Art de la guerre monétaire et économique

Commentaire : La Chine et ses réserves/La nouvelle force mondiale

la Chine, dispose de copieuses réserves de….devises, issues de ses….exportations et des investissements des entreprises étrangères dans le pays. Des sommes lui permettant d’investir un peu partout dans le monde, et de stimuler sa propre économie. Mais il y a un hic : ces réserves, peu diversifiées, sont investies pour une grande partie en emprunts d’Etat américains.

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Croissance énorme

Au début de cette année, on apprenait que fin 2009, la Chine disposait de pas moins de 2.400 milliards de dollars en réserve, soit presque 2.000 dollars par citoyen. Une hausse de 453 milliards par rapport à un an plus tôt !

Un montant qui croît de manière exponentielle et s’est accumulé rapidement. Car en 1978, lorsque l’Etat chinois lança de grandes réformes économiques, ses réserves étaient nulles. En 2006, le chiffre dépassait pour la première fois le cap des 1.000 milliards de dollars et il n’a cessé d’augmenter depuis, de manière spectaculaire (avec un seul petit intermède au plus fort de la crise).

Accumulation spectaculaire

Comment la Chine est-elle parvenue à rassembler un tel montant ?

Par l’application d’une politique de guerre économique de type mercantiliste : la manipulation  du taux de change liée à une politique de non convertibilité du yuan et la mise en place d’un  frein quant à la libre circulation des capitaux

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 En fait, l’augmentation des réserves de devises est le reflet des interventions de la banque centrale chinoise sur le marché des changes. La banque centrale chinoise achète en masse des dollars (ainsi que, dans une moindre mesure, des autres devises) qui  affluent dans le pays grâce aux exportations et aux investissements à l’étranger. Son but : maintenir le cours de sa devise, le yuan, stable face au dollar et aux autres devises.

En un mot en un seul maintenir le yuan en sous évaluation permanente lui a permi devenir dans un premier temps l’atelier du monde en poussant à la délocalisation ses principaux concurrents dans leur course effrénée à la compétitivité et à la productivité…

Le cercle vertueux s’ est ainsi de fait  entamé : Si la Chine retire tant de ses exportations et de ses investissements hors frontières, c’est grâce à la croissance économique qu’elle a connu au cours de la dernière décennie (environ 10% par an). Une croissance dont beaucoup d’entreprises étrangères ont voulu tirer parti, en investissant de manière massive dans l’empire du milieu (en dollar).

Ce qui a permis dans un deuxième temps grâce au pillage des technologies occidentales et au non respect de la propriété intellectuelle à la Chine de  commencer à venir concurrencer les entreprises occidentales   sur leur propre terrain à savoir  les produits à forte valeur ajoutée..Les Européens sont en train de faire largement les frais : l’euro servant avant tout au niveau mondiale de variable d’ajustement entre la Chine et les Etats unis…

La Chine est ainsi  aussi depuis plusieurs années un gros producteur mondial, qui accumule les bénéfices sur sa balance courante (elle exporte plus qu’elle n’importe). Les clients étrangers payant en devises étrangères, la banque centrale chinoise rachète ces devises et maintient sa propre devise (liée au dollar) à un niveau peu élevé.

• La croissance des réserves de devises ne pourrait être enrayée que si le yuan s’appréciait et effacerait ainsi l’actuel déséquilibre commercial. Car le pays se focalise sur les exportations et ne peut suffisamment compter sur la demande interne (qui stimulerait les importations). Une devise chinoise plus forte rendrait les produits chinois moins attrayants pour les étrangers et permettraient aux Chinois d’importer davantage.

Comment dépenser ?

Mais que va faire le pays de ces gigantesques réserves ?

Jusqu’ici, la banque centrale achète surtout des obligations d’état américaines (environ 2/3 des réserves y seraient investies). Une proportion qui souligne que Chine et Etats unis sont étroitement liés. La Chine trouve dans les états unis un énorme marché pour ses exportations et les États-Unis trouvent dans la Chine une source de liquidités pour renflouer leurs propres déficits.

