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L’hostilité contre le leader mondial des exportations Par Andreas Hofert

L’hostilité contre le leader mondial des exportations Par Andreas Hofert

Les Etats-Unis dénoncent la faiblesse de la demande intérieure en Allemagne!

Tous les six mois, le Département américain du Trésor publie son rapport semestriel à l’intention du Congrès sur les politiques économiques et relatives aux taux de change à travers le monde. Dans ce document de 30 pages, il attribue les bons et les mauvais points aux pays du reste du monde pour leurs pratiques commerciales. L’un des feuilletons de ces dernières années a consisté à savoir si la Chine serait accusée formellement de manipuler sa monnaie. Le tout dernier rapport a quelque peu innové: cette fois, l’essentiel des récriminations de l’administration américaine n’est pas adressé aux suspects habituels, à savoir la Chine et le Japon, mais à l’Allemagne et, dans une moindre mesure, aux Pays-Bas.

Selon le rapport, «l’Allemagne a conservé un important excédent de sa balance courante pendant toute la crise financière de la zone euro et, en 2012, l’excédent de l’Allemagne était supérieur à celui de la Chine. La croissance anémique de la demande intérieure en Allemagne et sa dépendance à l’égard des exportations empêchent un rééquilibrage au moment où de nombreux autres pays de la zone euro sont exhortés à freiner la demande et à réduire leurs importations pour opérer un ajustement. A l’arrivée, une tendance déflationniste s’est imposée dans la zone euro, ainsi qu’à l’échelle mondiale.»

Quelques jours après la publication du rapport du Trésor américain, le Fonds monétaire international (FMI) a défendu une position similaire. Dans un discours prononcé à Berlin, le premier directeur général adjoint du FMI, David Lipton, a déclaré qu’un «excédent courant (de l’Allemagne) nettement plus faible serait salutaire», ajoutant que la réduction des déficits excessifs au sein de la zone euro «ne peut tout simplement pas intervenir à moins que les excédents ne se réduisent eux aussi».

L’UE reproche à l’Allemagne de prospérer sur le dos d’autres pays

L’Allemagne, modèle économique pour les autres pays de la zone euro, en particulier ceux qui souffrent le plus de la crise? Pas vraiment pour  la Commission européenne qui pourrait même, ce mercredi, mettre la première économie du continent sous surveillance. Son compte courant – la différence entre les importations et les exportations des biens et des services – affiche un excédent malsain depuis 2007; sa croissance est supérieure à la limite tolérée de 6% par année. Rien que pour septembre, le surplus était de 19,7 milliards d’euros, soit 8% de plus par rapport à 2013

Le premier à critiquer ce déséquilibre dans le compte courant allemand a été Olli Rehn. Le commissaire chargé de l’Economie a tiré la sonnette d’alarme lundi dans le grand quotidien Frankfurter Allemeine Zeitung, avant de relayer ses préoccupations le lendemain sur son blog.

Lundi soir, ce fut au tour du président de la CE, José Manuel Barroso, d’affirmer sur une télévision française que le surplus allemand était au-dessus de la limite tolérable. Et mardi, un porte-parole de la CE est allé jusqu’à évoquer des sanctions. «Mais nous n’agissons pas ainsi lorsqu’un pays affiche un taux de chômage trop élevé ou un déficit ou un surplus commercial, a-t-il dit. Nous le faisons quand rien n’est fait pour redresser la barre.»

Bas salaires

Que reproche-t-on à l’Allemagne? Selon Olli Rehn, le pays a bénéficié de plusieurs facteurs (introduction de l’euro, main-d’œuvre formée et peu chère en provenance d’Europe de l’Est) pour conquérir des marchés en Europe (45%) et dans le monde. A contrario, avec des salaires bas, un taux d’épargne élevé et des investissements publics faibles, l’économie allemande freine la demande intérieure et, par conséquent, l’activité exportatrice dans d’autres pays.

Cette réprimande – prospérer au détriment d’autres nations – a déjà été formulée par d’autres ministres européens. Le mois dernier, l’administration américaine et le Fonds monétaire international ont dénoncé la stratégie allemande reposant principalement sur les exportations. Pour Olli Rehn, un pouvoir d’achat plus fort en Allemagne sera positif non seulement au pays, mais aussi à l’ensemble de l’UE. Source Le Temps

Naturellement, l’Allemagne a répondu à ces critiques en objectant que son excédent commercial avec la zone euro a connu une érosion significative depuis 2008. En outre, le ministre allemand de l’Economie a expliqué que «les excédents commerciaux reflètent la remarquable compétitivité de l’économie allemande et la demande internationale pour les produits de qualité fabriqués en Allemagne». Michael Meister, un parlementaire expérimenté proche de la chancelière Angela Merkel, est allé encore plus loin en déclarant que «le Gouvernement américain devrait se livrer à une analyse critique de sa propre situation économique» et en dénonçant l’endettement considérable des Etats-Unis, qui «a des effets négatifs sur l’économie mondiale».

