Marché Obligataire

Pas de rendement sans risque : les affres d’un marché obligataire étatique et corporate en proie au surrégime et devenu trop gros

L’afflux de capitaux dans les fonds d’obligations a été phénoménal en 2009. Mais en raison des taux d’intérêt anémiques, les gestionnaires sont forcés de prendre plus de risque pour engendrer du revenu.

 » Je connais quelques gestionnaires au sein de différentes sociétés de fonds. Chaque semaine, ils ont un nouveau flot d’argent à déployer. Et si on recherche les obligations les plus sécuritaires, les rendements des bons du Trésor sont presque à zéro. Ils n’ont donc pas d’autre choix que de prendre un peu plus de risque « , observe Bob Brinker.

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Selon l’éditeur de Brinker Advisory Services, une société établie au Colorado qui publie une lettre financière sur les revenus fixes, c’est l’objectif de la Réserve fédérale (Fed).  » Ce qu’elle veut, ce n’est pas que les gens accumulent leur argent dans les bons du Trésor, mais que le marché du crédit fonctionne.  »

Tom Brakke, le président de TJB Advisors, est du même avis.  » La recherche de rendement est problématique, car à mesure que les gestionnaires reçoivent des fonds, ils se sentent forcés par la réalité des affaires de continuer à acheter.  »

 » En général, je crois que c’est exact « , estime Al Kellett. L’analyste de fonds principal de Morningstar Canada prend un peu de recul par rapport aux événements de l’an dernier.  » C’est une période intéressante pour le marché obligataire, car il y avait d’immenses écarts en 2008, alors que les obligations gouvernementales performaient très bien et que les obligations corporatives ou autres présentant un risque de crédit perdaient de la valeur.  »

Les gestionnaires qui voulaient accroître le rendement devaient donc renoncer à la sécurité des obligations gouvernementales. En 2009, beaucoup d’argent a été investi dans les obligations corporatives, car elles avaient tellement baissé que les investisseurs voulaient profiter de la reprise à partir du creux.

 » Même dans le secteur des obligations corporatives, il y a un spectre dans la qualité des obligations, poursuit Al Kellett. Certains peuvent en détenir de grande qualité, comme celles des grandes banques canadiennes. D’autres peuvent être dans des obligations de pacotille (junk bonds).  »

En 2009, les investisseurs américains ont d’ailleurs montré une réelle ferveur pour les obligations de pacotille. Selon le Wall Street Journal, un afflux de 20 G$ US dans le marché des obligations à risque élevé a été enregistré pour toute l’année.

Il faut dire que les obligations de pacotille partaient de loin. Les obligations qui n’avaient pas une cote de première qualité s’échangeaient en moyenne à 61 cents par dollar au pire de la crise financière, à la fin de 2008. Au même moment, le rendement des obligations de pacotille dépassait de 19,9 % celui des bons du Trésor. Aujourd’hui, les obligations de pacotille sont remontées à 92 cents par dollar et l’écart s’est réduit à 7,6 %.

 » Les entrées de fonds ont été phénoménales, remarque Daniel Fuss, gestionnaire de fonds chez Loomis Sayles Bond Fund. Je n’ai jamais observé de reprise aussi forte dans le marché à haut rendement « , confie au Wall Street Journal, à la fin de novembre dernier, celui qui compte pourtant 40 ans d’expérience.

Bob Brinker prévoit néanmoins une autre bonne année pour les obligations de pacotille.  » L’économie devrait continuer de s’améliorer, alors ces obligations devraient continuer de bien performer.  »

Il note que dans le contexte actuel, l’investisseur est récompensé pour le risque auquel il veut s’exposer. Ce n’était pas le cas en 2005 et 2006.  » La clé, c’est de choisir un fonds qui facture des frais peu élevés et, évidemment, un fonds sans frais de vente. Vous devez être très diversifié et faire confiance à un gestionnaire obligataire qui a une expertise internationale. « 

