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De la moralité des bonus…

  Se poser la question de la moralité des bonus à problème dans le monde, c’est un peu comme s’interroger sur la légitimité des successions. Pendant tout le XIXe siècle, le scandaleux principe de l’héritage, si contraire à tout idéal d’égalité des chances ou d’équité (quel est au juste le mérite d’hériter?), était régulièrement et radicalement contesté (y compris parmi les libéraux les plus manchestériens). Le pragmatisme de la révolution industrielle a fini par transiger. La possibilité de transmettre ses biens ne fait-elle pas partie des motivations de l’enrichissement personnel, premier moteur de la prospérité?

PLUS DE REFLEXION EN SUIVANT :

 Des impôts ouvertement confiscatoires sur les successions sont apparus ensuite commme une contrepartie satisfaisante. Si les rémunérations variables jugées astronomiques de certains traders, cadres ou dirigeants d’entreprises n’étaient qu’un problème moral, il y a longtemps qu’il aurait été réglé. Il suffirait d’une volonté populaire et d’un décret. La réalité, c’est que l’affaire ne fait guère descendre les foules dans la rue. Il est normal que les rétributions hors normes dérangent, mais elles sont finalement perçues comme un simple effet indésirable (et très secondaire) dans des systèmes complexes de compétition (apparemment utiles). 

Ce n’est pas par plaisir que les dirigeants des grands clubs de football octroient des sommes insensées à leurs stars. Ce n’est pas pour des raisons éthiques non plus que les loteries prévoient des gains à neuf chiffres pour attirer des joueurs sans aucun talent. Ni par provocation que les actionnaires et administrateurs de groupes bancaires ou pharmaceutiques accordent des bonus à leurs traders ou à leur management. C’est parce qu’ils y sont contraints par un certain environnement de concurrence (ou qu’ils s’y sentent contraints, ce qui revient au même). 

On pourrait évidemment interdire des pratiques globalement stériles, qui reviennent à payer tel ou tel champion pour l’avoir dans ses rangs et s’assurer que ce ne sont pas les autres qui l’auront. Sur quoi déboucherait ce genre de mesure? Sur d’autres effets tout aussi pervers. Ou alors sur la fin de la compétition, d’un certain type de performances, ce qui n’est généralement pas souhaité. 

La possibilité a toujours existé pour les entités concernées, ou les Etats, d’introduire unilatéralement des restrictions. C’est dans ce sens que les choses évoluent aujourd’hui. Avec une prudence qui vient simplement rappeler que le rigorisme moral, si confortable intellectuellement, finit souvent par s’avérer pénalisant pour ceux qui s’y adonnent.

 Par François Schaller agefi avril10

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