ  la transition que nous attendions :

GPU → MODÈLE → AGENT → SOFTWARE → REVENU.

L’IA commence Ă  sortir du capex pour entrer dans le compte de rĂ©sultat.

Goldman observe d’ailleurs exactement cette rotation : le momentum qui Ă©tait dominĂ© par les bĂ©nĂ©ficiaires du capex IA commence Ă  se dĂ©placer vers le software et vers les bĂ©nĂ©ficiaires des cas d’usage. Le logiciel est dĂ©sormais dans une dynamique longue sur trois mois malgrĂ© son retard sur douze mois.

C’est extrĂȘmement sain.

Une révolution confinée chez son fournisseur de matériel finit par devenir une bulle.

Une rĂ©volution qui diffuse ses gains de productivitĂ© devient une Ă©conomie.


LE MARCHÉ COMMENCE À PAYER L’UTILITÉ, PAS SEULEMENT L’INFRASTRUCTURE

C’est probablement le changement intellectuel majeur de l’automne.

De Salesforce Ă  Snowflake, de CrowdStrike Ă  Tesla, la question devient progressivement moins : qui vend l’IA ? et davantage : qui utilise l’IA pour gagner davantage d’argent ?

Goldman formule presque exactement cette transition en observant le dĂ©placement des bĂ©nĂ©ficiaires des investissements vers les bĂ©nĂ©ficiaires des cas d’usage.

Je pense que cela constituera l’un des thùmes fondamentaux des douze prochains mois.

2024-2026 : qui vend le compute ?

2027 : qui transforme le compute en marge ?

Cela ne signifie pas vendre Nvidia.

Cela signifie élargir le terrain de chasse.

Cyber. Data. Software. Santé. Défense. Logistique. Robotique. Finance.

La meilleure entreprise IA de demain ne portera peut-ĂȘtre mĂȘme pas « AI » dans son nom.

Elle utilisera simplement l’IA mieux que tous ses concurrents.


CYBERCAB : QUAND LE SOFTWARE SORT DE L’ÉCRAN

Tesla fournit cette semaine une autre image de la transition.

Le Cybercab reste loin d’une adoption industrielle garantie. RĂ©glementation, sĂ©curitĂ©, dĂ©ploiement, coĂ»ts : beaucoup reste Ă  dĂ©montrer.

Mais philosophiquement, le mouvement est considérable.

Pendant trois ans, nous avons observĂ© l’IA raisonner.

Puis agir dans un ordinateur.

Maintenant elle commence Ă  agir dans le monde physique.

Le modĂšle pense. L’agent dĂ©cide. Le robot agit.

Nous entrons dans ce que j’appellerais :

L’IA CINÉTIQUE.

Et avec elle, le marché adressable change complÚtement.

Goldman a d’ailleurs fortement relevĂ© certaines de ses hypothĂšses sur la robotique humanoĂŻde. Dans son scĂ©nario appliquĂ© aux entrepĂŽts, l’automatisation pourrait reprĂ©senter des dizaines de milliards de dollars d’économies pour Amazon et plusieurs centaines de points de base de marge.

Les chiffres précis resteront discutables.

Le mécanisme, lui, est évident.

L’IA n’a pas besoin de remplacer tous les humains pour crĂ©er une rĂ©volution Ă©conomique. Elle doit simplement rĂ©duire de quelques points le coĂ»t du picking, du transport, de l’inspection, du support, de la maintenance ou de la programmation.

Quelques points de productivité appliqués à des industries de plusieurs milliers de milliards produisent des montants gigantesques.

Voilà pourquoi le marché obligataire pourrait lui aussi commencer à anticiper davantage de croissance réelle.


LE ROBOT EST UNE RÉPONSE TECHNOLOGIQUE AU VIEILLISSEMENT

C’est ici que le techno-optimisme devient une rĂ©ponse directe au malthusianisme.

Une population active diminue.

Le pessimiste répond : moins de croissance. Moins de production. Plus de redistribution. Plus de rationnement.

La rĂ©ponse technologique est diffĂ©rente : augmenter le capital par travailleur. IA. Robotique. Automatisation. Énergie.

Un pays qui perd 10 % de sa main-d’Ɠuvre mais double sa productivitĂ© ne devient pas nĂ©cessairement plus pauvre.