Garder le cap

Les gestionnaires qui ont bien résisté à la tentation du risque sont nombreux. Bryan Sadoff, de Sadoff Investment Management, est de ceux-là.  » Nous n’avons pas augmenté l’exposition au risque de nos obligations au cours du dernier cycle. Nous nous en sommes tenus essentiellement à des bons du Trésor et à quelques obligations municipales de grande qualité (cote AA en moyenne).  »

Le spécialiste de la firme de placement indépendante du Wisconsin est conscient qu’ils auraient pu obtenir un meilleur rendement en prenant plus de risque.  » Mais nous ne sommes pas à l’aise d’assumer plus de risque et plus d’écart en ce moment.  »

La société de placement montréalaise Baker Gilmore Associates a eu une attitude similaire, dévoile son président et chef des placements, Harold Scheer.  » L’année 2009 a été exceptionnelle après une année 2008 qui l’était tout autant, alors que les marchés ont presque arrêté de fonctionner à la suite de la faillite de Lehman Brothers.  »

Cette situation a fait que le prix des obligations de très haute qualité a chuté, poursuit-il.  » Nous avons saisi l’occasion, car il y avait des possibilités exceptionnelles, surtout dans les crédits de très haute qualité dans le secteur financier canadien, dont la cote de crédit était AA.  »

L’équipe de Baker Gilmore a été rassurée de constater que le marché monétaire s’est stabilisé à la fin de 2008.  » Au 31 décembre, le marché s’était stabilisé et le Libor était revenu à des niveaux plus normaux.  » Le Libor (London interbank offered rate) est le taux de référence en fonction duquel les banques se prêtent entre elles.

Ce retour progressif de la liquidité dans le marché a donné confiance au spécialiste des revenus fixes.  » Au premier trimestre, nous avons acheté des obligations corporatives de 30 ans, ce qui nous a permis de réaliser de forts gains de capital au cours de l’année. Mais nous avons concentré notre surpondération dans des titres de très grande qualité : aucun n’était côté BBB.  »

Par la suite, le gestionnaire a pris ses profits et a réduit sa surpondération dans ces obligations corporatives. Selon lui, il reste encore de bonnes occasions dans certains secteurs, comme celui des titres adossés à des créances, surtout dans des hypothèques commerciales au Canada.

Harold Scheer a toutefois préféré éviter le marché des obligations de pacotille.  » Ce marché n’est pas très développé au Canada et nous n’en sommes pas spécialistes. Certains clients nous permettent d’en acheter, mais nous n’en voyons pas vraiment l’intérêt, car nous trouvons de meilleures occasions dans des compagnies de très haute qualité.  »

Il va de soi que Baker Gilmore a pris un peu plus de risque, convient Harold Scheer.  » Parce que l’occasion était si exceptionnelle, nous avons été au maximum de l’appétit de chaque client pour le risque.  » Baker Gilmore compte 30 clients, des caisses de retraite, des mandats de sous-conseiller et des fondations. L’actif sous gestion de la firme est de 3,5 G$ au total.

La prudence reste de mise pour le gestionnaire, car le risque demeure grand sur le plan mondial. En effet, les gouvernements devront trouver une stratégie de sortie afin de réduire les stimulus monétaires et fiscaux sans précédent qu’ils ont activés.  » Un jour, la Fed commencera à augmenter les taux d’intérêt. Ce ne sera peut-être pas avant la fin de 2010, mais elle risque de le faire de façon assez rapide. Cela pourrait créer de la volatilité, croit Harold Scheer. Aurons-nous une autre Argentine ou une autre Russie ? C’est possible, car il y a encore tellement de levier dans le monde. « 

Le gestionnaire est satisfait de sa lecture des marchés durant la crise.  » Nous avons dû nous concentrer sur les facteurs fondamentaux et pensons qu’au cours des prochaines années, il y aura beaucoup de volatilité dans l’économie et dans les marchés. Plus qu’au cours des 10 à 15 ans qui ont précédé la crise. Cela peut donner de belles occasions pour les gestionnaires actifs. « 

source f an d i janv10

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