Rappelons aussi  fait très important que le marché américain des capitaux est le seul qui par sa profondeur, sa diversité, sa stabilité capable d’offrir la sécurité aux excédents de devises du monde entier

Est pris qui croyait prendre : comment l’oncle SAM pourrait tordre le cou au vilain Mao qui voulait le pendre

Au fil des ans , le déficit budgétaire croissant des états-unis et l’énorme dette américaine sont devenus  des sources d’inquiétude pour la Chine. Le créancier étant peu à peu devenu très tributaire de son principal débiteur

Aujourd’hui  la Chine  n’a donc pas et plus  le choix. Elle ne peut davantage diversifier ses réserves sans courir le risque de faire chuter le dollar et de faire grimper les taux à long terme aux Etats-Unis (si la demande d’obligations d’Etat américaines baisse, les Etats-Unis devront relever leurs taux pour pouvoir placer leurs emprunts).

La chute du dollar réduirait alors le pouvoir d’achat que constituent les réserves chinoises et déstabiliserait le commerce mondial (du fait de la chute du yuan). Des taux plus élevés aux USA pourraient ralentir l’économie et freiner les exportations chinoises. La Chine est donc contrainte à toujours investir une bonne part de ses réserves en bons du Trésor américains ,le reste est investi un peu partout dans le monde, surtout dans les matières premières, mais aussi dans d’autres secteurs.

Sur le plan de la diversification  de ses réserves de change  les effets de la méfiance chinoise face au dollar impacte directement le marché des matières premières puisque la Chine utilise ce dernier actif à la fois pour soutenir sa croissance économique mais aussi à titre de couverture contre une dépréciation de la monnaie américaine

 Les autorités chinoises ne souhaitant pas voir leurs réserves étrangères – estimées à 2,2 trillions de dollars – dévaluées, il est naturel de les voir désormais diversifier ces réserves par rapport au dollar. En même temps, la modernisation du pays, avec ses projets d’infrastructures à long terme, crée une énorme demande pour un large éventail de matières premières.

La Chine est certes autosuffisante en ce qui concerne de nombreuses matières premières de base comme le charbon thermique, l’aluminium et l’acier. Par contre, elle souffre d’un déficit structurel majeur en cuivre, gaz, minerai de fer, platine et une foule d’autres matériaux nécessaires à son économie. Il est donc judicieux, pour la Chine, d’échanger ses dollars pour stocker des actifs tangibles et stratégiques, dont elle sait qu’elle aura de toute manière besoin.

 A titre d’exemple, la consommation annuelle de cuivre par habitant varie entre 8 et 16 kilos dans les pays développés, mais s’inscrit en dessous de 4 kilos en Chine, pour l’instant. Car la progression de la consommation chinoise est impressionnante: ce pays ne consommait encore que 0,5 kilo de cuivre par personne au début des années 90. 

Selon certaines rumeurs du marché des changes,plusieurs hedge funds macro parieraient sur une réévaluation du yuan d’ici 2-3 mois.

 Sur cette période, plusieurs événements pourraient jouer sur les décisions des pouvoirs publics chinois

 Premièrement, la croissance du PIB réel chinois devrait s’accélérer, un prévisionniste sell-side estimant qu’elle pourrait atteindre 14 % en année glissante au 1er trimestre.

Deuxièmement, l’inflation progresse et les prix à la consommation pourraient augmenter dans les prochains mois, bien qu’il y ait peu de signes de tension sur le marché du travail hormis dans de rares provinces comme le Guangdong. Mais  compte tenu tout d’abord d’une forte augmentation en cours des matières premières et d’une masse monétaire quelque peu débridée ayant alimenter une forte croissance du crédit, une spéculation immobilière importante et une reflation des actions : tout ceci a concouru à un bon cocktail inflationniste

Troisièmement, la hausse des exportations devrait se poursuivre grâce aux effets retardés de la dépréciation du yuan et de la reconstitution des stocks dans les pays de l’OCDE.