VoilĂ  pourquoi la robotique doit ĂȘtre pensĂ©e comme une infrastructure de souverainetĂ© dĂ©mographique.

Le Japon l’a probablement compris avant l’Europe parce qu’il n’avait pas le luxe de ne pas le comprendre.


LE TOKEN A BESOIN DU GIGAWATT

Mais le compute n’est jamais immatĂ©riel.

Goldman montre dĂ©sormais clairement que les investissements liĂ©s Ă  l’IA dĂ©bordent vers les utilities et les secteurs fortement capitalistiques. La prime historique accordĂ©e aux entreprises « capital light » s’est comprimĂ©e : les multiples des sociĂ©tĂ©s capitalistiques et peu capitalistiques convergent.

C’est un changement de rĂ©gime considĂ©rable.

Pendant quinze ans, Wall Street adorait le software parce qu’il permettait d’éviter :l’usine ; le stock ; le foncier ; l’électricitĂ© ; la dette.

L’IA rĂ©introduit tout cela.

Le software demande désormais des centrales.

Le cloud demande des transformateurs.

Le modùle demande de l’uranium.

Le digital redonne une valeur stratégique à la matiÚre.

VoilĂ  pourquoi le techno-souverainisme ne peut jamais ĂȘtre simplement numĂ©rique.

La souveraineté numérique commence dans le monde physique.


700 GW DE PROJETS : IL EST TEMPS DE TUER LES FANTÔMES

L’autre Ă©vĂ©nement rĂ©vĂ©lateur concerne les demandes de raccordement des data centers amĂ©ricains.

Les projets annoncĂ©s excĂšdent trĂšs largement ce que le rĂ©seau peut raisonnablement absorber. Plusieurs centaines de gigawatts de demandes apparaissent dans les files d’attente, parfois plusieurs fois la demande physique crĂ©dible.

Une partie est donc fantĂŽme.

Des dĂ©veloppeurs rĂ©servent plusieurs sites. Des projets spĂ©culatifs demandent des raccordements qu’ils ne construiront peut-ĂȘtre jamais. Les utilities risquent de surinvestir sur des besoins imaginaires.

Texas et d’autres juridictions commencent donc Ă  demander davantage de dĂ©pĂŽts, de garanties et de transparence.

Excellent.

Le techno-optimisme adulte doit ĂȘtre radicalement hostile au ghost demand.

Construire les vrais data centers.

Éliminer les faux.

Allouer l’électricitĂ© aux acteurs solvables.

Faire payer les réservations.

Encore une fois :

ACCÉLÉRER NE SIGNIFIE PAS ABOLIR LA DISCIPLINE.

La rareté devient ici le meilleur venture capitalist du monde.

Warsh demande : qui mĂ©rite le capital ?

Le rĂ©seau demande : qui mĂ©rite les mĂ©gawatts ?

Le crĂ©dit demande : qui mĂ©rite le refinancement ?

Les meilleurs projets obtiendront tout.

Les autres disparaĂźtront.

C’est exactement le genre de sĂ©lection dont la rĂ©volution IA avait besoin.


L’ÉNERGIE EST DEVENUE UNE INFRASTRUCTURE CYBER

Plus le rĂ©seau Ă©lectrique devient automatisĂ©, numĂ©rique et interconnectĂ©, plus il devient une surface d’attaque.

Voilà pourquoi le cyber ne peut plus rester enfermé dans une case « software ».

Cyber, énergie et défense convergent.

Une centrale dont le systĂšme industriel peut ĂȘtre neutralisĂ© Ă  distance n’est pas pleinement souveraine.

Un rĂ©seau dont les composants critiques dĂ©pendent d’un fournisseur hostile n’est pas pleinement souverain.

Un data center reliĂ© Ă  un rĂ©seau vulnĂ©rable n’est pas une infrastructure stratĂ©gique complĂšte.

Le techno-souverainisme signifie donc aussi : contrĂŽler le code qui contrĂŽle l’électron.

Et c’est prĂ©cisĂ©ment pourquoi OpenAI, CrowdStrike, Palantir et l’ensemble du cyber deviennent progressivement des infrastructures parallĂšles au compute.

Chaque nouvelle technologie crée sa propre industrie de protection.

Plus d’agents autonomes signifie plus d’identitĂ©s machines, de permissions, de secrets et d’actions susceptibles d’ĂȘtre compromises.