Alors, qui a raison et qui a tort? Comme d’habitude, tout n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. On peut, certes, considérer que les sérieux déséquilibres au sein de l’Europe, qui sont l’une des causes de la crise de l’euro, sont davantage entretenus par les pays excédentaires que par les pays déficitaires. Mais il faut aussi admettre que la réduction des déficits courants en Europe du Sud s’accompagne d’une érosion de l’excédent courant de l’Allemagne par rapport au reste de l’Europe.

L’argument allemand perd toutefois de sa pertinence si l’on tient compte du fait que son excédent courant global continue à augmenter.

Manifestement, cet excédent est le fruit des échanges commerciaux avec les marchés émergents. Toutefois, on peut également estimer que cet excédent est dégagé au détriment des autres pays exportateurs européens (voire des Etats-Unis), qui ont plus de mal à écouler leurs produits en Asie ou en Amérique latine. Mais peut-on sérieusement reprocher à l’Allemagne de fabriquer des produits d’une qualité telle que leur prix en devient secondaire aux yeux des consommateurs, de sorte que les Etats-Unis ne peuvent même plus invoquer une éventuelle faiblesse de l’euro – actuellement, c’est plutôt l’inverse: la monnaie unique flirte avec des sommets historiques face au dollar – pour expliquer la réussite de l’Allemagne à l’export?

Par conséquent, le meilleur argument qui reste aux Etats-Unis consiste à dénoncer la faiblesse de la demande intérieure allemande, qui ne permet pas aux autres pays d’exporter davantage vers l’Allemagne. C’est un argument déjà invoqué il y a plus de trois ans par Christine Lagarde, à l’époque ministre française des Finances. Elle soutenait alors que le solde de la balance des paiements courants ne reflétait pas uniquement la position internationale d’un pays (exportations moins importations), mais aussi sa position d’épargne (un excédent signifie qu’un pays devient créditeur par rapport au reste du monde, un déficit signifie qu’il devient débiteur).

Il s’agit effectivement d’un argument logique, mais on voit mal comment l’Allemagne stimulerait sa demande intérieure. Pourquoi les entreprises allemandes seraient-elles disposées à augmenter les salaires, au risque de sacrifier leur compétitivité? Et, dans un monde où la dette publique prolifère, pourquoi le gouvernement allemand, qui affiche déjà un ratio dette publique-PIB de 85% et dont le régime de sécurité sociale est mis à rude épreuve par le vieillissement démographique, lancerait-il de son plein gré de vastes programmes de dépense publique à crédit?

Cela dit, les deux principaux partis allemands débattent à l’heure actuelle de la même question dans le cadre des négociations sur la formation d’une grande coalition. Nous pourrions donc voir, au bout du compte, les salaires augmenter en Allemagne et le gouvernement se montrer plus dépensier.

Toutefois, je doute sérieusement que cela suffise à résoudre les problèmes des Etats-Unis et/ou des pays d’Europe du Sud.

ANDREAS HÖFERT  Chef économiste,UBS Wealth Management/ Agefi Suisse Mardi, 12.11.2013

http://www.agefi.com/une/detail/archive/2013/november/artikel/les-etats-unis-denoncent-la-faiblesse-de-la-demande-interieure-en-allemagne-leur-meilleur-argument.html

La riposte des économistes allemands Par Nathalie Versieux Berlin /le Temps 14/11/2013

Le Conseil des cinq sages demande au gouvernement allemand de maintenir le cap

Les critiques de Bruxelles sont particulièrement mal perçues à Berlin. En pleine négociation avec les sociaux-démocrates en vue de former le prochain gouvernement, la CDU d’Angela Merkel pourrait de fait être amenée – bien malgré elle – à faire quelques concessions sur le terrain social. Le SPD veut notamment imposer à la chancelière l’instauration d’un salaire minimum, l’encadrement des loyers, un minimum pour les retraites et un programme d’investissement public massif.

Dans ce contexte, l’intervention de la Commission européenne dans le débat est perçue par les conservateurs comme une immixtion insupportable, destinée à soutenir la position du SPD. Le député CSU Markus Ferber parle même d’un «affront incroyable». Dans les rangs conservateurs, on rappelle que «l’Europe n’ira pas mieux le jour où l’Allemagne se mettra à vendre moins de voitures» et que la demande intérieure est déjà le moteur de la croissance en 2013 et le sera plus encore en 2014.

Surtout ne rien changer

Mais la réplique la plus virulente à la Commission est venue hier indirectement du Conseil des cinq sages, un groupe d’éminents économistes qui conseille le gouvernement et implore Angela Merkel de ne rien changer à sa politique. «La situation économique actuelle et la bonne situation de l’Allemagne par rapport aux pays européens en crise semblent avoir brouillé la vision de beaucoup de responsables politiques quant aux défis» qui se poseront au pays, estiment les cinq experts dans leur rapport dit d’automne, torpillant le programme du futur gouvernement avant même qu’il ne soit adopté.

