Changes et Devises

Charles Gave : La chèvre de M. Seguin

Charles Gave est l’un des plus brillants économistes et analystes au monde….Il est français mais exilé aux US depuis maintenant  plusieurs années car il souffre de défauts  jugées rédhibitoires  en matière économique dans notre beau pays : il n’est pas marxiste, il n’est pas keynésien, il n’est pas antiaméricain et il n’est pas libertarien tendance école autrichienne…En bref c’est  un monétariste tendance Milton Friedman et un business économiste de tout premier plan…En France il contribue de manière très régulière au Journal des Finances et demeure un  grand pourfendeur devant l’éternel du système Euro  et  un adversaire acharné de l’ « IGNORAMUS TRICHET »….. Voici le 11ème volet d’une série de billets qui lui sont consacrés….

« Les grands problèmes économiques sont toujours créés par des erreurs, au nombre de 5 : une guerre ; une hausse des impôts (qui amène une aggravation du déficit budgétaire) ; une poussée protectionniste ; une augmentation des règlementations ; une erreur de politique monétaire. »

EN SAVOIR DAVANTAGE :

PAR CHARLES GAVE
| JDF HEBDO | 06.06.2009

Ce bon M. Seguin, président de la fort officielle Cour des comptes, vient de nous annoncer que le déficit de l’Etat français dépasserait 6,6 % du PNB cette année et que la dette atteindrait des niveaux qui n’avaient jamais été vus en France en période de paix. Remarquons au passage que, comme l’Etat représente 50 % du PNB français, cela veut dire que le déficit en pourcentage du secteur privé (le seul qui paie des impôts…) doit représenter quelque chose comme 13,2 % de la valeur ajoutée par tous ceux qui travaillent dans le secteur non protégé. On frémit d’horreur.
Mais il y a plus inquiétant : le financement de la dette passée (service de la dette) représente 55 milliards d’euros, soit pas loin de 3 % du PNB. Or tous les lecteurs se souviennent des critères de Maastricht, qui limitent le déficit pour chaque pays participant à l’euro à 3 % de ce même PNB. Pour que nous revenions dans l’épure prévue par les traités, il faudrait donc que le budget ex paiement des intérêts soit au pire à l’équilibre, au mieux en excédent. Or il est en déficit de 3,6 % du PNB. Et comme la dette va monter en proportion exacte du déficit de cette année, il est d’ores et déjà certain que l’année prochaine, à taux d’intérêt équivalent, le service de la dette va augmenter de nouveau… Et le lecteur imagine ce qui se passera si les taux d’intérêt venaient à remonter. Pour empêcher la catastrophe, il faudrait que les rentrées fiscales montent beaucoup plus vite que le PNB, et ce de façon durable. Comment y arriver ? Les comptables du ministère des Finances nous disent qu’il faut augmenter les impôts. Cela déclencherait immédiatement une récession-dépression et une chute accélérée des recettes fiscales. Option à écarter, donc. Certaines bonnes âmes pensent qu’il faudrait faire redémarrer l’inflation, ce qui est impossible, et pour deux raisons. La première est que si le marché obligataire commence à sentir que l’inflation arrive, les détenteurs d’obligations les vendront sur les marchés «  futurs », et les taux nominaux et réels monteront immédiatement à un niveau où la croissance sera étouffée, déclenchant de ce fait une baisse des prix et non pas l’inflation espérée. La seconde raison, c’est qu’aussi bien les taux d’intérêt que les taux de change ou le contrôle de la masse monétaire – tous outils dont on pourrait essayer de se servir pour relancer l’inflation – sont maintenant sous le contrôle exclusif de la BCE, elle-même complètement dans les mains de la Bundesbank, dont on connaît la détestation pour l’inflation. Solution à exclure, donc. Tout cela veut dire que la France est en train d’entrer à toute allure dans une « trappe à dette », c’est-à-dire dans une période où le service de la dette commence à croître de façon exponentielle et où, pour parler brutalement, le pays est en train de pratiquer la cavalerie à grande échelle. On emprunte de plus en plus pour simplement payer les intérêts sur les stocks de dette existants, lesquels se mettent à croître de façon incontrôlable, ce qui veut dire qu’il y a de moins en moins d’argent pour le reste, éducation nationale, défense, police, justice, service des retraites, un peu comme avant 1789… M. Madoff apparaît comme un aimable amateur. A l’arrivée de toutes les périodes similaires, soit une refonte fondamentale de l’Etat avec une diminution gigantesque de son rôle, soit la faillite pure et simple. Nous allons non pas vers un accroissement du rôle de l’Etat mais vers une profonde baisse.
Le pauvre secteur privé, telle la petite chèvre de M. Seguin, lutte contre le loup étatique depuis des lustres. Il est fort à craindre que d’un seul coup la pauvre bête ne décide qu’elle n’en peut plus et se couche à l’aube pour se laisser bouffer par le loup… Mais la difficulté ne s’arrête pas là : certains Etats dans l’euro ont des situations financières beaucoup moins dangereuses, tels l’Allemagne, les Pays-Bas, la Finlande. Combien de temps peut-on avoir dans un système de change fixe des Madoff et des emprunteurs normaux côte à côte et empruntant aux mêmes taux ? Et des Madoff, il y en a  : l’Italie, le Portugal, la Grèce viennent à l’esprit. En termes financiers, qu’est-ce que tout cela veut dire pour le lecteur du Journal des Finances ? Il n’y a aucune raison pour qu’il accepte de se laisser dévorer. Ce n’est pas son combat. L’épargne de chaque lecteur du JdF est trop importante pour qu’il accepte de se laisser ruiner simplement parce que la classe dirigeante française est incompétente. Il faut donc que le lecteur sorte toutes affaires cessantes des positions qu’il pourrait avoir en obligations d’Etat, en bons du Trésor, en fonds de trésorerie investis dans ces instruments, pour se reporter sur des investissements qui ne seront pas détruits lorsque tout cela va s’accélérer. Il peut acheter des obligations suédoises ou norvégiennes s’il veut rester en Europe ; s’il est prêt à en sortir, il faut qu’il aille vers les obligations canadiennes, voire brésiliennes ou américaines ; et, enfin, s’il est prêt à augmenter son risque, qu’il aille donc investir son argent en Asie. Ce ne sont pas les bons fonds qui manquent. Et qu’il attende que la situation se décante.
(*) charlesgave@hotmail.com