L’autonomie crĂ©e sa propre taxe de sĂ©curitĂ©.


LE NUCLÉAIRE : PLUS LE CAPITAL EST CHER, PLUS IL FAUT DISTINGUER LA PUISSANCE DE LA PROMESSE

Les taux élevés sont évidemment un problÚme pour les actifs capitalistiques.

Et le nucléaire est capitalistique.

Mais parallÚlement, la rareté électrique augmente sa valeur stratégique.

Voilà pourquoi il faut abandonner la question simpliste : « nucléaire ou pas nucléaire ? »

La vraie question devient : quel nuclĂ©aire, avec quel client, quel combustible, quel calendrier et quel financement ?

C’est pourquoi je continue Ă  distinguer les diffĂ©rentes briques.

BWXT : industrie souveraine, savoir-faire, dĂ©fense.

Centrus : enrichissement, HALEU, goulot stratĂ©gique.

UEC / URNM : combustible.

Oklo : convexitĂ© technologique, mais aussi beaucoup plus de duration.

Le taux long ne détruit donc pas la thÚse nucléaire.

Il augmente la diffĂ©rence entre : l’actif indispensable et la promesse spĂ©culative.


EUROPE : ÊTRE BON MARCHÉ N’EST PAS UNE STRATÉGIE

Goldman pose cette semaine une question que l’Europe devrait se poser depuis dix ans.

L’Europe est bon marchĂ©.

TrĂšs bien.

Et ensuite ?

Les rendements des Bunds et des obligations IG en euros convergent dĂ©sormais vers le rendement de dividende du STOXX 600. Les actions doivent donc offrir davantage qu’un simple coupon pour justifier leur risque.

SimultanĂ©ment, l’Europe supporte : une Ă©nergie chĂšre ; un capital plus cher ; des stocks de gaz insuffisants ; une croissance faible ; une concurrence industrielle chinoise croissante.

Goldman montre notamment que les stocks de gaz europĂ©ens restent sous les niveaux attendus et que les valeurs cycliques seraient parmi les premiĂšres bĂ©nĂ©ficiaires d’une vĂ©ritable dĂ©tente Ă©nergĂ©tique.

Le problĂšme europĂ©en n’est donc pas simplement le PER.

C’est le prix des inputs.

Électron. Capital. Matiùres. Technologie.

Une action peut ĂȘtre bon marchĂ© et rester bon marchĂ© pendant quinze ans.

Une dĂ©cote n’est pas une stratĂ©gie industrielle.


LA CHINE NE NOUS VEND PLUS SEULEMENT DES PRODUITS. ELLE NOUS VEND LES MACHINES.

C’est probablement l’un des graphiques les plus inquiĂ©tants de la note Goldman.

L’Europe importe davantage de Chine tandis qu’elle exporte relativement moins. Et les machines reprĂ©sentent prĂšs d’un tiers des importations europĂ©ennes en provenance de Chine.

Nous ne sommes plus dans l’ancien modùle :

Europe = machines sophistiquées.

Chine = assemblage.

La frontiÚre se déplace.

L’automobile illustre parfaitement le problĂšme. Elle ne reprĂ©sente qu’une petite fraction de la capitalisation europĂ©enne, mais environ 10 % du chiffre d’affaires des sociĂ©tĂ©s europĂ©ennes.

Le risque industriel est donc beaucoup plus important que ce que suggĂšre son poids boursier.

Et le techno-souverainisme europĂ©en ne peut pas signifier l’autarcie.

Ce serait absurde.

La souverainetĂ© consiste Ă  conserver plusieurs options pour les fonctions dont nous ne pouvons accepter la perte.

Compute.

Énergie.

Défense.

Cloud.

Satellites.

Réseaux.

Semi-conducteurs.

MatiĂšres critiques.

Le principe est simple :

PRODUIRE CE QU’ON NE PEUT PAS SE PERMETTRE DE PERDRE.

Acheter librement le reste.


FRANCE : UNE SOUVERAINETÉ À CRÉDIT N’EST PAS UNE SOUVERAINETÉ COMPLÈTE

Le dossier français devient particuliÚrement révélateur.

La France veut simultanĂ©ment financer : sa dĂ©fense ; son nuclĂ©aire ; son État social ; sa transition Ă©nergĂ©tique ; son industrie ; sa souverainetĂ© numĂ©rique.