«Il n’est pas besoin d’intervention publique supplémentaire» sur le marché du travail, estime le rapport. Les «sages» s’en prennent à toute tentation d’avancer l’âge du départ à la retraite ou d’augmenter les impôts. Quatre des cinq experts refusent le principe d’un salaire minimum qui «détruira de nombreux emplois, notamment en ex-RDA». Seul l’économiste Peter Bofinger, proche du SPD, défend un minimum salarial de 8,50 euros de l’heure, déjà «standard dans tous les pays civilisés». «Il est vrai que l’Allemagne n’investit pas assez, a concédé l’un des cinq sages, Volker Wieland. Mais le problème de l’investissement privé, ce sont les incertitudes qui pèsent sur de possibles hausses d’impôts. Le mieux serait de mettre fin le plus vite possible à de telles spéculations.»

Angela Merkel s’est félicitée de ce soutien indirect à la politique libérale de son précédent gouvernement: ces recommandations «arrivent au bon moment» et pourraient servir de base aux discussions en cours «en vue de définir une politique juste du travail» et de «créer de nouveaux emplois». «Nous prendrons ces mises en garde très au sérieux», a ajouté la chancelière. Même satisfaction du côté des chambres de commerce et d’industrie: «ce dont nous avons besoin est une volonté de poursuivre les réformes et non la mise en place d’une politique sociale coûteuse», a commenté le président de la fédération DIHK Martin Wansleben.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/ee443d28-4c9f-11e3-8486-719e2c5b87cd/La_riposte_des_économistes_allemands

Un mauvais combat par  Frédéric Lelièvre/Le Temps 14/11/2013

Oui, l’Europe va mal; mais demander à l’Allemagne de freiner ses exportations et de relancer sa consommation constitue-t-il une bonne solution? Non, pour deux raisons.

Premièrement, si l’Allemagne gère assurément ses finances de façon très restrictive, aucun relâchement n’est à attendre à court terme. Parce que les Allemands n’en veulent pas. Ils se souviennent à raison qu’une grande partie des difficultés actuelles de l’Europe vient de son endettement excessif. Angela Merkel ne dit pas autre chose, ce qui explique sa popularité chez elle. Il est d’ailleurs piquant de constater que les critiques les plus vives contre l’Allemagne viennent de responsables politiques guère soutenus par leur opinion publique.

Deuxièmement, une politique de relance allemande n’est pas ce dont ses voisins ont le plus besoin. La zone euro souffre d’abord d’un excès d’endettement, dont l’assainissement à marche forcée la conduit tout droit vers la déflation, et bientôt vers une nouvelle récession.

Si la gestion de ses finances restera stricte, l’Allemagne pourrait se montrer plus flexible au sujet du surendettement de ses partenaires. Elle a certes fait des efforts en acceptant le rééchelonnement ou l’abandon de certaines créances. Le geste reste cependant insuffisant, alors que la question va très bientôt se poser de nouveau pour la Grèce.

Le bon combat est donc aujourd’hui de convaincre l’Allemagne d’en faire davantage. Ses critiques pourraient lui rappeler l’aide dont elle a bénéficié au XXe siècle. En 1953, l’Accord de Londres avait effacé la moitié de ses dettes, et lancé le «miracle économique» allemand.

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/80bdb580-4c96-11e3-8486-719e2c5b87cd/Un_mauvais_combat 

8 réponses »

  1. Voilà les raisons de la productivité et des exportations allemandes leurs sous-traitants :SMIC européen mensuel brut en 2012 :Hongrie : 295€; Pologne : 336€; Roumanie : 161€; Lituanie : 231€; Lettonie : 286€; Estonie : 290€Bulgarie : 138€ , l’allemagne paie en $ , plus l’euromark est fort plus ils gagnant en excedents , l’euro de trichet et merckel de 2007 à 2011 , à 1,45 de moyenne a ruiné l’ UE et permis a l’allemagne d’engranger des excedents monstrueux .

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    • Et si on avait un Euro à 15 % ou 20 % en moins par rapport au Dollar, eh bien les allemands vendraient encore plus, leurs excellents produits; devenant moins chers, se vendraient alors comme des petits pains, et on se plainderait encore de l’Euro (faible cette fois ci)!

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      • Mais si on n’avait plus d’euro du tout, les parités s’ajusteraient naturellement… Et là, le mark monterait, tandis que le franc et la lire baisseraient…

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  2. Bah, ces accusations contre l’Allemagne ne font que suivre la logique socialiste qui veut que le riche s’enrichisse en spoliant le pauvre.
    C’est donc cohérent dans le logiciel socialiste. Et comme les USA ont mis un socialiste à leur tête, l’UE, un « ex »-maoiste…

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