Regulation des Marchés

Jeannette Williner :Marchés Financiers /De nouvelles règles du jeu sont incontournables et devraient être intégrées rapidement

La SEC propose beaucoup et agit peu

DEPUIS 2002 LE DÉVELOPPEMENT DES DARK POOLS A ÉTÉ EXPONENTIEL AUX ETATS-UNIS. ATTENTION DANGER !!!!!

Aux Etats-Unis le schéma est toujours le même. Un outil logique devient un moyen de transactions occultes et connaît un développement irrationnel…

PLUS DE DETAILS EN SUIVANT :

Est-ce une question d’opportunité?

C’est possible, le monde financier est des plus flexibles par les temps qui courent. Flexible dans le seul but que les affaires lui rapportent autant voire davantage sous le prétexte de ne pas bloquer la reprise.

Parler régulation sans aborder les points qui fâchent vraiment est facile.

L’obtention d’argent frais étant plus difficile pour les meilleurs, il semble soudainement que plus de transparence pourrait régler des questionnements qui stérilisent l’engagement de liquidités disponibles.

Les régulateurs se sont ouvertement interpellés sur les inconvénients des dark pools (1) et des crossing networks (2) leur permettant de fonctionner.

Certaines dark pools ont une origine et un développement logiques. L’objectif a vraiment été d’éviter l’impact de marché en matière de décalage de cours lors de la transmission de gros ordres. Mieux vaut assortir, entre professionnels, les ordres de plusieurs gros clients que l’on met face à face, que de provoquer une volatilité totalement artificielle. Ce genre de transaction était d’ailleurs prévu dans l’Union européenne par les dérogations apportées à la directive relative aux marchés d’instruments financiers. L’obligation de transparence n’est requise que post négociation. Ce moyen était bien sûr destiné aux investisseurs institutionnels pour passer des ordres relatifs aux titres cotés.

Mais aux Etats-Unis le schéma est toujours le même. Un outil logique devient un moyen de transactions occultes et connaît un développement irrationnel. Depuis 2002 le développement des dark pools a été exponentiel et peu d’entre elles ont un modèle économique durable de l’aveu même de certains professionnels. Pourquoi existent-elles et survivent-elles ?

Personne ne le sait et ne se pose la question sauf la SEC dans ses propositions du 16 novembre pour mieux contrôler cet ensemble.

 Le niveau des prix doit être en rapport avec celui du marché officiel.

Les transactions où des prix supérieurs ou inférieurs (c’est rare) seraient faits à des groupes d’investisseurs pour certaines raisons ne doivent plus exister.

 Enfin, si les dark pools représentent 7% (?) des échanges totaux, il importe de freiner leur développement afin qu’elles ne continuent pas à attirer de nouveaux fonds aux dépens d’un marché officiel déjà fortement fragmenté.

Ces dark pools, outre le fait qu’elles occultent certaines transactions, faussent des statistiques importantes pour l’analyse du marché: le volume par exemple. De ce fait, l’investisseur privé est lésé: la qualité du processus de formation des prix est altérée.

La réglementation du marché officiel n’est d’aucune utilité si les ordres passent ailleurs.

 La reconstitution du marché post négociation est impossible si des ordres importants sont occultés en temps réel. En aucun cas l’investisseur privé ne peut bénéficier de la concurrence entre les différents modes de négociation.

Pour le moment les réactions sont au stade de la négociation et il s’avère que les banques, du moins certaines d’entre elles, font une forte opposition à rentrer dans le rang prétextant la faiblesse des transactions effectuées à travers ce système. Pourtant des prises de participation effectuées par des private equity l’ont été à des prix trop modestes grâce à des ordres tests. L’ordre réel qui suivait était bien sûr à l’inverse des premiers. Certains réseaux, totalement fermés, d’opérateurs privés et de banques ne publient rien sur ce genre de transactions.

 Goldman Sachs et Crédit Suisse affirment que leurs dark pools ne font aucune opération occulte. Le fait doit être récent. Peu de choses ont été rapportées sur celles de Lehmann Brothers ou de Merrill Lynch. Il serait pourtant étonnant que ces dernières aient traité en négligeant d’importantes contreparties possibles. En fait, l’industrie s’est dévalorisée par appât du gain. Il devient indispensable de supprimer du système de dangereux canards boiteux.

Que répond Wall Street en colère?

Qu’il est dangereux de trop réguler la finance et surtout de la punir: la faillite de Lehmann a été plus nocive que ne l’aurait été son sauvetage!

En fait, leur point de vue est clair et net: donnez-nous votre argent, Etats, entreprises, particuliers. Nous nous en occuperons et vous vous rendrons, en temps opportun, ce qu’il en reste. De toute façon, leurs propos laissent sous-entendre que l’on n’ aurait pas le choix. Le raisonnement a le mérite d’être simple.

En restant tout aussi primaire, on peut faire différemment.

Sans aller aux Etats-Unis, l’Europe présente des cas de désintégration similaire auxquels une solution aurait du être apportée depuis plus d’un lustre.

En Allemagne par exemple, le réseau bancaire n’est toujours pas unifié. Le réseau étatique, caisses d’épargne, se porte bien. Le système des Landesbank et des grandes banques ne vit pas dans le confort. C’est cette frange qui a commis les pires erreurs. Les sociétés familiales ont été trop financées sans garanties et les pendules tardent à retrouver l’heure correcte. La santé n’était pas au coin de la rue comme on l’attendait.

Que les financiers veuillent gagner de l’argent, peut-être trop d’argent,on les comprend. Qu’ils prétendentque transparence et discipline imposées aux marchés n’ont jamais fonctionné c’est faux: il suffisait en fait de laisser en place les lois existant jusqu’en 2000. Et de toute façon ils n’ont aucun droit à affirmer qu’en dernier ressort c’est l’Etat qui est responsable de leur solvabilité.

L’Etat c’est le citoyen lambda. Et les citoyens seront toujours plus nombreux que les financiers. Si les citoyens doivent payer les pertes, ils voudront aussi partager les bénéfices.

Les établissements deviennent nationalisés de facto. Est-ce le but qu’ils poursuivent?

1. Dark pool: système de négociation opérant sans transparence dans un premier temps.

2. Crossing network: systèmes d’appariement internes des ordres de leurs clients développés par les intermédiaires financiers les plus importants.

JEANNETTE WILLINER économiste de marché indépendante dec09

EN COMPLEMENT INDISPENSABLE : Il est temps de s’intéresser aux « Dark Pools»….Noirs comme leur opacité (cliquez sur le lien)

3 réponses »

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