Mais le marché obligataire lui demande progressivement davantage de rémunération.

Le spread OAT-Bund reste Ă©levĂ©. La dette dĂ©passe largement 100 % du PIB. La croissance reste faible. Le dĂ©ficit demeure important. L’incertitude politique s’ajoute au problĂšme.

Le message est brutal mais simple : une puissance trĂšs endettĂ©e doit finir par demander la permission au marchĂ© qui refinance sa puissance.

La souveraineté technologique et la souveraineté budgétaire finissent donc nécessairement par se rencontrer.

Il ne suffit pas d’annoncer des milliards pour l’IA.

Encore faut-il que les milliards existent à un coût compatible avec le rendement du projet.


LE MARCHÉ ACTIONS REFUSE POURTANT DE CASSER

Avec des taux mondiaux Ă  ces niveaux, on pourrait imaginer un massacre.

Ce n’est pas ce qui se produit.

Les actions américaines résistent.

Et Goldman fournit une explication intĂ©ressante : pendant que les indices tiennent, les multiples ont dĂ©jĂ  baissĂ©. Les bĂ©nĂ©fices restent solides, mais le marchĂ© paie moins cher ces bĂ©nĂ©fices parce que le taux d’actualisation augmente.

Voilà pourquoi l’indice peut sembler calme alors que quelque chose de beaucoup plus profond se passe sous la surface.

Le choc obligataire existe déjà.

Il apparaĂźt dans les multiples.

Pas encore nécessairement dans un krach des indices.

Autrement dit : les obligations crient ; les actions Ă©coutent ; les profits les empĂȘchent encore de fuir.


SEPTEMBRE A DES DENTS — ET C’EST UNE BONNE CHOSE

Il ne faut cependant pas confondre notre optimisme structurel avec de l’insouciance tactique.

Septembre est historiquement un mois difficile pour les marchés américains. Les statistiques depuis 1928 sont médiocres, particuliÚrement les années de midterms.

Cette annĂ©e, plusieurs acheteurs se retirent simultanĂ©ment. Les rachats d’actions entrent dans leurs pĂ©riodes de blackout. Les CTA ont dĂ©jĂ  reconstituĂ© une large partie de leurs positions. Le retail achĂšte moins agressivement les replis. Et le calendrier d’expiration d’options de septembre est colossal.
Une baisse de 7 ou 8 % n’aurait donc rien d’extraordinaire.

Et je vais mĂȘme plus loin : elle pourrait ĂȘtre excellente.

Car une baisse de prix n’est pas nĂ©cessairement une baisse de valeur stratĂ©gique.

Si Nvidia baisse de 15 % pendant que Broadcom augmente sa visibilitĂ©, Dell engrange des commandes, Snowflake monĂ©tise ses produits IA, le rĂ©seau manque d’électricitĂ© et la robotique progresse, alors la baisse devient potentiellement : un transfert de titres des mains faibles vers les mains fortes.

Le danger n’est pas la correction.

Le danger est de confondre correction et invalidation.


LE TECHNO-OPTIMISTE DOIT AIMER LES CORRECTIONS

Je veux inscrire cette rĂšgle au centre de TS2F :

UNE BAISSE DE PRIX N’EST PAS UNE BAISSE DE VALEUR STRATÉGIQUE.

Une rĂ©volution industrielle n’avance jamais en ligne droite.

Elle avance par : boom ; surinvestissement ; correction ; faillites ; consolidation ;nouveau boom.

Le chemin de fer.

L’électricitĂ©.

Internet.

Les semi-conducteurs.

Toujours la mĂȘme mĂ©canique.

La volatilitĂ© n’est donc pas l’ennemie d’une thĂšse long terme.

Elle est souvent le mécanisme permettant de construire la position.

Et lorsque les protections restent relativement bon marché, conviction structurelle et prudence tactique peuvent parfaitement cohabiter.

Penser que l’IA va transformer l’économie sur dix ans n’oblige pas Ă  penser que le Nasdaq montera mardi.

Ce sont deux horizons différents.


LE VRAI DUEL : PRODUCTIVITÉ IA CONTRE INFLATION ÉNERGÉTIQUE

VoilĂ  probablement l’équation macroĂ©conomique de l’automne.

D’un cĂŽtĂ© :

IA.

Automatisation.