BILLET PRECEDENT :

 https://lupus1.wordpress.com/2009/05/29/charles-gave-et-si-on-parlait-de-jacques-rueff-reprise-de-janvier-09/#more-1580

Charles Gave – né en 1941, il est économiste spécialiste des marchés financiers. Il a reçu un PhD en économie de l’Université de Chicago où il fut l’élève de Milton Friedman. Après avoir commencé sa carrière comme analyste financier dans une banque d’affaires française, il crée en 1974 une entreprise de recherche économique indépendante, Cecogest. En 1986, il diversifie son activité vers la gestion de portefeuille et devient le cofondateur de Cursitor-Eaton Asset Management, qui est ensuite vendu en 1995 à Alliance Capital. C’est en 1995 que Charles Gave crée Gavekal Research, Gavekal Capital et Gavekal Securities, trois entreprises dont le siège est aujourd’hui à Hong Kong.

ET TOUJOURS D’ACTUALITE :

https://lupus1.wordpress.com/2009/05/06/ode-a-la-dette/

ET TANT QU’ON A L’IVRESSE POURQUOI ARRETER LE PLAISIR :

Retraite: le bug informatique coûtera au moins 900 millions à la sécu (Cnav)PARIS, 2 juin 2009 (AFP)

Le coût de l’erreur informatique qui a conduit à surestimer le nombre de trimestres validés pour la retraite de « quelques millions » de personnes s’élèvera à 900 millions d’euros au minimum, a indiqué mardi la Cnav (assurance retraite) à l’AFP.

Le Canard enchaîné avance un coût total de 2,5 milliards pour la sécurité sociale, dans un article à paraître mercredi.

A la mi-mai, la Cnav avait chiffré le coût du « bug informatique » à 300 millions d’euro.

La présidente de la Cnav, Danièle Karniewicz, a assuré qu’il fallait « diviser par deux » certains chiffres donnés par le journal satirique.

« Concernant ceux qui sont partis à la retraite, pour la période allant du début de l’erreur, en 1984, à fin 2008, le coût s’élève à 300 millions d’euros », selon Mme Karniewicz. « Pour l’avenir, puisque ces personnes qui sont parties à la retraite, on va continuer à leur payer la retraite, sur la période 2009-2050, cela fait 600 millions d’euros, soit un total de 900 millions d’euros » pour les personnes déjà parties à la retraite, a-t-elle poursuivi.

Le Canard enchaîné parle pour sa part de « 600 millions de surcroît de dépenses déjà occasionnées par les retraites de la période 1984-2008, plus 1,2 milliard pour les dépenses prévisibles jusqu’à leur mort ».

S’y ajoutent, selon l’hebdomadaire, « environ 700 millions » pour couvrir une partie des salariés – ceux nés avant le 1er janvier 1955 – qui ne sont pas encore partis à la retraite mais sont proches de l’âge d’ouverture des droits. Les rectifications viseront uniquement les personnes nées après cette date.

Sur ce sujet de ceux qui ne sont pas encore partis à la retraite, Mme Karniewicz souligne qu' »il y a divergence » d’appréciation sur le coût induit et affirme qu' »on ne peut pas donner les chiffrages aujourd’hui ».

Quant au nombre total de personnes concernées par l’erreur informatique, il s’élève à « quelques millions d’ici à 2050 », selon la Cnav, qui avait avancé mi-mai une estimation de « quelques centaines de milliers » de personnes touchées par le « bug ».

« Je pense quand même que ce sera inférieur aux 8 millions cités par le Canard enchaîné », a-t-elle précisé.

Pour la période de 1984 à fin 2008, 360.000 personnes ont bénéficié de ce « bug », sur un total de 14 millions de départs à la retraite. Il concerne des personnes ayant validé des droits à retraite au titre du chômage après 1984.

Le Canard enchaîné cite dans son article « un prérapport confidentiel » rédigé par les Inspections générales des finances et des affaires sociales, « que viennent de recevoir » les ministres du Budget Eric Woerth et du Travail Brice Hortefeux.

« A la Cnav, nous n’avons pas ce prérapport, les ministres concernés et Matignon non plus », a réagi Mme Karniewicz, précisant que le document était « en cours de rédaction ».

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