Enfin, le Trésor américain va publier sa liste noire des manipulateurs de devises. Dans le passé, cette publication est allée de pair avec une appréciation limitée du yuan.

Aujourd’hui, les experts s’entendent pour juger le yuan sous-évalué de moitié face au dollar américain, même si leurs analyses du phénomène diffèrent parfois. Pourtant, la Chine a arrêté net, en juillet 2008, la lente réévaluation commencée en 2005 (+ 21 % au total). Elle pourrait reprendre ce mouvement graduel au second semestre. Mais face à une sous-évaluation d’encore 50 %, « une réévaluation de l’ordre de 5 % d’ici à la fin de l’année aurait un impact négligeable », souligne avec justesse  M. Touati.  . « Dans une dizaine d’années, explique M. Touati, la Chine pourra libéraliser son système financier, ouvrir ses frontières et rendre le yuan convertible : il serait alors un concurrent sérieux du dollar, ce qui pourrait provoquer une crise majeure aux Etats-Unis. »

Il est important de replacer la question de la devise chinoise dans son contexte.

Si l’observateur américain ne manquera pas de souligner que la Chine a sous évalué (manipulé) sa devise sur la majeure partie de la décennie, il faut rappeler que les enjeuxnon seulement économiques mais sociaux pour la Chine sont considérables.

 Pékin fait face à ce qui est probablement le plus grand exode rural de l’histoire et la politique de change dans ce cadre là  est primordiale. Tout comme le gouvernement allemand avait dû fixer le bon taux de change lors de la réunification, pour absorber la main-d’oeuvre est-allemande sans faire déraper le chômage, les autorités chinoises doivent définir un taux permettant d’intégrer la main-d’oeuvre rurale domestique dans l’économie mondiale. De ce fait  une réévaluation du yuan  de grande ampleur (de 10 à 15 %) est peu plausible sous peine de grave  désordres sociaux .

La poursuite du  grand bond en avant des réserves de change semble donc  pour l’instant la seule voie praticable pour l’Empire du Milieu….

EN COMPLEMENTS INDISPENSABLES :Art de la guerre économique et monétaire : Les nouvelles puissances de l’axe (cliquez sur le lien)

 Jean Pierre Petit : La vraie puissance de la Chine (2) (cliquez sur le lien)

Jean Pierre Petit : Puissance de la Chine (1) (cliquez sur le lien)

Nicolas Baverez : Le yuan sous-évalué / un problème mondial (cliquez sur le lien)

Philippe d’Arvisenet : Voilà pourquoi les déséquilibres macroéconomiques et financiers vont persister (cliquez sur le lien)

Jean Pierre Petit : La consommation de masse en Chine, une longue marche (cliquez sur le lien)

EN COMPLEMENT:

La Chine veut maintenir la stabilité du yuan

La Chine veut maintenir le yuan « fondamentalement stable » en 2010, tout en continuant de s’efforcer d’améliorer son système de taux de change, selon le discours que doit prononcer vendredi le Premier ministre Wen Jiabao devant le Parlement.

La Chine s’élève contre la politisation de la question de la valeur du yuan

Le gouverneur de la Banque centrale de Chine, Zhou Xiaochuan, s’est élevé samedi contre la politisation de la question du taux de change du yuan, la monnaie chinoise, rappelant que la priorité était sa stabilité dans le contexte économique actuel, toujours plein « d’incertitudes ».

« Parfois, la question du taux de change est politisée. Nous nous y opposons », a déclaré Zhou Xiaochuan samedi lors d’une conférence de presse en marge de la réunion annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP, Parlement).

Soulignant que la question était « complexe » le gouverneur de la Banque centrale a répété la position invariable des autorités chinoises: « nous devons continuer à améliorer le mécanisme de formation du taux de change, pour que le renminbi (autre nom du yuan) reste fondamentalement stable, à un niveau raisonnable et équilibré ».

M. Zhou a aussi relevé que « la réponse chinoise à la crise financière internationale avait contribué à la reprise économique mondiale ».