Software.

Robotique.

Productivité.

De l’autre :

pétrole.

Gaz.

Géopolitique.

Inflation.

Taux.

La productivité IA agit lentement mais profondément.

L’énergie peut produire de l’inflation beaucoup plus rapidement.

Si la productivité gagne progressivement : croissance réelle supérieure, meilleurs profits, stabilisation des taux.

Si l’inflation Ă©nergĂ©tique gagne : politique monĂ©taire restrictive, taux rĂ©els Ă©levĂ©s, compression des multiples.

VoilĂ  pourquoi le vĂ©ritable ennemi de la rĂ©volution IA n’est pas une majoritĂ© dĂ©mocrate ou rĂ©publicaine.

C’est :

LE KILOWATT-HEURE TROP CHER FINANCÉ AVEC UN TAUX TROP ÉLEVÉ.

La politique compte.

La physique davantage.


SPENGLER : LE TAUX D’INTÉRÊT EST LE PRIX QUE LE PRÉSENT DEMANDE AU FUTUR

C’est ici que la philosophie devient utile.

Spengler permet de regarder le taux autrement.

Une civilisation technologique investit parce qu’elle refuse les limites du prĂ©sent. Elle construit aujourd’hui pour disposer demain d’une capacitĂ© supĂ©rieure.

Elle renonce donc Ă  une ressource prĂ©sente en Ă©change d’un futur.

Le taux d’intĂ©rĂȘt est, d’une certaine maniĂšre : le prix que le prĂ©sent demande au futur pour lui cĂ©der ses ressources.

À 1 %, le futur est presque gratuit.

À 5 %, il doit convaincre.

Le taux n’abolit donc pas la volontĂ© de puissance.

Il la sélectionne.


JÜNGER : LA MOBILISATION TOTALE RENCONTRE LE MARCHÉ OBLIGATAIRE

JĂŒnger aurait probablement reconnu quelque chose de familier.

Toute la sociĂ©tĂ© commence Ă  ĂȘtre mobilisĂ©e.

Le scientifique mobilise le modĂšle.

L’ingĂ©nieur, l’électricitĂ©.

Wall Street, l’épargne.

Le gouvernement, le budget.

Le Pentagone, la technologie.

Le robot, le software.

Mais cette mobilisation possĂšde dĂ©sormais un arbitre invisible : le marchĂ© du capital.

Chaque projet doit répondre à trois questions : combien ? combien de temps ?à quel rendement ?

La nouvelle mobilisation totale est donc financiùre autant qu’industrielle.


DANTEC : LE CYBERPUNK A DÉSORMAIS UN BILAN

Maurice G. Dantec aurait probablement apprĂ©ciĂ© l’ironie.

La nouvelle biosphÚre cybernétique paraßt immatérielle.

Mais elle possÚde désormais : des gigawatts ; des obligations ; des transformateurs ;des centrales ; des robots ; des installations militaires ; des spreads de crédit.

Le cyberpunk a quitté le roman.

Il possÚde maintenant un bilan et un compte de résultat.

Une technologie devient vĂ©ritablement rĂ©elle lorsqu’elle devient suffisamment grande pour que le marchĂ© obligataire soit obligĂ© d’apprendre Ă  la financer.


FAYE : L’ARCHÉOFUTURISME DEVIENT UNE THÈSE D’INVESTISSEMENT

Plus l’IA avance, plus nous revenons vers : l’uranium ; le cuivre ; le territoire ; l’énergie; les frontiĂšres ; la dĂ©fense ; l’industrie.

VoilĂ  pourquoi les anciennes classifications sectorielles deviennent progressivement absurdes.

Nvidia est-elle technologique ? Évidemment. Mais elle dĂ©pend des centrales.

Centrus est-elle une sociĂ©tĂ© d’énergie ? Oui. Mais sa valeur dĂ©pend partiellement de l’explosion du compute.

SpaceX est-elle défense, industrie, télécom, spatial ou IA ?

Tout cela Ă  la fois.

L’archĂ©ofuturisme devient presque une allocation d’actifs :

LE FUTUR LE PLUS NUMÉRIQUE S’ACHÈTE AVEC DES ACTIFS DE PLUS EN PLUS MATÉRIELS.


VIRILIO : LE CAPITAL ACHÈTE DU TEMPS

Paul Virilio complĂšte parfaitement cette lecture.

