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Jean Pierre Petit : la crédibilité budgétaire. (II)

Ce que représente la crédibilité budgétaire : Une variable-clé pour l’économie et les marchés dans les années futures

Le problème du concept de crédibilité est son caractère subjectif et qualitatif. Car la crédibilité est avant tout la capacité de convaincre indépendamment de l’action elle-même. Cela va donc bien au-delà des critères utilisés par les agences de rating (capacité à réformer les finances publiques, poids des recettes fiscales allouées au service de la dette, sensibilité des taux à la hausse du volume de la dette, capacité à mobiliser l’épargne nationale etmondiale). Quels sont les éléments déterminants de la crédibilitébudgétaire ?

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Le premier élément est le «track record», en d’autres termes la performance passée du pays considéré;

 l’Irlande, qui a déjà connu des crises de dette publique qu’elle a résolues, a été épargnée par les derniers soubresauts des marchés.

 L’Allemagne a une tradition de plus grande rigueur.

La Grèce a au contraire un track record calamiteux etc.

 Un point essentiel concerne la capacité politique réelle des autorités en place de mettre réellement ces mesures en place (existence ou non d’une majorité au Parlement, consensus, capacité de nuisance ou d’influence de certains groupes sociaux). C’est pourquoi aujourd’hui le Portugal (absence de majorité) ou la Grèce (nombreuses grèves et manifestations), voire l’Espagne (importance des transferts budgétaires vers les provinces) subissent une prime spécifique.

Rappelons aussi l’importance du caractère sincère et transparent des comptes, facteur qui «condamne» durablement la Grèce aujourd’hui, en empêchant ce pays de faire reposer tout espoir de redressement des finances publiques exclusivement sur une solution nationale (quelle que soit la bonne volonté du gouvernement grec). Et espérons que d’autres tricheries et/ou actes de comptabilité créative dans les comptes publics ne soient pas «découverts » ultérieurement dans d’autres pays.

Le contenu et la forme des programmes d’ajustement budgétaire importent aussi beaucoup: ainsi le caractère politiquement «courageux» de certaines mesures; baisse de certaines dépenses (salaires des fonctionnaires par exemple). La précision et le calendrier du programme de consolidation budgétaire constituent également des arguments additionnels importants.

Quant aux obligations légales ou constitutionnels que les pays s’imposent en vue d’assurer l’intangibilité de leur choix (objectif institutionnel de ramener le déficit public/PIB à moins de 0,35% à partir de 2016 en Allemagne par exemple), ils peuvent jouer un rôle mais celui-ci n’est que complémentaire aux autres critères.

En son temps, la loi Gramm Rudman Hollings, adoptée en 1985 par le Congrès américain, prévoyait un retour «automatique» à l’équilibre budgétaire dès 1991 (quitte à ce que le Président procède à des coupes dans les programmes gouvernementaux en cas de désaccord avec le Congrès), n’avait eu qu’une efficacité très limitée.

Même remarque pour le Pacte de Stabilité (appelé par la suite -on se demande bien pourquoi- «Pacte de Stabilité et de Croissance).

Il serait ainsi illusoire de compter sur un quelconque effet d’une telle règle en France alors que ce pays n’a pas été en mesure de présenter un seul budget en équilibre depuis 1974.

JEAN-PIERRE PETIT Stratégiste et économiste  de marchés mars10

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