Mais il a également averti que les mesures exceptionnelles mises en place pour faire face à la crise devraient « tôt ou tard » être abandonnées, avec des risques.

« Malgré les signes actuels de reprise, l’impact de la crise est toujours profond. Les fondations de la reprise ne sont pas consolidées, il y a encore beaucoup d’incertitudes », a expliqué M. Zhou.

« Nous devons faire très attention au moment choisi pour sortir des politiques exceptionnelles. Et cela inclut la politique de taux de change du renminbi », a-t-il dit.

Par ailleurs, Zhou a souligné que les autorités chinoises devaient « surveiller étroitement la tendance du dollar ».

« Sa force ou sa faiblesse, la politique monétaire de la Fed, la dette américaine, cela a beaucoup d’impact sur la situation économique mondiale et celle de la Chine », a-t-il ajouté.

La Chine subit d’importantes pressions pour réévaluer le renminbi qui est, de facto, réarrimé au dollar depuis l’été 2008, alors que son taux de change est censé être calculé selon un panier de devises et fluctuer quotidiennement dans une fourchette délimitée.

Elle ne veut cependant pas entraver le redémarrage des exportations — un pilier essentiel de l’économie — par une appréciation trop tôt et trop forte de sa monnaie.

Les analystes s’attendent néanmoins à une reprise prochaine de l’appréciation graduelle du yuan. 

Présent lors de la même conférence de presse, le ministre du Commerce a souligné qu’il faudrait encore « deux ou trois ans pour que les exportations rebondissent à leur niveau de 2008 ».

« Nos exportations viennent de repartir à la hausse », a-t-il souligné.

Les exportations chinoises sont reparties à la hausse en glissement annuel en décembre dernier, après treize mois de déclin.

Le commerce extérieur chinois avait été frappé à partir de fin 2008 par la crise financière internationale qui a réduit la demande pour les produits fabriqués en Chine.

En 2009, les exportations ont totalisé 1.201,7 milliards de dollars, en baisse de 16,0%, tandis que les importations ont représenté 1.005,6 milliards, en diminution de 11,2%.

La Chine n’en est pas moins devenue en 2009 le premier exportateur mondial, détrônant l’Allemagne qui a connu sa pire année commerciale depuis l’après-guerre.

La crise a confirmé plus que jamais la grande dépendance aux exportations de l’économie, que les autorités veulent depuis plusieurs années rééquilibrer, au profit d’un plus grande consommation intérieure.

90 millions de personnes travaillent dans le secteur exportateur.

A l’ouverture de la réunion plénière de l’ANP, le Premier ministre Wen Jiabao a mis l’accent vendredi sur la poursuite des efforts pour « la transformation du mode de développement économique ».

Pour pallier la crise, la Chine a adopté en novembre 2008 un grand plan de relance de l’économie de 4.000 milliards de yuans sur deux ans, au tiers apportés par le gouvernement central, pour stimuler l’investissement et la consommation intérieure.

Les finances centrales ont notamment subventionné l’achat par le public d’appareils électroménagers, de voitures, de matériel agricole.

« L’an dernier les ventes de détail ont progressé de 15,5% sur un an, et même 16,9% en termes réels, le plus fort taux depuis 1986 », a souligné le président de la Commission nationale pour la réforme et le développement Zhang Ping, au cours de la même conférence de presse.

« Ce qui tire l’économie chinoise c’est la consommation intérieure », a renchéri M. Chen.

Mais des analystes soulignent que ni le plan de relance ni les mesures de soutien à la consommation sont appelés à durer éternellement.

« Le gouvernement va étendre le soutien temporaire au consommateur (…) mais ces mesures ne font rien pour résoudre les problèmes structurels » de l’économie et orienter celle-ci davantage vers les services, créateurs d’emploi et les petites industries privées, a commenté Mark Williams, analyste senior de Capital Economics.

En 2009, le secteur tertiaire a représenté 42,6% du produit intérieur brut de la Chine, en hausse de 0,8 point de pourcentage.

Source afp mars10

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