Pourquoi les laboratoires rĂ©servent-ils du compute des annĂ©es Ă  l’avance ?

Pourquoi Nvidia sécurise-t-elle sa mémoire ?

Pourquoi les États veulent-ils leurs propres infrastructures ?

Parce que six mois de retard dans une économie exponentielle ne valent pas six mois.

Pendant ces six mois, l’adversaire peut produire un meilleur modùle.

Puis utiliser ce meilleur modÚle pour accélérer encore.

Le retard devient cumulatif.

Le capital n’achùte donc plus uniquement un actif.

Il achĂšte : du temps.

Et le temps devient de la puissance.

La formule minimale de la nouvelle compĂ©tition pourrait ĂȘtre :

VITESSE × CAPITAL × ÉNERGIE.


LAND : LA TECHNO-CAPITAL MACHINE FABRIQUE SON PROPRE TAUX D’INTÉRÊT

Et voici peut-ĂȘtre l’intuition philosophique la plus importante du rapport.

Chez Nick Land, le capital accélÚre la technologie et la technologie accélÚre le capital.

Mais la machine atteint dĂ©sormais une Ă©chelle telle qu’elle produit une rĂ©troaction nouvelle.

Plus d’IA implique plus de capex.

Plus de capex implique plus de dette.

Plus de dette implique davantage de concurrence pour l’épargne.

Plus de concurrence implique des taux plus élevés.

Des taux plus élevés sélectionnent les projets.

Autrement dit :

LA TECHNO-CAPITAL MACHINE COMMENCE À PRODUIRE ELLE-MÊME LA CONTRAINTE QUI LA SÉLECTIONNE.

C’est extraordinaire.

La machine devient son propre test de résistance.


SCHUMPETER : MAINTENANT, LA VRAIE FÊTE COMMENCE

Et c’est ici que Schumpeter devient notre meilleur alliĂ©.

Le capitalisme ne prospÚre pas grùce à la stabilité.

Il prospÚre grùce à la destruction créatrice.

Le néocloud fragile doit pouvoir disparaßtre.

Le data center fantĂŽme doit perdre sa connexion.

Le mauvais logiciel IA doit perdre ses clients.

Le mauvais robot doit rester dans l’entrepît.

Le mauvais financement doit faire défaut.

Le bon actif sera alors racheté par un acteur plus fort.

Je ne crains donc pas une vague de faillites localisĂ©es dans l’écosystĂšme IA.

Je la considÚre presque comme une étape nécessaire.

Sans faillites : pas de sélection.

Sans sélection : pas de capitalisme.

Et sans capitalisme : le techno-souverainisme finit en planification industrielle bureaucratique.


ELLUL : LE DERNIER RISQUE EST DE CONSTRUIRE PARCE QU’IL FAUT CONSTRUIRE

Il reste néanmoins une question.

Construire davantage n’est pas en soi une vertu.

La technique peut progressivement devenir sa propre justification.

Plus de GPU parce qu’il faut plus de GPU.

Plus de data centers parce qu’il faut plus de data centers.

Plus d’automatisation parce qu’elle est possible.

C’est là qu’Ellul reste indispensable.

La vraie question doit toujours ĂȘtre : quelle capacitĂ© humaine, industrielle ou productive cette dĂ©pense crĂ©e-t-elle ?

Si nous n’avons plus de rĂ©ponse : stop.

Notre techno-optimisme n’est pas l’idĂ©e que toute technologie est bonne.

Il repose sur la conviction que l’homme peut utiliser la technologie pour dĂ©passer des contraintes rĂ©elles.


DOCTRINE TS2F : ACHETER LA PRODUCTIVITÉ, PAS LE RÉCIT

La stratégie devient alors plus claire.

Compute — NVDA / AVGO / LRCX. Le compute reste central, mais la sĂ©lection devient plus forte. Nvidia construit un Ă©cosystĂšme. Broadcom Ă©largit le custom silicon. Lam reste la fabrique des fabriques. Il faut acheter la croissance physique et Ă©viter de confondre croissance financĂ©e et croissance Ă©conomique.

Software / data / cyber. C’est probablement la prochaine grande phase. Snowflake montre que le revenu commence Ă  sortir de l’infrastructure. CrowdStrike reste un pĂ©age sur l’autonomie numĂ©rique. Plus d’agents signifie plus de sĂ©curitĂ©.

