Art de la guerre monétaire et économique

Jeannette Williner : Les risques majeurs sont rarement anticipés

  La situation grecqueest plus sérieuse qu’il n’y paraissait et doit être surveillée avec soin.

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 Le premier ministre grec dénonce la spéculation qui s’exerce sur le prix de la dette grecque: le rendement s’est envolé à 7% et ce n’est pas fini. On s’étonne de la surprise provoquée par la défaillance grecque. Du temps de la drachme il y a eu beaucoup d’accidents y compris le blocage de placement fiduciaires: l’argent ne pouvait être récupéré, seul l’intérêt était payé. A-t-on imaginé que le fait d’avoir l’euro comme devise avait rendu la Grèce vertueuse? Ce serait avoir commis une grave erreur.

M. Papandréou n’a pas à dire que ce schéma a été créé par la conjugaison du Portugal, de l’Espagne et du manque de crédibilité dont souffre la Grèce. Seul le dernier point est vrai et c’est lui qui a conduit à la situation actuelle. Tant que la Grèce ne se rapprochera pas des normes européennes, notamment en matière fiscale, le doute ne pourra que subsister. Lorsque le premier ministre compare la Grèce à la Californie, il oublie une seule chose: l’Union européenne n’est pas un Etat fédéral.

La situation grecque est plus sérieuse qu’il n’y paraissait et doit être surveillée avec soin. Tardivement, les Européens semblent comprendre que la Grèce n’acceptera pas de mesures draconiennes. Le peuple est prêt à s’unir avec ses dirigeants toutes classes sociales confondues contre cette Europe que dans le fonds il n’aime pas beaucoup: c’est simplement un moyen de financement. Pour éviter un affrontement négatif, car le fragile Portugal serait entrainé par la vague, les Européens devront discuter avec beaucoup de diplomatie avec les Grecs. Pourtant, des solutions et des explications plus rudes seraient nécessaires. Car, sitôt que le pays sera assuré d’un soutien quelconque, l’avenir sera copie conforme du passé et s’enfoncera encore un peu plus.

La récente solution entrevue par le biais d’une aide chinoise peut paraître attrayante. Mais il y a un risque pour l’Europe car les Chinois ne sont pas une institution de bienfaisance.

On les voit à l’œuvre dans leurs investissements africains: les matières premières les motivent. Dans le cas de la Grèce, la Chine est attirée par les marchés de consommateurs de produits finis bon marché. La Chine connaît la Grèce comme partenaire commercial. Après avoir travaillé avec les chantiers navals des pays d’Europe centrale, marginalement au Japon, surtout en Corée, armateurs et courtiers en bateaux de transport de marchandises variés se sont tournés vers la Chine. Ce déplacement des chantiers navals au fil de l’amélioration du niveau de vie n’a rien de surprenant. Cette industrie demande une très nombreuse main-d’œuvre dont le coût dans les nations les plus développées ne correspond plus à la concurrence des nouveaux arrivants. Certes, la productivité et le fini sont meilleurs mais les bateaux destinés au transport des marchandises sont plus axés sur des normes sécuritaires. La Pologne a été très touchée après son arrivée dans l’Union européenne. Ses ouvriers ont préféré s’expatrier. Malheureusement en matière de construction navale, l’Europe était déjà largement pénalisée. C’est sans trop de peine que la Chine s’est imposée dans cette industrie. Grecs et Chinois ont l’habitude de travailler ensemble.

Il se trouve que la Grèce entretient d’excellentes relations commerciales avec des pays comme la Roumanie et la Bulgarie et a des participations importantes dans le système bancaire de ces pays: on trouve toujours plus faible que soi. Cette situation engendre un souci de risque domino que l’on ne peut sous-estimer étant donné l’état économique de cette zone. Ce que les anciens pays européens pensent risqué est vu de façon bien différente par les Chinois. Roumanie et Bulgarie sont des consommateurs de produits finis peu sophistiqués. Les réseaux grecs pourraient leur ouvrir les portes de ces marchés qui relaieraient opportunément la demande de zones économiques qui ne souhaitent plus acquérir ce niveau de produits chinois. Mais on sait ce que c’est: une fois le pli chinois adopté cette clientèle risque fort de ne pas revenir vers des producteurs européens. Pour se sauver, la Grèce introduit un superbe cheval de Troie en Europe.

Ce n’est pas tout. Dans le même ordre d’idée, la Chine apporterait d’autant plus volontiers son aide à la Grèce qu’elle est intéressée par les chemins de fer. Ces derniers sont peu attrayants pour les Canadiens, Allemands et Français. Leurs dettes sont énormes et leur déficit annuel colossal. De surcroît, aucun investissement n’est fait ce qui entraîne une détérioration systématique de la situation. Les Chinois pourraient apporter une solution globale. Les professionnels du secteur les considèrent comme les meilleurs au monde lorsqu’il s’agit d’investir (construction, reconstruction, modernisation) et surtout de gérer un réseau de chemins de fer. La planification chinoise est de construire 2000 kilomètres par an de voies à grande vitesse et l’Europe est loin, très loin d’être aussi ambitieuse. Le réseau grec rêvé par les Chinois verrait le développement d’un port de fret (portes containers) au Pirée ce qui permettrait l’acheminement des marchandises par le rail jusqu’aux pays Baltes, la mer Baltique et éventuellement à travers les pays de l’Europe de l’Est jusqu’à Moscou. Là encore, cette prise en mains du réseau ferré grec serait une gifle pour une Europe qui est incapable de proposer une solution aussi globale et constructive sur le plan du développement économique d’un pays de l’Union à long terme.

Aujourd’hui, il est plus facile de relever que la Grèce a déjà triché plusieurs fois. Mais qui a empêché les Européens de relever que la Grèce présentait, à l’époque de sa candidature pour l’euro des comptes publics destinés à l’œil européen fixé sur les critères de Maastricht?

 C’était porter préjudice à la Grèce de l’intégrer dans la zone euro. Aujourd’hui ce pays doit choisir entre une rigueur extrême ou une inflation galopante (sortie de l’euro). Et surtout, si la Grèce est réaliste, elle doit constater que la solution à sa situation économique ne se trouve pas dans une Europe qui, plus que jamais, n’a pas les moyens financiers ou politiques de ses ambitions. Ce problème du moment aurait facilement pu être évité si les données du problème avaient été correctement posées.

Jeanette Williner est analyste indépendant.JAN10

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