Changes et Devises

Nicolas Baverez : Sauver la Grèce pour sauver l’Europe

  • Nicolas Baverez  Faute d’une aide financière massive et rapide, la Grèce est condamnée au défaut de paiement.
  • D’un point de vue financier, elle est endettée à hauteur de 120 % du PIB et doit lever 53 milliards d’euros d’ici à la fin de 2010, alors que les taux qui lui sont consentis atteignent 7,5 % à dix ans et 8 % à deux ans. D’un point de vue économique, le plan d’assainissement qui vise à diminuer le déficit de 13 à 8 % du PIB implique une diminution de 5 % du produit national. D’où une dynamique de plus de 13 % du coût de la dette par rapport à l’activité économique. Enfin, la crise se propage au secteur bancaire avec le retrait de plus de 10 milliards de dépôts en deux mois qui alimente la récession. La Grèce va donc droit à la banqueroute si elle ne bénéficie pas d’une aide de l’Union européenne, de certains Etats membres ou du FMI, lui permettant d’emprunter à des conditions raisonnables (de l’ordre de 4 %) soit par des financements hors marché, soit par des garanties.

    Etude de la BRI : Le bond des dettes publiques exige des mesures drastiques (cliquez sur le lien)

    PLUS DE BAVEREZ EN SUIVANT :

    L’Europe a réédité avec la Grèce les erreurs commises par les Etats-Unis dans la gestion de la crise bancaire.

     A partir de l’été 2007, les Etats-Unis ont ignoré toutes les occasions d’endiguer l’effondrement du crédit en se limitant à traiter les défaillances établissement par établissement. A l’inverse, en 2009, la déflation a été combattue efficacement par des plans de sauvegarde des banques et de relance qui ont respecté quatre principes : aller vite, frapper fort, utiliser tous les leviers, coordonner les stratégies nationales. Aujourd’hui, le risque souverain n’est pas grec mais européen, avec une double contagion géographique – vers les pays méditerranéens – et financière – vers les marchés d’obligations et d’actions, mais aussi les banques. Par ailleurs, la hausse vertigineuse des dettes publiques, le niveau des taux et la dégradation du bilan de la BCE privent l’Europe de toute capacité de riposte face à un nouveau krach. Voilà pourquoi les atermoiements de l’Union sont irresponsables face à une crise qui doit être maîtrisée avant qu’elle ne contamine les marchés, les banques, voire le principe de la construction européenne.

    WSJ : La zone euro a besoin d’un plan B pour la Grèce (cliquez sur le lien)

    Le plan de soutien européen n’est pas à la mesure de la crise de défiance qui touche la Grèce et l’euro.

    La crise de la dette grecque ravive à tort les critiques contre les marchés et les agences de notation, dont les inquiétudes sont justifiées. Du côté d’Athènes, l’incertitude continue à entourer les comptes publics, tandis que la multiplication des mouvements sociaux crée le doute sur la mise en oeuvre effective du programme d’ajustement. Du côté de l’Europe, l’incohérence prévaut. Dans un premier temps, elle a nié la crise. Puis elle a dévoilé le 25 mars un pseudo-plan qui a relancé la spéculation. Enfin, elle a soumis le 11 avril, sous la pression de l’Allemagne, l’ouverture de 30 milliards de prêts avec une prime de 350 points de base qui a toute chance de provoquer le défaut que l’aide a pour objectif d’éviter. Ainsi, l’Europe démontre son incapacité à gérer opérationnellement la crise de la dette souveraine, qui devra par conséquent être traitée dans le cadre du FMI.

    Howard Davies : Europe/A Pig’s Breakfast (cliquez sur le lien)

    La France doit tirer toutes les leçons de la crise grecque.

    Elle tient lieu d’ultime avertissement lancé à notre pays, dont les déséquilibres ne sont pas moins insoutenables : déficit structurel de 6,2 % du PIB et perte de contrôle de la dette qui nécessitera de lever 454 milliards sur les marchés en 2010. Le désendettement est aujourd’hui la condition première de la croissance, dont le potentiel diminue fortement lorsque la dette dépasse 90 % du PIB, mais aussi de la capacité d’action politique et de l’indépendance.

    Jean Pierre Petit : Trappe à Dettes / Au tour de la France (cliquez sur le lien)

    Les liens privilégiés des banques françaises avec la Grèce sous surveillance… (cliquez sur le lien)

    Le modèle économique et monétaire européen qui associe surendettement et déflation est insoutenable.

    L’Europe, qui s’est faite par l’économie, menace de se défaire par la monnaie. Elle a longtemps semblé progresser par la crise ; elle se délite aujourd’hui par son incapacité à la gérer. Sous la déconfiture de la Grèce pointe la chute de tout un continent. Divergence structurelle entre Europe du Nord et du Sud doublée d’une crise financière de la zone euro, qui ne dispose ni des institutions ni des principes qui assureraient sa stabilité. Déclin économique accéléré avec une croissance limitée à 1,1 % depuis 1990, contre 3,5 % pour la planète. L’Europe est bien à un tournant. En l’absence de réformes, l’euro peut imploser, entraînant une course à la dévaluation compétitive qui menacera le grand marché, ou se diviser entre un euro Mark, couvrant l’ère germanique et la Scandinavie, et un euro méditerranéen. Ou bien le choix est fait de sauvegarder la zone euro, mais il suppose à la fois des réformes structurelles dans nombre de pays – France en tête – et la constitution d’un gouvernement économique, condition de la solidarité budgétaire et fiscale. L’avenir de l’Europe passe par plus de production et moins de déflation, moins de gouvernance et plus de gouvernement.

     Trappe à Dettes : La menace grecque qui plane sur l’Europe n’est pas encore levée (cliquez sur le lien)

    Nicolas Baverez le Point avril10

    BILLET PRECEDENT : Nicolas Baverez : L’Allemagne, bouc émissaire du déclin francais (cliquez sur le lien)

    3 réponses »

    1. Je croyais nos caisses vides D’où sortent, subitement, tous ces milliards. Une fois de plus, on va aider les tricheurs : ceux qui ont sciemment faussé leurs comptes ! Dire que l’Europe (celle de Bruxelles ; pas la vraie, cad l’historique) devait nous protéger et tirer la croissance !! Quand va-t-on arreter de subventionner les arnaqueurs de tout poil ? Quand on lit, par ailleurs, que l’on songe à augmenter les impôts chez nous, cela me révolte ! Les Allemands sont moins benêts : ils conseillent mais ne donnent pas d’argent.

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