Sovereign software — Palantir. La puissance ne consiste pas seulement Ă  produire de l’intelligence. Elle consiste Ă  transformer information → dĂ©cision → action.

Énergie / nuclĂ©aire — BWXT / LEU / UEC / URNM / OKLO. Le rĂ©seau devient le principal goulet physique. La hausse des taux augmente l’importance de choisir les actifs industriels rĂ©els plutĂŽt que la simple promesse.

Robotique / autonomie. Cybercab n’est pas encore une victoire industrielle, mais le passage du software au monde physique est dĂ©sormais observable.

Espace — SpaceX. AccĂšs orbital, communications, dĂ©fense et peut-ĂȘtre demain compute : les fonctions souveraines continuent Ă  converger.

Or. Assurance contre les accidents de crĂ©dibilitĂ© monĂ©taire et le coĂ»t financier de la Grande Mobilisation.

Cash. Pas sortie du marchĂ©. RĂ©serve de capacitĂ© pour acheter la destruction crĂ©atrice.


QUATRE SCÉNARIOS

1 — PRODUCTIVITY SUPER-CYCLE

Les taux restent Ă©levĂ©s mais se stabilisent. Warsh conserve sa crĂ©dibilitĂ©. L’inflation reflue progressivement. Broadcom, Dell, Nvidia et le software confirment que les investissements IA produisent de plus en plus de revenus et de productivitĂ©. La robotique avance.

Dans ce scénario, les multiples ne reviennent pas nécessairement aux excÚs précédents.

Les bénéfices prennent le relais.

C’est probablement le meilleur scĂ©nario possible.

2 — CREATIVE DESTRUCTION

Les taux longs restent élevés. Certains financements cassent. Des data centers sont annulés. Les projets fantÎmes disparaissent. Des néoclouds se restructurent. Les hyperscalers rachÚtent les bons actifs à prix réduit.

L’IA continue.

Avec moins d’acteurs.

Mais de meilleurs acteurs.

TrÚs bon scénario pour les gagnants stratégiques.

3 — BOND VIGILANTE SHOCK

L’inflation persiste. L’énergie reste chĂšre. Warsh resserre. Le Treasury trente ans dĂ©passe durablement les niveaux actuels. Le crĂ©dit corporate s’écarte fortement. Le financement IA ralentit.

Les multiples chutent.

Les projets marginaux meurent.

C’est le scĂ©nario le plus dangereux pour les marchĂ©s.

Mais mĂȘme lĂ  : la technologie survivrait probablement aux portefeuilles qui l’ont mal financĂ©e.

4 — POLITICAL REPRICING

Le scénario Hartnett.

Les élections américaines changent brutalement les anticipations fiscales et réglementaires. Les actions corrigent fortement. Le dollar baisse. Les obligations se reprennent. Le trade IA est débouclé.

TrĂšs bien.

Mais une fois encore : crash du trade ≠ fin de la rĂ©volution.

Cette distinction peut créer certaines des meilleures opportunités de toute la décennie.


CONCLUSION

L’IA N’EST PLUS UNE BULLE DANS LE MARCHÉ. ELLE COMMENCE À DEVENIR UN MARCHÉ POUR LE CAPITAL.

Relisons maintenant toute la séquence.

Le Futur Ă  CrĂ©dit : l’IA devient trop grande pour ĂȘtre financĂ©e uniquement par les bĂ©nĂ©fices.

L’Empire sur une puce : le compute devient une variable macroĂ©conomique et gĂ©opolitique.

La Grande Mobilisation : Wall Street transforme progressivement le compute en infrastructure finançable.

Le Nouvel État-Machine : capital, Ă©nergie, technologie, dĂ©fense et souverainetĂ© commencent Ă  fusionner.

La Course sans filet : Warsh oblige la rĂ©volution Ă  dĂ©montrer sa productivitĂ©.

Et maintenant :

LE PRIX DE LA PUISSANCE.

Le prix du futur apparaĂźt enfin Ă  l’écran.

Des rendements longs à des niveaux oubliés.

Des centaines de milliards de dette corporate.

Des gigawatts Ă  construire.

Des réseaux saturés.

Du pétrole cher.

Du gaz européen contraint.

Le réflexe pessimiste consiste à dire :

le futur est devenu trop cher.

Je pense exactement l’inverse.

Le futur est devenu suffisamment important pour avoir dĂ©sormais un prix macroĂ©conomique.

C’est cela la vĂ©ritable rupture.

L’IA n’est plus un petit secteur software financĂ© par le venture capital. Elle rĂ©clame suffisamment d’électricitĂ©, de dette, de serveurs, de semi-conducteurs, de territoire et de dĂ©fense pour modifier le prix des autres actifs.

Une technologie devient civilisationnelle lorsqu’elle dĂ©borde de son propre secteur.

Le chemin de fer transforma le marchĂ© de l’acier, de la terre et du crĂ©dit.

L’automobile transforma le pĂ©trole et les villes.

Internet transforma les télécoms et la publicité.

L’intelligence artificielle commence à transformer :

LE CAPITAL.

Et pendant que le prix du capital augmente, les preuves de diffusion se multiplient.

Broadcom élargit massivement sa visibilité IA.

Dell confirme l’explosion des serveurs.

Snowflake commence à convertir l’IA en revenus.

Tesla fait sortir l’algorithme de l’écran.

La robotique commence à devenir économiquement modélisable.

Les utilities retrouvent une croissance qu’elles n’avaient plus connue depuis des dĂ©cennies.

Le cyber protĂšge l’électron.

Le nucléaire retrouve sa fonction stratégique.

Voilà pourquoi je reste profondément techno-optimiste.

Pas parce que je pense que toutes les actions vont monter.

Exactement l’inverse.

Je pense que cette rĂ©volution devient suffisamment mature pour que des entreprises commencent enfin Ă  mourir.

Et c’est une excellente nouvelle.

La phase oĂč tout monte ensemble est souvent la phase spĂ©culative.

La phase oĂč le capital distingue : utile / inutile ; productif / improductif ;souverain / substituable ; cash-flow / promesse ; est la phase industrielle.

C’est là que nous entrons.

Hartnett voit les rendements au plus haut depuis vingt ans et pense : fin de bulle.

Je regarde le mĂȘme marchĂ© obligataire et je pose une autre question :

ET SI LES TAUX DU MONDE MONTAIENT EN PARTIE PARCE QUE LE MONDE RECOMMENCE ENFIN À INVESTIR MASSIVEMENT ?

Cela ne signifie pas nier le risque.

Cela exige au contraire davantage de discipline.

Plus le capital coûte cher, plus il faut : de productivité ; de moats ; de cash-flow ;de rareté ; de souveraineté.

Et moins il faut de storytelling.

C’est exactement notre terrain.

La doctrine TS2F devient donc :

ACCÉLÉRER SOUS CONTRAINTE.

POSSÉDER LES GOULETS.

ACHETER LA PRODUCTIVITÉ.

FINANCER LA CAPACITÉ, PAS LES FANTÔMES.

LAISSER MOURIR LES ZOMBIES.

NE JAMAIS CONFONDRE LE PRIX D’UNE ACTION AVEC LA VALEUR D’UNE RÉVOLUTION.

Dantec aurait reconnu la nouvelle biosphĂšre.

Faye, le retour de la matiÚre sous le numérique.

JĂŒnger, la mobilisation.

Virilio, la vitesse.

Land, la techno-capital machine.

Simondon, le milieu associé.

Schumpeter, la destruction créatrice.

Schmitt, le retour du souverain.

Ellul nous demanderait encore : qui dirige qui ?

Et Spengler nous rappellerait peut-ĂȘtre que toute civilisation finit par ĂȘtre jugĂ©e sur quelque chose de trĂšs simple : ce qu’elle accepte encore de construire.

L’AmĂ©rique construit peut-ĂȘtre trop.

L’Europe, trop peu.

Entre les deux, je sais quel risque je préfÚre.

Le premier peut produire une bulle.

Le second peut produire un musée.

Le taux long nous rappelle simplement qu’il faut dĂ©sormais payer l’entrĂ©e.

TrĂšs bien.

LA PUISSANCE A TOUJOURS EU UN PRIX.

Le XXIᔉ siĂšcle commence seulement Ă  le dĂ©couvrir.

Man overlooking city with text: LA PUISSANCE A TOUJOURS EU UN PRIX. Le XXIe siÚcle commence seulement à le découvrir.

Contre le récit. Pour le réel.

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